Environ 7 enfants sur 1000 développent, sous l'effet conjoint de facteurs génétiques et environnementaux (qui restent à préciser), une peur anormale de parler dans certaines situations. Cela peut se produire lors d'un événement social à la maison ou en-dehors, ou encore lorsqu'ils sont au centre de l'attention et doivent fournir certaines prestations. L'angoisse qu'ils ressentent de façon consciente ou inconsciente va alors littéralement leur clouer le bec. " Ils seront tout bonnement incapables de parler jusqu'au moment où ils se retrouveront dans une situation où leur peur n'a plus lieu d'être et où ils pourront à nouveau s'exprimer comme avant. C'est pour cette raison que l'on parle de mutisme sélectif ", explique la pédopsychiatre Winny Ang.
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Environ 7 enfants sur 1000 développent, sous l'effet conjoint de facteurs génétiques et environnementaux (qui restent à préciser), une peur anormale de parler dans certaines situations. Cela peut se produire lors d'un événement social à la maison ou en-dehors, ou encore lorsqu'ils sont au centre de l'attention et doivent fournir certaines prestations. L'angoisse qu'ils ressentent de façon consciente ou inconsciente va alors littéralement leur clouer le bec. " Ils seront tout bonnement incapables de parler jusqu'au moment où ils se retrouveront dans une situation où leur peur n'a plus lieu d'être et où ils pourront à nouveau s'exprimer comme avant. C'est pour cette raison que l'on parle de mutisme sélectif ", explique la pédopsychiatre Winny Ang. Il arrive que les enfants qui souffrent de mutisme sélectif soient de vrais moulins à paroles à la maison mais n'ouvrent jamais la bouche à l'école, sauf avec leurs meilleurs copains. Le problème va donc beaucoup plus loin qu'une timidité extrême ou une peur " normale " de l'échec à laquelle tous les petits sont confrontés de temps en temps. " Le DSM-5, le manuel de classification des troubles mentaux, range le mutisme sélectif parmi les troubles anxieux, souligne le Dr Ang. Les filles y sont un peu plus sensibles que les garçons, mais on le rencontre aussi davantage chez les enfants polyglottes ou qui parlent une langue différente à l'école et à la maison. " C'est souvent un(e) instituteur/trice de maternelle ou de primaire qui remarque en premier que l'enfant se tait dans certaines circonstances... et ce n'est pas étonnant, commente la spécialiste. " À l'école, non seulement l'enfant est sans cesse exposé à de nouvelles situations sociales, mais on exige aussi de lui énormément de communication verbale. " Si le problème persiste plus d'un mois (six mois pour les enfants multilingues), il peut être utile de prendre l'avis d'un spécialiste. " Un pédopsychiatre dressera alors le tableau des différentes facettes du développement en collaboration avec une équipe multidisciplinaire. Il est en effet important de comprendre quels sont les facteurs qui entrent en jeu, car le mutisme sélectif peut masquer un autre problème tel qu'un trouble du spectre de l'autisme... et chaque diagnostic appelle une approche spécifique. " Argumenter avec un enfant victime d'un mutisme sélectif dans l'espoir de le faire parler n'est pas une stratégie efficace, que du contraire. Sachant qu'il est malheureusement rare que le problème disparaisse de lui-même, un vrai traitement sera donc généralement nécessaire. Il reposera sur une thérapie cognitivo-comportementale par un psychologue, psychiatre ou logopède spécialisé qui accepte de se déplacer à l'endroit où le mutisme se manifeste. " L'enfant sera alors entraîné à oser parler dans des situations de plus en plus difficiles et variées, explique le Dr Ang. On expliquera aussi à l'entourage que le mutisme n'est pas un signe de mauvaise volonté ou de rejet : l'enfant qui a peur de parler n'ose tout simplement pas le faire. Il est donc important que les parents ou enseignants reconnaissent l'angoisse du petit patient et lui accordent leur confiance. S'il se sent apprécié tel qu'il est, il acceptera plus facilement de faire ses propres expériences, de prendre conscience de ses capacités ; il prendra confiance en lui et repoussera progressivement ses limites, y compris lorsqu'il s'agit de s'exprimer. Il est donc important de continuer à lui proposer des occasions d'élargir la gamme de ce qu'il ose faire. " Bien souvent, il faudra des mois voire des années pour que l'enfant surmonte sa peur de parler, et il y restera toujours un peu vulnérable. L'entourage devra donc s'armer d'une bonne dose de patience. " L'école peut contribuer à faire la différence en réfléchissant en- dehors des sentiers battus. Si l'enfant n'arrive pas à parler en classe, les tests de lecture pourraient par exemple être faits à la maison par les parents. Les exposés oraux pourraient être enregistrés puis présentés devant l'enseignant ou la classe, avec ou sans l'enfant, suivant ce qu'il se sent capable d'assumer. Pour avancer petit à petit, le plus important est en effet qu'il se sente à l'aise. " Gardez aussi à l'esprit que l'enfant ne se limite pas à son problème : " Même s'il n'est pas toujours capable de parler, il a malgré tout des choses à dire ", conclut le Dr Ang. Un principe parfaitement illustré par l'exemple de la jeune Suédoise Greta Thunberg, aujourd'hui âgée de 16 ans, qui a reç u à l'âge de 11 ans les diagnostics de trouble du spectre de l'autisme et de mutisme sélectif... et qui interpelle aujourd'hui les gouvernants un peu partout dans le monde sur le changement climatique !