On pénètre dans les images de Peter Waterschoot (Gand, 1969) comme on se glisse dans un bon polar. L'un de ces romans noirs qui emmènent le lecteur faire un tour de l'autre côté du miroir, du côté des perdants magnifiques. Là où les protagonistes ont à jamais renoncé au format métro-boulot-dodo. Des "losers" désabusés menant une existence qui se perpétue de coups...

On pénètre dans les images de Peter Waterschoot (Gand, 1969) comme on se glisse dans un bon polar. L'un de ces romans noirs qui emmènent le lecteur faire un tour de l'autre côté du miroir, du côté des perdants magnifiques. Là où les protagonistes ont à jamais renoncé au format métro-boulot-dodo. Des "losers" désabusés menant une existence qui se perpétue de coups foireux en arnaques peu reluisantes. Surgit alors un archétype, celui de Louie, anti- héros exerçant le métier d'usurier dans La Religion des ratés, titre éloquent, de Nick Tosches. Il ne faut pas être extralucide pour entrevoir le tableau: bars louches, whiskies sirotés à l'aube, rencontres tarifées, pas qui titube, corps dont l'empreinte traîne sur un drap froissé... Le tout se découpe sur fond de tonalités feutrées de fin de jour ou de petit matin. Prises à l'occasion de séjours de trois à quatre jours dans des villes aux nuits mélancoliques comme Ostende, Hambourg, Osaka, Venise ou Bruxelles, les images de Peter Waterschoot sont autant d'allers simples pour des histoires encore à imaginer. Fortement marqués chromatiquement, de bleu, de jaune, de rouge, ces clichés font un pas du côté de la peinture. Ils ont aussi cette particularité que l'humain n'y a pas sa place, celui-ci ne se laissant deviner qu'à travers des traces ténues, voire des sensations. Ainsi de ces deux fauteuils de cinéma rouge dont la texture nous est familière. De les voir, la mémoire des doigts se réveille, suggérant le crissement velouté caractéristique. La situation de ces sièges fatigués, un coin de salle balafré, emblématique de l'impasse que constitue le dernier rang, raconte aussi un point de vue singulier sur le monde: celui qui consiste à voir sans être vu. Un rêve de paumé. Un rêve de photographe.