Michel Herr a vu le jour en 1949 et porte un sacré label de qualité durable. Fondateur des Lundis d'Hortense, il a par exemple joué près de deux décennies pour et avec Toots Thielemans. Egalement originaire de Bruxelles, sa cadette Anne Wolf, née en 1967, a exploré pop, Brésil, rock et tentations funky. Tous deux sont pianistes d'obédience jazz, se connaissent forcément dans le petit microcosme francophone et partagent quelques admirations contemporaines, comme celle pour l'inévitable brillance de Brad Mehldau. N'empêche, Danse avec les anges du Anne Wolf Quatuor, sorti l'été dernier, n'est pas cousin obligatoire du nouveau Positive signé Herr, sauf en matière de jus énergétique, de rythmes festifs, de brassage d'humeurs. Tous deux publiés sur le label bruxellois Igloo. Les disques sont instrumentalisés d'une différente ampleur - cinq musiciens pour la première, dix pour le second - et puis Anne joue et compose, là où Michel reste en dehors du jeu physique d'enregistrement au clavier. Composant, arrangeant, produisant les neuf morceaux d'un opus où l'on retrouve une autre référence pianistique belge - Nathalie Loriers - et un vaste spectre fourni par des guitares acides et le sax ténor obsédant. Avec même une Sud-Africaine peu connue de nos services, Tutu Puoane, impressionnan...

Michel Herr a vu le jour en 1949 et porte un sacré label de qualité durable. Fondateur des Lundis d'Hortense, il a par exemple joué près de deux décennies pour et avec Toots Thielemans. Egalement originaire de Bruxelles, sa cadette Anne Wolf, née en 1967, a exploré pop, Brésil, rock et tentations funky. Tous deux sont pianistes d'obédience jazz, se connaissent forcément dans le petit microcosme francophone et partagent quelques admirations contemporaines, comme celle pour l'inévitable brillance de Brad Mehldau. N'empêche, Danse avec les anges du Anne Wolf Quatuor, sorti l'été dernier, n'est pas cousin obligatoire du nouveau Positive signé Herr, sauf en matière de jus énergétique, de rythmes festifs, de brassage d'humeurs. Tous deux publiés sur le label bruxellois Igloo. Les disques sont instrumentalisés d'une différente ampleur - cinq musiciens pour la première, dix pour le second - et puis Anne joue et compose, là où Michel reste en dehors du jeu physique d'enregistrement au clavier. Composant, arrangeant, produisant les neuf morceaux d'un opus où l'on retrouve une autre référence pianistique belge - Nathalie Loriers - et un vaste spectre fourni par des guitares acides et le sax ténor obsédant. Avec même une Sud-Africaine peu connue de nos services, Tutu Puoane, impressionnante sur le titre Think Of You. " Le jazz est une musique qui permet aux gens de différentes générations de jouer ensemble, s'enthousiasme Herr. Aujourd'hui, les anciens n'hésitent pas à prendre des jeunes qui sortent des écoles. Celles-ci permettent d'avancer plus vite, de gagner du temps. A condition d'avoir du talent (sourire). Le jazz est désormais plus ouvert. " De quoi parlent entre eux les jazzmen belges ? Herr dégaine : " De tout, évidemment, de nourriture (sourire), mais aussi des conditions de travail qui reviennent quand même vite sur la table. Parce que le circuit francophone belge est limité : on en fait le tour avec un projet et puis on est assez rapidement tributaire de devoir en présenter un autre, alors qu'on sait bien que la musique doit prendre son temps, mûrir, percoler. Donc, il faut refuser de créer des projets artificiels, juste pour pouvoir jouer... ". Le jazz, comme les autres musiques 2019, se trouve en état de zapping permanent, " il l'a toujours fait, on a toujours joué dans plein de groupes ", ponctue Herr. Qui commence son trajet par la pop et l'accompagnement de chanteurs, prenant alors contact avec le grand Richard Rousselet - compagnon de route de Marc Moulin - et, de