Que se passe-t-il sur les marchés boursiers ? Alors que les conséquences de la crise économique se font toujours sentir partout dans le monde, les places financières affichent une forme insolente. Jugez plutôt : depuis le début du mois de mars, le Dow Jones, indice vedette de la Bourse de New York, a grimpé de 40 %. La Bourse de Bruxelles fait mieux encore. Le Bel 20 a rejoint le seuil des 2 400 points début septembre, après être tombé sous les 1 600 points début mars. En sept mois, l'indice belge a donc progressé de plus de 50 % !
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Que se passe-t-il sur les marchés boursiers ? Alors que les conséquences de la crise économique se font toujours sentir partout dans le monde, les places financières affichent une forme insolente. Jugez plutôt : depuis le début du mois de mars, le Dow Jones, indice vedette de la Bourse de New York, a grimpé de 40 %. La Bourse de Bruxelles fait mieux encore. Le Bel 20 a rejoint le seuil des 2 400 points début septembre, après être tombé sous les 1 600 points début mars. En sept mois, l'indice belge a donc progressé de plus de 50 % ! Alors que des particuliers et des entreprises, sans parler des budgets des Etats, restent sous pression, l'optimisme des investisseurs est tel que l'on peut se demander s'il n'y a pas là un feu de paille. La réponse est nuancée. " Actuellement, les banques, ainsi que leurs actions en Bourse, ont fortement récupéré, constate Peter Vanden Houte, économiste en chef chez ING. Les choses semblent se stabiliser. Mais cela ne veut pas dire que tout est résolu. " Des problèmes subsistent. Les portefeuilles de crédits à risque, les actifs dits " toxiques ", n'ont pas disparu. Mais " ça n'empêche pas de penser que les banques peuvent digérer tout cela ", souligne Peter Vanden Houte. Et pour cause, des signes de reprise commencent à se manifester avec de plus en plus d'insistance. Autant il était difficile pour les marchés de grimper quand la situation économique continuait à se dégrader, comme en mars et avril derniers, quand la récession était toujours bien présente, autant des informations économiques concrètes venues étayer les espoirs de reprise économique sont susceptibles de soutenir la tendance boursière positive. Dans la zone euro, en août, l'indicateur des directeurs d'achat, qui donne la tendance aussi bien du secteur manufacturier que de celui des services, a dépassé 50 % pour la première fois depuis quinze mois. Ce qui est le signe d'un retour de l'expansion des activités, après la contraction subie pendant cinq trimestres. " Il y a deux mois, la Banque centrale européenne parlait toujours d'un scénario où l'on ne retrouverait pas de croissance économique avant la seconde moitié de 2010 ", rappelle Peter Vanden Houte. " Mais le mois dernier, cette même BCE estimait que la reprise arriverait dans le courant de 2010, sans autre précision. Et début septembre, elle a revu ses prévisions à la hausse, en estimant que la relance économique pourrait déjà survenir au second semestre de 2009, mais avec pas mal d'incertitudes. On voit donc que, même au sein des banques centrales, la vue sur l'économie a beaucoup changé depuis deux ou trois mois. Ça donne l'impression que la reprise économique a démarré durant les mois d'été. " Le chômage américain continue pourtant à augmenter. Mais - c'est un phénomène qui s'est déjà observé dans le passé - les marchés boursiers commencent à grimper quand le rythme de la détérioration du marché du travail diminue. Un aspect psychologique a aussi pu influencer les marchés. En février dernier, beaucoup d'analystes pensaient encore que l'effondrement de l'économie était proche. On parlait de nationalisation du système bancaire, d'une nouvelle grande dépression économique, etc. Les interventions de pouvoirs publics dans le secteur financier ont reflété ce pessimisme. Mais, petit à petit, les marchés ont bien dû constater que cette catastrophe ultime n'était pas venue et que les banques pourraient récupérer en évitant une nationalisation. Les " stress tests " menés aux Etats-Unis pour éprouver la solidité du secteur financier ont aussi amélioré le sentiment de l'investissement en général. Le rallye boursier constaté depuis