Utrecht, Paris, Oxford, Louvain, Turin, Venise, Bâle... Les déplacements d'Erasme sont incessants. Son ami, Thomas More, est lui aussi un infatigable voyageur. Et, comme eux, en ce XVIe siècle foisonnant, d'innombrables étudiants vont d'université en université, de pays en pays, suivre l'enseignement de maîtres réputés.
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Utrecht, Paris, Oxford, Louvain, Turin, Venise, Bâle... Les déplacements d'Erasme sont incessants. Son ami, Thomas More, est lui aussi un infatigable voyageur. Et, comme eux, en ce XVIe siècle foisonnant, d'innombrables étudiants vont d'université en université, de pays en pays, suivre l'enseignement de maîtres réputés.Utrecht, Paris, Oxford, Barcelone, Turin... Les étudiants d'aujourd'hui ont eux aussi l'occasion de se muer, quelques mois durant, en voyageurs du savoir. Désireuse d'améliorer la qualité de l'enseignement dans les Etats membres de l'Union, de renforcer sa dimension européenne et de développer les coopérations, la Commission a créé le programme Socrates, qui offre plusieurs opportunités dans le domaine de l'éducation. La plus connue est le programme Erasmus destiné à encourager la coopération transnationale entre les universités et la mobilité des étudiants et des professeurs. Erasmus garantit la transparence et la reconnaissance académique des études réalisées à l'étranger. C'est d'ailleurs l'une des raisons de son succès: lorsque l'étudiant passe quelques mois dans une autre institution européenne, les cours qu'il y suit font partie intégrante de son programme et les cotes obtenues à l'étranger sont reconnues par l'institution belge dans laquelle il est inscrit. Il bénéficie donc d'une formidable expérience tout en n'étant pas retardé dans le déroulement de son cursus scolaire. Rien d'étonnant à ce que les candidats au programme soient sans cesse plus nombreux: "Ils étaient 57 pour l'ensemble de la Belgique l'année de la mise en oeuvre du programme, en 1988. L'année suivante, ls étaient 148 pour la seule Communauté française. Ils sont maintenant près de 2 000", se réjouit Yves Van Haverbeke, directeur de l'Agence Erasmus pour la Communauté française Wallonie-Bruxelles. Les destinations sont variées. Les programmes transnationaux sont adoptés pour une durée de sept ans (2000-2006). Ils comprennent les quinze Etats membres de l'Union mais aussi, à certaines conditions, les pays associés d'Europe centrale et orientale, Chypre, Malte, la Turquie et les pays de l'Espace économique européen (EEE). "En ce moment, c'est l'Espagne qui a le vent en poupe et accueille le plus grand nombre d'étudiants de la Communauté française: 447 sur 1 856. Viennent ensuite la Grande-Bretagne (234 étudiants), l'Italie (204 étudiants) et les Pays-Bas (198 étudiants). Les choix tiennent aussi à la politique d'ouverture menée par ces pays, explique Yves Van Haverbeke. Actuellement, l'Espagne est très dynamique et elle offre des programmes très intéressants." Le programme Erasmus est géré par les institutions universitaires ou les hautes écoles. L'étudiant qui souhaite en bénéficier doit s'adresser à son institution. Là, le coordinateur local l'aidera à concrétiser sa demande, à établir son programme et à prendre les contacts nécessaires avec l'établissement qui va l'accueillir. L'étudiant passe alors un contrat avec les deux institutions. Durant le temps de son expérience à l'étranger, il reste inscrit dans son université ou sa haute école. Celles-ci s'engagent à transférer les cotes obtenues là-bas.Se préparer"La durée moyenne du séjour à l'étranger est de cinq mois, précise Yves Van Haverbeke. Les étudiants en reviennent généralement enchantés. Mais si l'expérience est très positive, il ne faut pas sous-estimer sa difficulté. Les étudiants se retrouvent en général dans un pays très différent du nôtre, où l'on parle une autre langue. Or ils doivent y suivre des cours de niveau supérieur et réussir aux examens. C'est une différence essentielle avec les programmes d'échanges organisés en fin d'études secondaires" (1). Bien entendu, l'étudiant ne part pas démuni. Il bénéficie d'une préparation linguistique intense soit grâce à une immersion linguistique durant les vacances soit grâce à des cours intensifs au sein de son institution. "Cette préparation est indispensable, estime Julie. Et, malgré cela, certains cours sont difficiles à suivre. Au début, il y a des moments un peu paniquants. Mais on peut bénéficier de l'aide de certains professeurs et de celle des étudiants que l'on rencontre. Ce qui est formidable aussi, c'est de se faire des amis engagés dans la même voie professionnelle, mais parfois avec une approche assez différente. Des liens se créent. On découvre de l'intérieur une autre ville et l'on s'y attache. La famille d'une amie est vraiment devenue une seconde famille pour moi. Je suis déjà retournée les voir durant les vacances. Et puis, on doit se débrouiller, perdre les habitudes rassurantes de sa faculté et découvrir tout autre chose. Je suis rentrée beaucoup plus forte, plus déterminée." "Erasmus constitue une chance réelle d'enrichissement, souligne Yves Van Haverbeke. La grosse majorité des étudiants le confirment. Mais il y a quand même des échecs: l'expérience demande de faire preuve d'audace et de maturité. Des qualités que les futurs employeurs apprécient d'autant plus qu'elles se conjuguent à des compétences sérieuses." De quoi faire mentir le dicton, pourtant utilisé par Erasme lui-même, selon lequel pierre qui roule n'amasse pas mousse... Les étudiants engagés dans des études de sciences de gestion sont les plus nombreux à tenter l'expérience: 550 sur 1 856 l'an passé. Suivent les étudiants en sciences sociales (250) et en langue (250). Enfin, les étudiants en droit (201). Les étudiants en sciences pures sont un peu à la traîne.Une formule coûteuseLe programme est ouvert à partir de la deuxième année supérieure jusqu'à la fin des études. "60 % des étudiants qui partent en Erasmus sont en deuxième ou en troisième année, remarque Yves Van Haverbeke. Cela explique sans doute partiellement qu'il y ait plus d'étudiants universitaires que d'étudiants des hautes écoles. Ces derniers n'ont guère que la deuxième année pour partir puisqu'ils sont généralement en stages en dernière année." L'autre facteur discriminant est sans doute celui du coût: l'Agence Erasmus ne peut accorder de fonds que pour le surplus du coût d'inscription. "C'est un système un peu inadéquat car le séjour coûte cher: voyage, logement, matériel... Les interventions sont inexistantes ou ne dépassent pas 500 euros. L'Agence aide davantage les étudiants qui disposent de moins de ressources. Beaucoup de d'étudiants travaillent donc pour nouer les deux bouts. Les étudiants les plus défavorisés éprouvent donc encore des difficultés à accéder au programme."(1) Lire notre présentation de la semaine dernière (Le Vif/L'Express du 5/4/2002).Anne-Marie Pirard