fil en aiguille, empruntant un réseau tissé par le bouche-à-oreille. En l'absence d'école belge, l'intéressé file à l'étranger, s'imprègne de cours aux Pays-Bas, en Allemagne, en Suisse où d'autres contacts font boule de jazz. Dans une génération noyautée par les autodidactes. Point commun : Anne Wolf, Premier prix de conservatoire, fréquente la médiathèque, comme Michel Herr. Les deux s'y alimentent en disques dont le mérite majeur est d'exposer l'improvisation. Ce virus incontournable du jazz est toujours là, même si l'époque a changé la donne. Nourri au postbop, Herr joue avec des champions comme le sax Joe Henderson (1937 - 2001) et Chet Baker (1929 - 1988), camé notoire, génie aux ailes brûlées. " Je n'aurais pas fait le jazz sans Chet Baker que j'ai vu deux soirs de suite à l'Orangerie du Botanique, confie Wolf. Je n'avais jamais entendu du jazz à ce niveau-là, il a été mon déclencheur. Bon, aujourd'hui, faut bien dire que la came n'a plus l'importance qu'elle a pu avoir du temps de Charlie Parker. Moi, je suis partie du Chopin joué au piano par ma maman et puis j'ai filé vers un prof, Pierre Goeyens, qui m'a interprété des pièces d'Oscar Peterson. D'où le coup de foudre pour le jazz. " Face au piano, instrument monstre, aucune timidité ne sera tolérée. Herr se lance : " Oui, mais cela reste un instrument dans lequel la production du son est facile, puisqu'il suffit d'enfoncer une touche (sourire). Par contre, c'est à la fois un instrument percussif et harmonique, d'une palette énorme et le fait d'avoir fait du piano m'a aidé à aller vers le travail sur les arrangements. " Wolf poursuit : " Le piano est aussi physique, même si ce qui m'y manque, c'est la possibilité de faire de longues notes. Comme peut le réaliser le violoncelle sur mon album. Sur scène, jouer d'un instrument acoustique reste vraiment une expérience particulière. " Une violoncelliste chez Wolf, un quatuor chez Michel Herr, et autant de caresses des cordes. Anne Wolf parle d'un instrument qui est " comme une voix qui éviterait les tessitures aiguës, celles que je n'ai de toute façon pas, étant une très mauvaise chanteuse (sourire) ". Herr, lui, jauge plutôt la présence du quatuor sur son album comme un pont naturel entre jazz et classique : " Parce que, finalement, la musique sert d'abord à raconter des histoires, et le fait d'avoir joué avec des gens comme Toots en scène est un apprentissage énorme. Jouer en concert avec les autres, c'est observer leurs décisions, leurs silences, leurs constructions. Le faire en temps réel, c'est une émotion incroyable. " Anne reprend l'idée de Michel, via une métaphore : " C'est la différence entre apprendre une langue chez soi avec un bouquin et puis se retrouver plongée dans un pays où on la parle. Cela n'a rien à voir. " Les albums de Wolf et Herr ont été enregistrés en trois ou quatre jours, indémodable particularité du jazz qui, pour d'évidentes raisons économiques, ne perd pas de temps. Alors qu'un album de U2 prend des années, sans parler des décennies nécessaires à Peter Gabriel. Pratiquement, les deux albums d'Herr et Wolf se sont donc bouclés en studio express. Après quelques gigs d'échauffement pour Wolf et seulement une répétition générale chez Herr. Chez l'une comme chez l'autre, les instrumentistes bénéficient d'un espace qui leur permet l'" impro et la touche personnelle ". Le jazz, c'est ça : se trouver devant un carrefour et changer de chemin à chaque interprétation du morceau... tout en pouvant vivre de la musique. De là se dégage, d'ailleurs, une différence entre le nord et le sud du pays. " Autrefois, on allait davantage jouer à Gand, Anvers et ailleurs, relève Herr. J'ai l'impression qu'aujourd'hui, certaines différences esthétiques entre les deux régions se sont creusées. " Le jazz a changé, la Belgique aussi.