"Je crois que Pete Sampras va bientôt décrocher", affirme, du haut de ses 20 ans, Olivier Rochus, 72e joueur mondial. Selon le jeune Belge, le champion américain arriverait au bout de son parcours, il aurait signé, en l'an 2000, ses derniers véritables exploits et son palmarès serait coulé dans sa version définitive. Une carte de visite d'ailleurs prestigieuse: avec 13 titres en tournois du grand chelem, l'ancien n°1 est entré dans l'histoire de son sport. "Par contre, estime notre compatriote, j'ai le sentiment qu'André Agassi peut encore réussir quelques grands coups."
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"Je crois que Pete Sampras va bientôt décrocher", affirme, du haut de ses 20 ans, Olivier Rochus, 72e joueur mondial. Selon le jeune Belge, le champion américain arriverait au bout de son parcours, il aurait signé, en l'an 2000, ses derniers véritables exploits et son palmarès serait coulé dans sa version définitive. Une carte de visite d'ailleurs prestigieuse: avec 13 titres en tournois du grand chelem, l'ancien n°1 est entré dans l'histoire de son sport. "Par contre, estime notre compatriote, j'ai le sentiment qu'André Agassi peut encore réussir quelques grands coups." En deux phrases, Rochus a, de la sorte, résumé le duel que se livrent effectivement les deux Américains. S'il ne fait aucun doute qu'ils ont marqué les années 90, il reste à déterminer lequel des deux les chroniqueurs retiendront prioritairement dans vingt ans. Au nombre des victoires dans les quatre tournois majeurs, Sampras possède une belle avance: 13 succès à 7, mais pas de sacre à Roland-Garros. En revanche, le "kid de Las Vegas" est le premier joueur au monde à avoir gagné ces quatre tournois sur des surfaces différentes ( rebound ace à Melbourne, terre battue à Roland-Garros, herbe à Wimbledon et ciment à Flushing Meadow). Il s'est, en outre, approprié le titre de champion olympique, en 1996, à Atlanta. Ensemble, les deux joueurs ont offert plus d'une Coupe Davis aux Etats-Unis. Au contraire de l'Australien Rod Laver, le dernier à avoir remporté les quatre tournois du grand chelem au cours de la même année, en 1969, à une époque où ils se disputaient seulement sur herbe ou sur terre battue, Agassi a établi son record en plusieurs années. Mais son tour de force incite à penser que l'actuel n°1 pourrait également le faire en une saison. L'actuelle ? L'Américain était déjà le meilleur en Australie, en janvier dernier. Il s'apprête à participer, du 28 mai au 10 juin prochains, aux internationaux de France, à Paris, où il s'était imposé en 1999. Mais il ne croit pas qu'il pourrait rééditer la performance de Laver. Pour cela, il faudra être au sommet de sa forme, tout en ayant réussi une parfaite adaptation à la surface comprise, dès à présent à Roland-Garros, fin juin à Londres et fin août à New York. "Or je crois qu'il est désormais impossible d'être au top, quatre fois par an durant deux semaines", clame l'Américain. Sans doute. Il n'empêche: Agassi a triomphé à Melbourne, ainsi que dans les deux plus prestigieuses épreuves de l'avant-saison printanière, celles d'Indian Wells et de Miami. Cela pourrait faire croire qu'il ne se concentre plus que sur les objectifs majeurs, utilisant seulement les autres tournois comme rampes de lancement. Malgré ses récentes éliminations, rapides, à Rome et à Hambourg, Agassi semble néanmoins en pleine confiance. Sa victoire à Paris, il y a trois ans, et son idylle avec Steffi Graf lui ont procuré un équilibre psychologique très favorable. Le champion américain devrait encore poursuivre sa carrière durant deux ou trois saisons. Il pourrait donc rejoindre Sampras qui paraît, lui, au bout du rouleau sur le plan de la compétitivité. Ce constat a de quoi étonner, puisque Agassi est l'aîné de Sampras. Le premier a 31 ans depuis avril, le second aura 30 ans en août. Mais Sampras n'a jamais témoigné d'une très grande endurance physique: il a toujours chèrement payé les efforts consentis dans des matchs qui l'ont poussé jusqu'au bout. Même jusqu'à générer des scènes d'épuisement assez dramatiques, comme à l'occasion d'un match contre Alex Corretja, en 1996, à l'US Open. Par ailleurs, au contraire d'Agassi, il ne s'est jamais octroyé des périodes sabbatiques. Depuis 1989, il n'a raté que 5 tournois du grand chelem. En outre, il a occupé la première place mondiale durant plus de six ans (un autre record), ce qui, de l'avis de tous les anciens leaders de ce classement, est très épuisant sur le plan mental. Enfin, comme Ivan Lendl avant lui pour s'imposer à Wimbledon, Sampras a laissé beaucoup d'influx dans la conquête de l'improbable graal que constitue toujours pour lui le tournoi de Roland-Garros. En 11 participations, il n'y a même jamais atteint la finale et n'a été qu'une seule fois demi-finaliste. C'était il y a cinq ans déjà. L'Américain continue pourtant d'espérer. Or il ne décrochera jamais la lune. Parce qu'au lieu de pratiquer son propre jeu, construit sur un tennis d'attaque, il a toujours été convaincu, même au temps de sa plus grande splendeur, qu'il parviendrait à dompter les spécialistes de la terre battue en adoptant à son tour leur jeu d'attente de fond de court. Il a failli réussir en 1996. Mais il a laissé tellement d'énergie dans cette pratique inhabituelle pour lui qu'il n'a fait que piètre figure, en demi-finale, face au Russe Yevgueny Kafelnikov, lauréat cette année-là. Le terrain de prédilection de Sampras reste l'herbe de Wimbledon. Elle l'a vu triompher à 7 reprises. Il égalait de la sorte le record du nombre de titres détenu jusque-là par le seul William Renshaw, établi à la fin du... XIXe siècle, époque où cette compétition ne possédait évidemment pas le caractère international d'aujourd'hui. L'Américain peut-il encore faire mieux ? Il semble à ce point épuisé que l'on commence, comme Olivier Rochus, à en douter. Mais, méfiance. A Church Road, Sampras peut retrouver toute sa verve d'antan et, inspiré sans doute par le caractère sacré des lieux, recouvrer toutes ses sensations. Il est vrai, aussi, que grâce à son excellent service, à la fois appuyé et précis, très performant sur l'herbe, il n'a, en principe, pas besoin de trop s'épuiser physiquement pour progresser sur sa surface favorite. Sur ce gazon qui l'a fait roi, il n'a été battu qu'une seule fois, par Richard Krajicek en 1996. En revanche, il y a gagné les 7 finales auxquelles il a été convié et - constat plus symptomatique encore -n'y a perdu que cinq fois son service. Alors, Sampras ou Agassi ? Si la question de la suprématie demeure, une chose est d'ores et déjà acquise: à l'instar de Jimmy Connors, de Bjorn Borg ou de John McEnroe, pour ne citer que des champions de l'ère moderne, Sampras et Agassi ont écrit quelques unes des plus belles pages de ce sport magique qu'est le tennis.Bernard Ashed