Quel bilan tirez-vous jusqu'à présent de la crise sanitaire?
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Quel bilan tirez-vous jusqu'à présent de la crise sanitaire? Max Jadot: Il est trop tôt pour tirer le bilan de cette crise car il existe encore beaucoup d'incertitudes. Mais je reste convaincu de la résilience de notre société, de nos entrepreneurs, de nos clients et de notre pays. Pour autant, cette double crise économique et sanitaire a mis en lumière l'importance de nos activités bancaires et notre rôle sociétal. Le secteur bancaire en général, et BNP Paribas Fortis en particulier, ont pleinement joué leur rôle dans l'effort collectif pour soutenir les familles et les entrepreneurs en accordant à la fois des moratoires, des nouveaux crédits avec garantie de l'État ainsi que de nouveaux prêts. Pour y parvenir, nous avons rapidement amélioré nos dispositifs informatiques afin de remplir une de nos missions essentielles qui est la continuité des activités de nos clients. Faut-il craindre une succession de faillites à présent que les mesures de soutien mises en place l'année dernière devraient être progressivement réduites? Un des principaux défis de certaines entreprises sera effectivement de survivre à l'interruption des différentes mesures de soutien mises en place par les gouvernements. L'an dernier, près de 8.000 faillites ont été enregistrées contre 10.000 les années précédentes. Une fois que les mesures de soutien disparaîtront, certaines faillites qui n'ont pas été prononcées en 2020 pourraient survenir par la suite, ce qui augmentera de facto le taux de faillite. Toutefois, je reste positif en pensant que l'économie belge retrouvera son niveau d'avant la crise au second semestre 2022. L'activité économique ne s'est pas totalement arrêtée. La plupart des secteurs ont pu continuer à travailler, même si c'était parfois à un rythme réduit, depuis le premier confinement en mars 2020. L'effondrement économique n'a pas eu lieu grâce, notamment, aux dépenses publiques (droit passerelle, chômage temporaire, report de paiements, primes régionales...). Je persiste donc à penser que l'économie belge est résiliente et qu'elle est en train de rebondir. Bien entendu, nous devons continuer à soutenir un maximum d'entreprises et d'entrepreneurs dans les mois à venir. La pandémie a ramené de nombreux petits investisseurs vers la Bourse. Est-ce une bonne chose selon vous? Nous avons effectivement observé un appétit marqué chez nos clients avec une croissance des investissements en actions de plus de 100% et de plus de 20% pour les fonds d'investissement. Un intérêt croissant qui s'est particulièrement tourné vers des investissements durables. Le rôle de la banque est de stimuler l'épargne des Belges vers l'investissement dans l'économie réelle, les entreprises et les emplois. Cette mobilisation de l'épargne pourrait être également un élément du plan de relance. Les taux ont récemment remonté. Une bonne nouvelle pour le secteur bancaire?La remontée des taux est d'abord une bonne nouvelle car il s'agit d'un signe avant-coureur d'une reprise économique mondiale. Cette légère hausse nous rappelle également que les taux d'intérêt ne resteront pas bas pour toujours. Tôt ou tard, ils augmenteront. Cependant, cela devrait prendre encore du temps avant que la Banque centrale européenne ne remonte ses taux d'intérêt en territoire positif. Le secteur bancaire doit donc évoluer parallèlement à l'évolution de la technologie, du comportement de ses clients et face à cet environnement de taux d'intérêt bas. De ce fait, le business model traditionnel bancaire de la transformation des dépôts en crédits ne suffira plus à soutenir la rentabilité du secteur en général. Il faut donc s'attendre à voir de nombreuses nouvelles initiatives et des partenariats visant à augmenter la valeur ajoutée et/ou à créer de nouvelles sources de revenus. La pandémie a mis en avant les fintechs. Est-ce une menace ou une opportunité pour le secteur bancaire?Nous devons toujours garder à l'esprit les besoins des clients d'aujourd'hui et de demain: comment pouvons-nous leur garantir une valeur ajoutée rapide, simple, sûre et à un prix raisonnable? Nous ne pouvons pas tout faire tout seul, collaborer avec des fintechs est une des solutions. Ces plateformes sont également utiles pour encourager notre propre créativité. Les fintechs ont également besoin des banques pour les réseaux de distribution, les bases de clientèle, la sécurité, la gestion des risques, la compliance, les licences bancaires... D'où la stratégie de partenariats développée par BNP Paribas Fortis avec la fintech Tink, Google, Apple, Garmin ou Fitbit. Nous avons aussi acquis des participations dans la fintech liégeoise Gambit, dans la wealthtech PaxFamilia ou encore la société gantoise Optimile. Enfin, nous possédons notre propre néo-banque avec Hello bank! qui compte déjà un demi-million de clients. Ces derniers mois, on a de nouveau beaucoup parlé de cryptomonnaies. Qu'est-ce que cela vous inspire?Les cryptomonnaies ne peuvent pas être considérées comme une " monnaie " car cela nécessite un cadre réglementaire et une gestion prudente de la protection des données et du risque de blanchiment d'argent. Dans ce contexte, nous appelons nos clients à rester très vigilants vis-à-vis de ces actifs non réglementés. En revanche, nous analysons les perspectives qu'offre la technologie blockchain, par exemple en matière de paiements transfrontaliers ou de rationalisation du marché des titres. Quel message désirez-vous faire passer aujourd'hui?La crise sanitaire a un impact important sur le moral des Belges, le comportement de nos clients et de nos collaborateurs. Outre l'aide financière et non financière que nous devrons continuer d'apporter aux particuliers et aux entreprises dans les prochains mois, nous allons déployer plus fortement encore notre engagement vers davantage de durabilité en augmentant l'impact positif de nos activités.