"Les pommes de l'agriculture biologique sont plus savoureuses, plus écologiques et même plus économiques que les pommes de l'agriculture conventionnelle." Non, cette affirmation n'est pas tirée d'une publicité émanant du lobby bio. Il s'agit des conclusions d'une étude scientifique conduite par les chercheurs de l'université de Washington et publiée la semaine passée dans le magazine Nature.
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"Les pommes de l'agriculture biologique sont plus savoureuses, plus écologiques et même plus économiques que les pommes de l'agriculture conventionnelle." Non, cette affirmation n'est pas tirée d'une publicité émanant du lobby bio. Il s'agit des conclusions d'une étude scientifique conduite par les chercheurs de l'université de Washington et publiée la semaine passée dans le magazine Nature. Entre 1994 et 1999, ces chercheurs ont cultivé des pommiers selon les trois méthodes courantes : biologique, conventionnelle et intégrée. Pour les pommiers bio, l'utilisation de compost, d'engrais animal et végétal a été privilégiée. Les pesticides traditionnels ont été remplacés par des méthodes de lutte biologique. Les fruits trop petits furent enlevés à la main. Le régime des pommiers conventionnels comprenait des insecticides, des pesticides et des fertilisants synthétiques. Et les fruits trop petits furent chimiquement supprimés. Intermédiaire, la culture intégrée empruntait aux deux premières méthodes. En quantité, les trois méthodes ont fourni des récoltes comparables. Mais, selon les chercheurs, les pommiers biologiques ont produit des fruits plus fermes, plus sucrés et moins aigres que les pommiers conventionnels ou intégrés. Ces qualités, mesurées mécaniquement et biologiquement, ont été confirmées par des tests de goût sur un échantillon de population. Les méthodes biologique et intégrée auraient davantage respecté la qualité du sol que la conventionnelle, qui favoriserait l'érosion et l'appauvrissement des propriétés nutritives du terrain. En dépit du travail manuel plus important requis par la méthode biologique, les pommiers conventionnels se sont aussi révélés plus gourmands sur le plan énergétique: quantité de travail manuel, de carburant, d'énergie dépensée pour fabriquer les fertilisants, etc. Rentabilité économique ? C'est sans doute la conclusion la plus surprenante de l'étude. A condition de vendre les fruits bio 50 % plus cher (ce qui correspond à une certaine réalité économique), l'exploitation bio atteint son breakeven (le moment où les recettes totales accumulées dépassent les dépenses) après six ans, tandis qu'il faut attendre huit et neuf ans, respectivement, pour les exploitations conventionnelle et intégrée. "Cette étude paraît sérieuse, commente le Pr André Falisse (faculté agronomique de Gembloux), mais elle ne vaut que pour les pommes cultivées dans les conditions climatiques de l'Etat de Washington. Vous ne pouvez en aucun cas la généraliser à toute l'agriculture. Prenons le rendement, par exemple. Celui de l'agriculture biologique est, en moyenne, très inférieur à celui de l'agriculture conventionnelle, contrairement à ce qui s'est passé dans le cadre de cette étude. De la même manière, l'impact de l'agriculture conventionnelle sur la qualité des sols n'est pas partout la même. Il y a des exploitations conventionnelles qui affichent un excellent bilan de ce point de vue, aussi bon que l'agriculture biologique." Pour Jean-François Ledent (faculté agronomique de l'UCL), la rentabilité économique du bio suppose une clientèle acceptant de payer plus cher les produits de l'agriculture. "Cette demande est minoritaire, dit-il. Les parts de marché que peut conquérir le bio sont donc nécessairement limitées." A moins, proposent les chercheurs américains dans Nature, de prendre en compte les coûts environnementaux de l'agriculture, c'est-à-dire de chiffrer l'érosion des sols, la pollution par les nitrates, etc., et d'inscrire ces coûts au passif du bilan des exploitations agricoles. "On constaterait peut-être alors que de nombreuses exploitations soi-disant rentables actuellement sont, en fait, économiquement ruineuses, disent les chercheurs." François Louis