Aussitôt installée, Marie-Dominique Simonet en a déjà pris plein la figure. Ce mardi 22 septembre, la ministre apparaît un peu knock-out. Elle est aussi un rien remontée, ce qui l'a pousse parfois à " se lâcher " : " Je n'ai jamais accusé les enseignants de fainéants. Tout le monde sait très bien, et moi aussi, qu'ils travaillent en plus des heures de classe ! Apparemment, je ne l'ai pas assez dit. " Heureusement, lors de ses " sorties de classe ", elle rencontre " des profs passionnés, qui font des miracles : c'est très motivant. On ne le dit jamais assez mais l'école est d'abord au service des élèves ". Le lendemain, 23 septembre, elle aurait dû rencontrer pour la deuxième fois les syndicats enseignants, pour leur exposer de nouvelles pistes d'économie. Le tête-à-tête est finalement reporté au 5 octobre.
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Aussitôt installée, Marie-Dominique Simonet en a déjà pris plein la figure. Ce mardi 22 septembre, la ministre apparaît un peu knock-out. Elle est aussi un rien remontée, ce qui l'a pousse parfois à " se lâcher " : " Je n'ai jamais accusé les enseignants de fainéants. Tout le monde sait très bien, et moi aussi, qu'ils travaillent en plus des heures de classe ! Apparemment, je ne l'ai pas assez dit. " Heureusement, lors de ses " sorties de classe ", elle rencontre " des profs passionnés, qui font des miracles : c'est très motivant. On ne le dit jamais assez mais l'école est d'abord au service des élèves ". Le lendemain, 23 septembre, elle aurait dû rencontrer pour la deuxième fois les syndicats enseignants, pour leur exposer de nouvelles pistes d'économie. Le tête-à-tête est finalement reporté au 5 octobre. On s'en souvient encore. La campagne électorale avait placé l'éducation en tête de liste des débats. Et l'olivier l'avait inscrite priorité n°1 du futur gouvernement. Dès son arrivée à l'Enseignement, le 16 juillet dernier, Marie-Dominique Simonet (CDH) s'était donc posée en pacificatrice. Les enseignants, de leur côté, attendaient des gestes forts pour revaloriser leur métier. Il y a quinze jours, le 9 septembre précisément, la ministre avait déjà consulté les syndicats. Ce jour-là, dans l'esprit de Marie-Dominique Simonet, qui aime affirmer que la méthode compte autant que le fond, il s'agissait de leur dévoiler " la feuille de route que lui avait confiée le gouvernement " et de " solliciter leurs éclairages sur les pistes d'économie ". Verdict du président de la CGSP-Enseignement après la rencontre : si Simonet " découvre le domaine ", elle n'est pas " sans préjugés ". Et riposte immédiate : arrêt de travail et menace de grève, après des années de calme relatif. En s'attaquant au temps de travail des profs et à " l'exode " à 55 ans, Marie-Dominique Simonet savait pertinemment qu'elle irriterait les responsables syndicaux. Oui, concède-t-elle, " le risque était calculé ". Mais la charge l'a étonnée. Certains soufflent que la ministre avait tout intérêt à rendre sa mission publique, pour obliger ses " complices " de l'olivier à monter sur le ring ? Quoi de plus efficace, pour cela, que de piquer la sensibilité des syndicats enseignants, réputés coriaces ? Désormais, la voici mandatée clairement par son gouvernement : elle n'est plus seule au front pour plancher sur de nouvelles pistes d'économie avec ses collègues de la majorité. Sans changer, dit-elle, pour autant de méthode avec les syndicats. " Nous, on veut discuter, on veut être transparent. "" L'effort budgétaire exigé par le gouvernement de la Communauté française n'est pas négociable ", dit-elle d'emblée aux enseignants. Il est bien identifié : 334 millions d'euros pour aboutir à l'équilibre en 2015. Les moyens d'y parvenir le sont moins : ce sont des " pistes de réflexion, par principe, elles peuvent être discutées ". " Le secteur n'échappera pas aux mesures d'économie, mais le tribut que l'école devra payer est inférieur au poids qu'elle représente dans le budget global de la Communauté française ", déclare encore Marie-Dominique Simonet. Au total, en 2015, la contribution de l'enseignement obligatoire à l'effort de guerre atteindra 156 millions d'euros en 2015, soit moins de 50 % des économies à réaliser en Communauté française. Petit tour d'horizon des mesures et pistes susceptibles d'être retenues ou balayées. - L'idée : Marie-Dominique Simonet souhaitait augmenter le volume horaire des profs du secondaire qui ne prestent pas 22 périodes par semaine (la fameuse plage horaire). Actuellement, certains assurent 20 heures (en fait, 50 minutes) face aux élèves, d'autres 22 heures, même si l'on considère qu'ils travaillent effectivement plus (corrections, préparations..., ce qui les conduit à près de 38 heures hebdomadaires, en moyenne). D'où une économie de 16 millions d'euros en 2010, et 48 millions par an à partir de 2011. " Nous savons qu'il n'est pas possible que tous les enseignants prestent 22 heures ", précise le cabinet. Pourquoi c'est explosif : l'idée est perçue par les enseignants comme " un coup de poignard dans le dos ". " Quand on dit qu'ils peuvent faire deux heures en plus, ça signifie qu'ils en font trop peu, et cela est injurieux ", déclare Paul, prof de français. " Les profs sont contre, même si beaucoup font des heures sup non payées ", observe Pascal Chardome, président de la CGSP-Enseignement. Les syndicats voient dans cette mesure une série d'effets pervers et une économie de postes, surtout. Car plus d'heures veut dire moins de profs et, donc, moins de salaires. Les 22 heures semaine imposées aux profs du secondaire supérieur entraîneraient, selon les syndicats, la suppression de 3 600 emplois. " Un 1996 bis ! " dénonce Prosper Boulangé, secrétaire général de la CSC-Enseignement. L'inquiétude est grande de voir l'encadrement pédagogique pâtir des restrictions budgétaires. Mais, à l'avenir, des postes devraient bel et bien être supprimés. Combien ? " Ce sera beaucoup moins, vous verrez ", nous dit-on. " Le dispositif ne concerne pas les profs nommés, mais ceux qui ne le sont pas travailleront moins. " En clair, des temporaires, c'est-à-dire des jeunes profs. L'impact chiffré sur les économies est loin d'être précis. Sur le terrain, la situation est jugée " peu claire " par le cabinet même de la ministre. Selon les responsables syndicaux, en Communauté française, la majorité des profs presterait déjà le maximum de la plage horaire, alors que, dans le réseau libre et subventionné, un accord la réduit au minimum. La ministre devrait abandonner cette piste. Mais il faudra " gratter " ailleurs. L'idée : ne plus laisser les profs partir à 55 ans et les garder au bercail jusqu'à 57 ou 58 ans au moins. Les augmentations barémiques (accordées par Christian Dupont) à 57 ans et à 58 ans sont maintenues. " Elles peuvent générer jusqu'à 150 euros net par mois ", souligne la ministre. Le DPPR (départ précédent la pension de retraite) coûte très cher à la Communauté française : 120 millions d'euros par an (dont le coût des jeunes remplaçants). Actuellement, le système est garanti jusqu'en 2011. L'abolir donnerait une économie de 8 millions d'euros en 2012, de 61 millions en 2015. La réforme était déjà dans les tiroirs du cabinet, mais ne devait pas apparaître avant 2011. Qu'importe ! Pour faire preuve " d'ouverture " face aux syndicats, la ministre avait avancé la mesure. Malgré leur réaction négative, elle devrait rester inflexible. " On peut imaginer le coaching de jeunes par des anciens. Il y a moyen de trouver des formules intelligentes. Mais, si ça gêne, on peut aussi ne plus en parler jusqu'en 2011 ! " lâche Marie-Dominique Simonet. De fait, on verrait alors les profs assimilés au régime de pension légale à partir de 2012... Le DPPR contribue largement à la pénurie de profs, en particulier des plus chevronnés : en 2008, 10 % des profs (soit 8 763) étaient en disponibilité. " La formule reste aussi une exception francophone : chez les Flamands et les germanophones ainsi que partout en Europe, les profs partent au plus tôt à 58 ans ", souligne Robert Deschamps, professeur aux Facultés universitaires de Namur. Leur boulot serait-il moins pénible ? Pourquoi c'est explosif : depuis 1996, la très grande majorité des enseignants part à 55 ans dans des conditions assez favorables (70 % de leur traitement en net jusqu'à la pension). Cette " sortie honorable " était