La chasse est ouverte. Nulles traces de buffles ou d'antilopes dans ce safari, mais seulement des pylônes et antennes relais à capturer au plus vite. Quelle que soit leur nationalité, les géants des télécommunications sortent leur carnet de chèques pour s'emparer des opérateurs africains.
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La chasse est ouverte. Nulles traces de buffles ou d'antilopes dans ce safari, mais seulement des pylônes et antennes relais à capturer au plus vite. Quelle que soit leur nationalité, les géants des télécommunications sortent leur carnet de chèques pour s'emparer des opérateurs africains. Pas moins de trois proies attrapées en l'espace de quatre mois. Après le français Orange et l'indien Bharti Airtel, qui ont jeté leur dévolu sur Méditel et le groupe Zain (voir le tableau), le russe VimpelCom vient de prendre le contrôle de l'égyptien Orascom. Commentaire de Didier Pouillot, directeur d'études à l'Institut de l'audiovisuel et des télécommunications en Europe (Idate) : " Tous cherchent des relais de croissance. Or la Chine demeure fermée, l'Inde hyperconcurrentielle, et l'Amérique du Sud trop cadenassée. Reste l'Afrique. " Avec plus de 1 milliard d'habitants, dont la moitié est âgée de moins de 20 ans, ce continent affiche une croissance insolente dans la téléphonie mobile, 25 fois supérieure à celle de l'Europe de l'Ouest. Pourtant, cet eldorado a aussi ses contraintes. La quasi-totalité des clients ne sont pas des abonnés, mais disposent de cartes prépayées. " Les appels d'un opérateur vers un autre coûtent plus cher en Afrique que dans les pays occidentaux, explique Tariq Ashraf, consultant en télécoms. Du coup, les utilisateurs ont plusieurs cartes SIM, voire plusieurs téléphones, et s'en servent en fonction des communications pour limiter leurs dépenses. "De 13 euros par mois en Afrique du Sud à 2 euros en Ouganda, le montant des factures varie fort d'un pays à l'autre, et ne dépasse pas 7 euros en moyenne sur le continent. C'est peu. Pourquoi se battre, alors, à coups de milliards pour quelques euros ? L'explication tient, pour l'essentiel, en trois raisons. Déjà, comme le soulignait Naguib Sawiris, PDG de l'opérateur Orascom Telecom, les clients utilisent moins de capacité réseau (Internetà) que les Occiden-taux ; du coup, les marges brutes dégagées sont plus importantes. Ensuite, le potentiel de croissance est gigantesque. Plus de 4 Africains sur 10 ne possèdent pas encore de téléphone. Or, faute de disposer de bons réseaux filaires, le mobile est bien souvent l'unique moyen de communiquer, et bientôt d'accéder à la Toile. " En Afrique subsaharienne, moins de 0,1 % de la population peut se connecter. La 3G peut être la réponse ", estime Carole Manero, analyste à l'Idate. Enfin, les opérateurs, à l'image de Safaricom, au Kenya, développent d'autres services, comme les transferts d'argent ou les paiements par mobile. Tant d'atouts ont de quoi faire rêver. Mais gare aux pièges. " Les pratiques culturelles et le contexte réglementaire demandent une très bonne connaissance du terrain ", prévient Fatine Layt, présidente d'Oddo Corporate Finance, l'une des instigatrices du rapprochement entre Orange et Méditel. L'histoire coloniale peut également jouer en défaveur de certains acteurs européens. Un handicap dont sont exempts les nouveaux géants venus d'Inde ou de Russie. Ce qui ne les empêche pas de se heurter à d'autres obstacles. En Algérie, par exemple, le gouvernement a entrepris de remettre la main sur l'opérateur national, Djezzy, et il réclame des arriérés fiscaux à son principal actionnaire, le russe VimpelCom. Afin d'augmenter la pression sur ce dernier, la Banque d'Algérie vient aussi d'infliger à Djezzy une amende dont la société indique ne pas avoir reçu la notification. Voilà le chasseur chassé : la proieà d'un Etat. Emmanuel Paquette