Créé en 2008, le prix Pictet est financé par la banque suisse éponyme. Présidée par Kofi Annan, prix Nobel de la paix et ancien secrétaire général de l'ONU, cette récompense entend promouvoir le " développement durable ". Un parti pris qui peut choquer quand on sait que le groupe helvétique spécialisé dans la gestion de fortune a pour stratégie une " optimisation fiscale agressive ", ce qui n'est pas forcément compatible avec la vision prônée à long terme. Qu'à cela ne tienne, à l'arrivée, le casting des douze finalistes retenus vaut toujours le coup d'oeil. Pour cause, les rouages de cette belle mécanique sont parfaitement huilés pour accoucher d'une manifestation à la visibilité maximale. Il faut avouer qu...

Créé en 2008, le prix Pictet est financé par la banque suisse éponyme. Présidée par Kofi Annan, prix Nobel de la paix et ancien secrétaire général de l'ONU, cette récompense entend promouvoir le " développement durable ". Un parti pris qui peut choquer quand on sait que le groupe helvétique spécialisé dans la gestion de fortune a pour stratégie une " optimisation fiscale agressive ", ce qui n'est pas forcément compatible avec la vision prônée à long terme. Qu'à cela ne tienne, à l'arrivée, le casting des douze finalistes retenus vaut toujours le coup d'oeil. Pour cause, les rouages de cette belle mécanique sont parfaitement huilés pour accoucher d'une manifestation à la visibilité maximale. Il faut avouer que l'entonnoir mis en place impressionne, soit les candidatures de plus de 700 photographes qui sont suggérés au jury par un réseau mondial de 296 " nominateurs " réputés au sein des arts visuels. La couronne - un montant de 100 000 francs suisses (85 000 euros) - échoit à un seul et unique gagnant. Voilà pour les coulisses mais, à dire vrai, c'est surtout la face visible de l'iceberg qui mérite que l'on s'y intéresse, à savoir l'exposition itinérante réunissant la douzaine de participants retenus. L'accrochage a d'autant plus d'intérêt que, pour la troisième fois consécutive, il prend ses quartiers à Bruxelles. C'est le très bel espace postindustriel de la fondation CAB (Contemporary Art Brussels) qui, à la faveur d'une scénographie aussi épurée que remarquable, a le privilège d'accueillir la 7e édition du prix. Centré sur le thème de l'espace et intitulé en toute logique Space, l'accrochage réunit les pointures suivantes : Mandy Barker (Grande-Bretagne), Saskia Groneberg (Allemagne), Beate Gütschow (Allemagne), Rinko Kawauchi (Japon), Benny Lam (Hong Kong), Richard Mosse (Irlande), Sohei Nishino (Japan), Sergey Ponomarev (Russie), Thomas Ruff (Allemagne), Munem Wasi (Bengladesh), Pavel Wolberg (Russie) et Michael Wolf (Allemagne). Le vainqueur 2018 était l'Irlandais Richard Mosse.On ne peut pas dire que la surprise soit de taille tant cet artiste a fait couler d'encre avec son approche de photojournalisme réinventé, notamment au travers de ses photographies infrarouges sur la guerre en République démocratique du Congo. Pourtant remarquables, celles-ci semblent presque fades à côté de l'énorme composition, quasi picturale, sur laquelle s'ouvre Space. Extraite de la série Incoming, qui aborde la question des migrants d'une manière inédite, la prise de vue labyrinthique repose sur l'utilisation d'un appareil photo militaire classé " arme de guerre ". Celui-ci est équipé d'un dispositif détectant la chaleur des corps à une distance de 30 kilomètres à la ronde. Transformés en taches thermiques, les migrants apparaissent plus que jamais des cibles toutes désignées. Dans le même registre, celui de la crise migratoire, mais abordé avec un traitement diamétralement opposé, il faut également s'arrêter sur le travail de Sergey Ponomarev qui humanise les réfugiés en les photographiant au plus près de leur périple. Si la tonalité générale de l'exposition est sombre, les images de Rinko Kawauchi offrent la perspective d'un espoir en donnant à voir la beauté des terres que l'on brûle au Japon. Les clichés se comprennent comme un prélude à un nouveau cycle, celui de cendres servant d'engrais naturel. Le tout pour une renaissance rituelle qui se perpétue depuis le xiiie siècle. On aimerait tant qu'il s'agisse là de l'heureuse métaphore du destin de notre globe.