censée compenser la pénibilité du métier à une époque où on a sabré dans les effectifs enseignants. Mais toucher à ce serpent de mer, c'était le blocage assuré. " A 55 ans, les enseignants sont usés : leur job s'est complexifié, et les élèves ont changé. Supprimer le DPPR ne résout rien. Au contraire, c'est une aberration, car on va garder des profs démotivés, ce qui nuira fatalement à la qualité pédagogique. Sans compter les suppressions de postes, en l'occurrence les jeunes remplaçants ", réagit Prosper Boulangé. L'idée : réduire les frais de fonctionnement à leur niveau de la Saint-Boniface, l'accord politique qui a, en 2001, permis d'injecter de l'argent frais dans l'école (75 % des moyens utilisables). Une piste qui se répand. Sous la dernière législature, les moyens de fonctionnement ont connu en effet une nette progression. Il y aurait donc là du capital à économiser. La " cagnotte " de la Saint-Boniface sert en partie à rénover les bâtiments scolaires - une compétence de Jean-Marc Nollet (Ecolo) -, et à payer le chauffage, les bancs, le matériel didactique..., en gros, les charges courantes des écoles - une compétence de Marie-Dominique Simonet. Depuis 2001, cette vanne du refinancement a irrigué des dépenses allant bien au-delà des moyens obtenus. " Rien qu'en 2008, la Communauté, qui pouvait compter sur un refinancement de 600 millions d'euros pour l'enseignement, aurait augmenté ses dépenses de 1,2 milliard d'euros, soit le double de son refinancement ", précise Robert Deschamps. Reste que l'enseignement obligatoire pèse pour 58 % dans le budget global communautaire, et le traitement des profs avale 85 % de ce budget. Pourquoi ce n'est pas explosif : c'est une idée défendue par les organisations syndicales. Elle permettrait de restreindre leur tribut aux économies budgétaires : de fait, on toucherait moins aux enseignants. Mais plus aux écoles et aux élèves, qui porteront un pull pour économiser la facture de chauffage... L'idée : fusionner les réseaux officiels, et quitte à fusionner, réunissons tous les réseaux. Pourquoi c'est explosif : l'idée de ne fusionner que les réseaux officiels ne passe pas bien auprès de la CGSP. " L'officiel serait le seul à essuyer les plâtres, notamment en termes d'emplois. D'autant que cela augmenterait encore la concurrence entre réseaux, en faveur du libre. C'est non ", lâche Pascal Chardome. Pourquoi ce n'est pas un bon plan : fusionnons alors tous les réseaux. " Ce n'est pas une piste d'économie, car le nombre d'élèves ne diminuerait pas. Le coût pour la Communauté serait identique ", tranche la ministre. Par ailleurs, en fusionnant les réseaux, les subventions devraient être revues à la hausse : l'officiel est financé à 100 %, le libre à 75 %. Il faudrait également racheter les bâtiments du libre : impayable pour la Communauté française ! L'idée : les économies permettront de maintenir les investissements dans de nouvelles politiques. Notamment dans l'encadrement différencié, à hauteur de 40 millions d'euros : en 2009, 15 millions y sont affectés ; par la suite il faudra trouver 25 millions. D'où justement les économies. " Ces 40 millions vont générer de l'emploi ", insiste Simonet. Pourquoi c'est explosif : les syndicats y voient un chantage et un paradoxe. Comment lutter contre l'échec tout en réduisant l'encadrement ? Pourquoi ce n'est pas explosif : Parce que l'encadrement différencié ne doit pas non plus être écarté. Et parce que ces mêmes pistes d'économie, selon Simonet, permettront de poursuivre la revalorisation des enseignants : entre 2004 et 2010, l'enseignement fondamental a été largement réinvesti (avec des emplois supplémentaires), leurs salaires ont grimpé de 6 % ; après 55 ans, les profs sont payés plus... " C'est évidemment justifié, mais cela implique des économies par ailleurs ", conclut la ministre. Les profs ne méritent pas ce qu'il leur apparaît comme une " véritable agression ", mais ils savent bien qu'il n'existe pas de nombreuses pistes d'économies. Alors, exempter l'enseignement de l'effort budgétaire ? La réponse politique est déjà non.SORAYA GHALI" Partout en Europe, les profs partent à la retraite à 58 ans, au plus tôt "