Pour les Français, c'est plus simple. Pour se moquer, ils ont Carla Bruni, sa voix rauque, son regard embué et, surtout, son président de mari, qui a toutes les caractéristiques du personnage burlesque : " Petit, excité et de mauvaise foi ", résume l'humoriste Gérald Dahan. Les comiques peuvent même se gausser de la vie privée de leurs gouvernants, ce qui est un genre nouveau, lui aussi inspiré par Sarko. " A partir du moment où lui-même mélange vie publique et vie privée, il n'y a plus de raison de ne pas en parler. Implicitement, il donne l'autorisation aux humoristes d'aller sur ce terrain ", avance Guy Bedos. Chez nous, par contre, les responsables politiques ont, pour la plupart, et pour paraphraser un membre de l'opposition, " le charisme d'un lavabo ". Et, jusqu'à présent en tout cas, on rit rarement de leurs conjoints ou de leur vie sexuelle.
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Pour les Français, c'est plus simple. Pour se moquer, ils ont Carla Bruni, sa voix rauque, son regard embué et, surtout, son président de mari, qui a toutes les caractéristiques du personnage burlesque : " Petit, excité et de mauvaise foi ", résume l'humoriste Gérald Dahan. Les comiques peuvent même se gausser de la vie privée de leurs gouvernants, ce qui est un genre nouveau, lui aussi inspiré par Sarko. " A partir du moment où lui-même mélange vie publique et vie privée, il n'y a plus de raison de ne pas en parler. Implicitement, il donne l'autorisation aux humoristes d'aller sur ce terrain ", avance Guy Bedos. Chez nous, par contre, les responsables politiques ont, pour la plupart, et pour paraphraser un membre de l'opposition, " le charisme d'un lavabo ". Et, jusqu'à présent en tout cas, on rit rarement de leurs conjoints ou de leur vie sexuelle. Mais, chez nous, on a le surréalisme. C'est plus compliqué à interpréter, mais très drôle aussi. Voyons un peu l'année écoulée. On a tous l'impression qu'il s'est passé une foule de choses. Eh bien, faites l'exercice. Citez-moi 5 événements qui ont marqué l'année. Au début, ça paraît facile : " La démission de Leterme (" Il y en a eu plusieurs, non ? "), la fin du cartel CD&V/N-VA (pour les plus attentifs), le krach bancaire (" Mais je n'ai rien compris "),... " Et ? " Et l'élection d'Obama ! " Oui, mais ça, ce n'est pas du belge. S'ensuit un blanc, pendant lequel vous vous grattez les méninges. Blanc comme la page blanche de cet accord institutionnel sur laquelle se sont écrits tellement de non-accords. Ça vaut Alice au pays des merveilles, qui fête ses non-anniversaires. Comment, donc, écrire une pièce de théâtre sur rien ? " On ne peut pas dire que le gouvernement ne travaille pas, consent Baudouin Remy. Mais il travaille pour rien. Et c'est cette impasse-là qu'il a fallu montrer. " D'où l'allusion à La Cantatrice chauve, £uvre célèbre d'Eugène Ionesco, où les protagonistes parlent pour ne rien dire, et sans vraiment s'écouter. Et à En attendant Godot, de Samuel Beckett, pièce tout aussi absurde dans laquelle celui qui est attendu n'arrive jamais. " Chez nous, on négocie la moitié de la nuit pour trouver un accord, et l'autre moitié pour se mettre d'accord sur la manière de le dire. Pour ajouter une note dramatique, Yves Leterme prend régulièrement la porte. Quelqu'un sonne, on imagine que c'est lui, mais non : il n'y a personne. Leterme est revenu par la fenêtre, en passant par la case du roi. " N'allez surtout pas imaginer qu'il faut être féru de culture pour comprendre les propos de ces amuseurs publics. Comme dans toute £uvre populaire qui se respecte, il y a deux niveaux de lecture : le premier, qui se laisse comprendre même par un cerveau vierge, et le deuxième, pour modestement initiés, qui fait d'autant plus rire qu'on pige les références. Il y en a pour tous les goûts et tous les âges : le public jeune se réjouira de voir " slamer " Grand Pays malade sur le droit du sol et le droit des gens. Joëlle Milquet est bon public : " Elle prend bien tout ce qu'on dit sur elle. " Elio Di Rupo rit aussi, mais, quand Laurette Onkelinx en rajoute, poussant parfois des " wouah ! " dans sa direction (avec la main grattant frénétiquement une guitare inexistante, vous suivez ?), il la trouve parfois saumâtre. On ne sait pas si les Daerden père et fils vont apprécier d'être les héros d'une chanson retouchée de Renaud - Papa, c'est quandqu'on boit le coup ? - mais, a priori, ils aiment ce genre de pub. Le faux André Flahaut, ex-ministre de la Défense régulièrement critiqué par son successeur (et réciproquement), semble plus vrai que nature lorsqu'il soliloque : " La présidente du CD&V m'a dit que je devais arrêter de dire que Pieter De Crem est un con ? Dites-lui que c'est une conne ! " Et Yves Leterme ? Il aime ça, lui ? " L'année passée, il n'est pas venu au spectacle. Il nous a dit : "Vu la situation politique, je ne voudrais pas donner l'impression que je m'amuse..." " Sacré Yves... Le rêve de la joyeuse troupe ? " Que le roi et la reine viennent un jour assister au spectacle, en "stoemelings". Un jour, à l'occasion de la fête de l'Iris, le ministre bruxellois flamand Guy Vanhengel m'a présenté à la reine, se rappelle Joël Riguelle. Elle m'a dit, de sa voix mâtinée d'espagnol : "Oohh, vous faites un spectacle houmorrristique ? Vous avez oun enregistrement ?" Quelques instants plus tard, je suis présenté au roi. Il me dit : "Vous comprenez, je ne peux pas rire publiquement de mes ministres. Mais vous avez un enregistrement ?" " Un couple bien accordé... l Isabelle Philippon