le mois de mars est, au moins en partie, une réaction au fait que la catastrophe a pu être évitée. Le marché avait, semble-t-il, subi une correction excessive, ce qui a conduit les investisseurs à revenir massivement à l'achat. De plus, les Bourses ont tendance à bien se comporter dans les premières phases de reprise économique, car l'inflation, elle, tend à continuer de se tasser. On assiste donc à une période combinant relance de la croissance économique et coûts stables reflétés par une inflation qui reste basse. Peter Vanden Houte parle aussi du phénomène " Tina " pour justifier la hausse boursière actuelle. C'est l'acronyme de " there is no alternative " (" il n'existe pas d'alternative "), parce que les taux bas rendent les autres classes d'actifs que les actions moins attrayantes qu'au début de la crise. " Le public revient donc vers la Bourse parce qu'il la juge plus intéressante ", explique l'économiste. Mais de quoi sera fait l'avenir boursier ? Selon l'économiste en chef d'ING, " on est aujourd'hui dans une situation où la première réaction boursière touche à sa fin. Les marchés doivent donc à nouveau s'orienter en fonction de l'évolution de la conjoncture et des bénéfices des entreprises. On est donc revenu dans un scénario normal, où la situation boursière est fortement liée à la conjoncture, ce qui constitue un renversement de tendance ". Dans cette configuration " classique ", les marchés reflètent les perspectives bénéficiaires des sociétés cotées. Or les économistes anticipent une augmentation des résultats des entreprises à partir de 2010. Toute la question est de savoir si cette hausse attendue sera assez forte pour que les marchés boursiers continuent à progresser. Il se pourrait qu'un nouveau creux survienne, si les espoirs de relance ont été exagérés. Dans ce cas, on pourrait assister à une reprise économique en " W ", comme le craint l'économiste américain Joseph Stiglitz. " Il n'empêche que la tendance sous-jacente reste haussière ", souligne Peter Vanden Houte. L'économiste se réfère à un ratio mis au point par l'Américain Robert Shiller, professeur à l'université Yale. Selon ce dernier, le rapport entre le cours de Bourse et les bénéfices de la société cotée n'est pas suffisamment représentatif de ce qui peut survenir dans les années à venir. Il préfère donc examiner le cours au regard de la moyenne mobile des bénéfices des dix dernières années, corrigés de l'inflation. Or, précise Peter Vanden Houte, " même après la progression boursière commencée en mars, ce ratio montre que l'on est toujours à un niveau inférieur à la moyenne à long terme ". De plus, d'importantes liquidités seraient en attente sur les marchés. " Les investisseurs institutionnels disposent encore de beaucoup de cash qu'ils attendent d'investir ", affirme Peter Vanden Houte. " En cas de diminution de 5 à 10 % des cours dans les mois à venir, il se peut qu'ils saisissent l'occasion pour entrer sur le marché boursier. C'est pourquoi, si une correction survient, elle ne devrait pas aller trop loin. "Mais cet enthousiasme doit être tempéré. " D'un autre côté, on sent quand même que la hausse devrait devenir plus laborieuse, concède l'économiste. Il existe des doutes sur la vigueur de la reprise, des craintes d'une rechute en récession. "Le marché prend toujours un peu d'avance sur la réalité économique. Une hausse boursière peut donc survenir trois à six mois avant la fin de la récession. Il n'est pas anormal que les marchés se portent déjà mieux. Le risque s'oriente alors sur la vigueur de la reprise. C'est un risque qui n'est pas à écarter : pas mal d'incertitudes demeurent dans le système financier. Celles-ci pourraient détruire le sentiment optimiste qui prévaut actuellement en Bourse. Les marchés restent donc encore vulnérables. " On n'est pas à un stade où l'on peut investir en Bourse les yeux fermés ! avertit Peter Vanden Houte. Mais au point de vue de la tendance, on a le sentiment d'être dans un cycle haussier. " Reste à voir si ce sentiment sera suffisant. La crise financière est due notamment à un déficit de confiance. Le retour de cette confiance suffira-t-il à sortir de l'ornière ? PHILIPPE GALLOYLe phénomène " Tina " peut justifier la hausse actuelle