C'était le samedi 19 juin 2010, une semaine après les élections fédérales. Michel Daerden, bourgmestre d'Ans " en titre ", destituait Stéphane Moreau, bourgmestre faisant fonction depuis 2007, et le remplaçait par un homme plus docile, Yves Parthoens. Depuis lors, motus et bouche cousue. Le ministre des Pensions rompt à présent le silence. Avec un culot monstre, il s'érige en apôtre du non-cumul des mandats. A propos du PS liégeois, il distille les anecdotes avec un talent de conteur hors pair, mais aussi la morgue d'un homme de pouvoir aux abois.
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C'était le samedi 19 juin 2010, une semaine après les élections fédérales. Michel Daerden, bourgmestre d'Ans " en titre ", destituait Stéphane Moreau, bourgmestre faisant fonction depuis 2007, et le remplaçait par un homme plus docile, Yves Parthoens. Depuis lors, motus et bouche cousue. Le ministre des Pensions rompt à présent le silence. Avec un culot monstre, il s'érige en apôtre du non-cumul des mandats. A propos du PS liégeois, il distille les anecdotes avec un talent de conteur hors pair, mais aussi la morgue d'un homme de pouvoir aux abois. Michel Daerden : C'est moi qui l'ai fait ! Ce sont les mots prononcés par Cools à propos de Spitaels. Et je dis la même chose de Stéphane Moreau. Une formule terrible ! Je vais vous le démontrer. Le début de l'histoire remonte à 1977-1978. A ce moment-là, Stéphane Moreau étudie les sciences politiques à l'université. Son grand-père siège avec moi au conseil du CPAS. Un jour, il vient me trouver : " Mon petit-fils écrit son mémoire sur le Fonds des communes, est-ce que tu ne pourrais pas l'aider ? " C'est comme ça que je l'envoie chez Jean-Claude Phlypo, le chef de cabinet d'André Cools, l'homme le mieux placé pour rédiger l'affaire, ou en tout cas pour l'aider. Après l'université, il y a le service militaire. Il ne l'a jamais fait. Je l'ai placé chez Van der Biest. A l'époque, il y avait un milicien par cabinet ministériel. Mais, assez vite, il tombe en disgrâce totale. En 1992, quand Mathot succède à Van der Biest au gouvernement wallon, il ne veut pas de Stéphane Moreau. Il s'est retrouvé chômeur, ce garçon ! Il est venu pointer à la commune d'Ans ! Et je me bats alors, comme personne ne l'a jamais fait pour lui, pour qu'il rentre au cabinet Mathot. Ce que Guy, par amitié pour moi, accepte. Mais ses grandes compétences sont sous-utilisées. Je me bats donc pour que Schlitz, le bourgmestre de Liège, le prenne comme chef de cabinet. Ensuite, il vient comme expert au cabinet Daerden, quand je suis ministre fédéral des Transports. Puis je le prends comme échevin à la commune. Tout doucement, il fait son chemin, va de mandat en mandat, ce qui est merveilleux. Jusqu'au moment où, en accord avec les gens qui s'occupent de l'énergie à Liège, je le pousse au maximum pour qu'il devienne président de l'ALE [ NDLR : Association liégeoise d'électricité, future Tecteo]. La vie est toujours la même. J'en ai formé tant... Le fils, à un moment, tente de tuer le père. Vous connaissez cette formule latine ? " Toi aussi, mon fils. "Oui. Probablement. Mais il n'a pas encore réussi. C'est de l'idiotie ! Fin 2006, je lui dis : " Je continue avec Gingoux comme bourgmestre faisant fonction. " Il me demande : " Et moi, je ne le deviendrai jamais ? " Je lui réponds : " Si, en cours de législature, quand j'en verrai l'opportunité. " Ce que j'ai respecté. En 2007, il devient bourgmestre faisant fonction. Les mois suivants, il va exercer ses nombreuses compétences. Tout ça se déroule. Tout ça se passe. A plusieurs reprises, dont deux collèges, où sont réunis le bourgmestre et les échevins, je fais part de mon inquiétude. C'est exceptionnel, quand je me rends au collège. Par deux fois, j'y vais, et je leur dis à tous : je sens qu'on prend du retard, j'ai peur qu'on perde les subsides européens. Je joue mon rôle, en somme. Pendant la campagne électorale, plusieurs habitants d'Ans sont venus se plaindre auprès de moi. Ils m'ont rapporté ceci, cela. J'ai fait évidemment la part des choses. En application des droits que la législation me confère, j'ai pris une décision qui est un mix : laisser à Stéphane Moreau tous ses dossiers d'urbanisme, ses grands projets d'aménagement du territoire, pour lesquels je pense qu'il a beaucoup de compétences, et confier à Yves Parthoens les tâches plus ponctuelles de bourgmestre faisant fonction. Je pense sincèrement que j'ai agi pour le bien de ma commune. Faites un sondage à Ans ! Tout le monde vous dira que le bourgmestre a bien agi. Pour être sincère, je n'imaginais pas l'ampleur de sa réaction d'homme meurtri. Je suis intimement convaincu que chaque être humain a une limite, quelles que soient ses compétences intellectuelles, quelle que soit sa capacité de travail. C'est pourquoi je pense qu'il convient de limiter très strictement les cumuls. Voilà ma thèse de fond ! Depuis 1994, je n'exerce plus qu'un seul mandat rémunéré. Ce n'est pas du tout ça ! Si je pense qu'il faut limiter les mandats, c'est parce que chaque être humain n'a que vingt-quatre heures par jour. Il faut bien en dormir quelques- unes. Et on ne fait pas que travailler. Je lui ai dit à plusieurs reprises avec la plus grande amitié. Elio Di Rupo a dit la même chose à Frédéric [ NDLR : Daerden, son fils, député européen et bourgmestre de Herstal, ex-patron du bureau de révisorat DC&Co], il y a quelques années. Avec raison. Ils doivent choisir ! Soit la fonction de responsable politique, soit celle de gestionnaire d'entreprise. Tant Frédéric que lui sont capables de faire les deux. Mais il faut faire un choix. [ Long silence.] Stéphane, ou tu gères ce grand groupe Tecteo, et tu ne fais que cela. Ou tu fais de la politique, tu deviens député-bourgmestre, voire demain ministre. Pourquoi pas ? Mais c'est un choix. Ce n'est plus possible, ça. Qu'a fait Frédéric ? Il a vendu son bureau. Elio l'a dit à Frédéric, et je le redis à Stéphane : les temps ont changé. Choisis ! Et si tu choisis la politique, je suis convaincu que tu feras du chemin. C'est impossible... Aucun grand patron d'entreprise n'exerce de fonction politique. Voilà, j'ai dit tout ce que j'avais à dire. S'il ne comprend pas le message, alors... Pas du tout. Mais, alors, je serai très surpris. Si un homme de son intelligence ne comprend pas, c'est que, peut-être, je me serais trompé sur son intelligence. ENTRETIEN : FRANÇOIS BRABANT" LA VIE EST TOUJOURS LA MÊME. LE FILS, À UN MOMENT, TENTE DE TUER LE PÈRE "