Si l'on sait depuis Jacques Lacan que l'inconscient est structuré comme un langage, les toiles d'Orsten Groom - Simon Leibovitz-Grzeszczak (Guyane, 1982) de son vrai nom - nous apprennent que la peinture peut, elle, être structurée comme un inconscient.
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Si l'on sait depuis Jacques Lacan que l'inconscient est structuré comme un langage, les toiles d'Orsten Groom - Simon Leibovitz-Grzeszczak (Guyane, 1982) de son vrai nom - nous apprennent que la peinture peut, elle, être structurée comme un inconscient. Quand on entre dans la galerie Templon, le choc est intense. Alors que l'on avait encore en tête L'OEil du cyclone de Philippe Cognée, harmonieuse série de tableaux à l'encaustique, le bel espace blanc se découvre comme maculé. C'est Pompéi. Une lave punk furieuse, magma volcanique et éjaculatoire de superpositions, s'est déversée sur les murs. Tel est le travail ayant le vide en horreur d'Orsten Groom. On le comprend mieux quand on s'approche, l'oeuvre est farcie de références qui s'entremêlent comme dans un rêve, un cauchemar penseront certains. Les différentes toiles renvoient à Sigmund Freud, elles sont hantées par la mort du père de la psychanalyse, celui-là même qui a fait les hommes étrangers à eux-mêmes. Groom pointe le châtiment divin qui s'ensuit: médecin ayant soigné par la parole, Freud est mort d'un cancer de la mâchoire. L'anecdote est le départ d'un corps-à-corps bariolé avec la peinture - sur une vidéo, on voit l'intéressé se frotter littéralement à une toile pour la mettre en couleur - qui mobilise les questions d'appartenance, entre autres le judaïsme qui surgit au détour d'inscriptions en hébreu. "Art pariétal posthistorique", dit Groom pour évoquer une pratique faite de la même étoffe plastique que les songes. Une petite histoire en chasse une autre: alors étudiant aux Beaux-Arts de Paris, l'intéressé est victime d'une rupture d'anévrisme. Lors de sa convalescence, il faut lui rappeler sa vocation pour la peinture. Pas étonnant qu'Orsten Groom pratique celle-ci comme un hors-venu, comme un barbare qui ne lui doit rien. Amusant: ses compositions, l'artiste les réalise au départ du transfert, mot psychanalytique par excellence, d'une image composée par ordinateur sur laquelle il multiplie les strates. Lesquelles cachent une tridimensionnalité révélée par des lunettes ad hoc. Groom ne respecte rien. La peinture n'en demandait pas moins.