Dehors, un défilé défilait. Sur les pancartes était écrit tout ce qui pouvait être écrit : " Stop réfugiés ! On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ". A l'arrière de la foule, un gars en uniforme allemand, un brin anachronique - chemise brune, casquette à visière, bottes noires vernies - agitait la main avec mollesse, comme un bébé qui dit bye-bye. La foule tourna à gauche, dans une rue étroite, vers le parc Maximilien. L'uniforme nazi, lui, en profita pour filer à l'anglaise. Quand il poussa la porte du café, un silence horrifié l'accueillit. L'uniforme patrouilla la pièce du regard : lumiè...

Dehors, un défilé défilait. Sur les pancartes était écrit tout ce qui pouvait être écrit : " Stop réfugiés ! On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ". A l'arrière de la foule, un gars en uniforme allemand, un brin anachronique - chemise brune, casquette à visière, bottes noires vernies - agitait la main avec mollesse, comme un bébé qui dit bye-bye. La foule tourna à gauche, dans une rue étroite, vers le parc Maximilien. L'uniforme nazi, lui, en profita pour filer à l'anglaise. Quand il poussa la porte du café, un silence horrifié l'accueillit. L'uniforme patrouilla la pièce du regard : lumières allumées. Silhouettes immobiles et muettes. Puis, le gars se mit à lisser le brun de sa chemise. Il faisait ça lentement, comme il aurait fait glisser une combinaison en satin sur ses hanches. Bientôt, dans le café, ne restait plus que la fermentation des chuchotements écoeurés. Le type en brun s'avança vers Goliarda, dont la main en suspens tenait encore la lavette qui venait de frictionner le comptoir : Heil, chère petite Madame ! Une eau potap', Bitte.Dans le café, chacun y allait maintenant de son commentaire. L'est fou, ce type ! Et puis, son accoutrement, ça sort d'où ?Ce ne serait pas Theo Francken, des fois ? ! (1) Sur ce, le gars grimpa sur une table, ôta sa casquette - comme une effeuilleuse se défait d'un boa - et entonna vigoureusement " Heidi Heido ". Puis, se tournant vers un garçonnet qui jouait avec les boules du billard, il dit : ? Ton nom, c'est quoi ? ? Mourad.? Ja, c'est zuspect, comme nom, ça.Le café soupira, plaintif. A la cantonade, le type lança : Nein, mais zans blague : z'est pas un ket de chez nous, ça ! (et " l'Allemand " d'enlever sa veste). Za doit encore être un immikré (la chemise tomba au sol). Ou alors, un réfuchié (la ceinture s'ouvrit dans un bruit de métal). Font que za auzi, les réfuchiés : ils viennent chez nous, accoucher à la sauvette. Ja ! (le pantalon tourbillonna). On n'a qu'à le cheter dans la rue (les bottes furent projetées au loin). Il tombera peut-être dans un trou ! (le caleçon se prit dans le lustre). Pour finir, le gars était là, tout nu. Hilare et en chaussettes. Tout le monde en larmes. Ça sentait le soufre. Le grand final, quoi. Ciao pantin. Bientôt, les bergers allemands, dans la nuit. Les rails qui gémissent sous la lune. Les rafles. Adieu, la civilisation. Et bons baisers de Bruxelles, surtout. Rideau. Mais, au lieu de tomber, il s'ouvrit, le rideau. Et il dévoila, dans le fond du café, un blagueur enchevêtrement de câbles et de caméras cachées. Je vous ai bien eus ! sourit le nudiste, aka François Damiens aka Theo Francken. Et il se rhabilla. Faut dire qu'il faisait frais, pour la saison (2). Mais c'est pas tout ça : l'heure tourne ! Où est encore passé le serveur ? S'agirait pas de louper le film qui va démarrer sur la Une, à 20h15... (1) Dans un photomontage diffusé par Ecolo J, le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration est apparu en nazi. (2) François Damiens a annoncé qu'il allait reprendre ses caméras cachées. Rosanne Mathot