Le ronron. A peine interrompu ici ou là par quelques piques, l'une ou l'autre polémique, des petites phrases assassines distillées au détour d'une interview, d'un meeting. Mais rien de bien croustillant, la routine. La campagne pour les régionales, que l'on annonçait sanglante, s'enlisait. Certes, le MR pouvait craindre les effets collatéraux de la crise, mais le dossier Fortis emballé et Rudy Aernoudt définitivement enterré, l'horizon se dégageait et laissait espérer des perspectives plus souriantes. Bien sûr, il semblait peu probable que le parti de Didier Reynders retrouve sa première place historique en Wallonie, un " accident " lors des dernières élections, mais le PS peinait tout autant à grimper dans les sondages. La base rechignait,...

Le ronron. A peine interrompu ici ou là par quelques piques, l'une ou l'autre polémique, des petites phrases assassines distillées au détour d'une interview, d'un meeting. Mais rien de bien croustillant, la routine. La campagne pour les régionales, que l'on annonçait sanglante, s'enlisait. Certes, le MR pouvait craindre les effets collatéraux de la crise, mais le dossier Fortis emballé et Rudy Aernoudt définitivement enterré, l'horizon se dégageait et laissait espérer des perspectives plus souriantes. Bien sûr, il semblait peu probable que le parti de Didier Reynders retrouve sa première place historique en Wallonie, un " accident " lors des dernières élections, mais le PS peinait tout autant à grimper dans les sondages. La base rechignait, en effet, devant " les cadeaux " octroyés aux banques par le gouvernement fédéral, et la dégringolade du pouvoir d'achat frappait de plein fouet l'électorat du parti à la rose. C'est dans cette demi-torpeur qu'éclata l'affaire Donfut. L'affaire de trop. Un coup de tonnerre, une secousse sismique, une déflagration qui allait pulvériser la donne et tout particulièrement l'équilibre fragile esquissé par Elio Di Rupo. Car il en avait fait des efforts, le PS, pour faire le ménage avant le 7 juin, écarter les élus gênants de l'ancienne génération, les Lizin, Van Cau et consorts, ceux-là mêmes qui n'en faisaient qu'à leur tête. Avec les résistances que l'on sait. Le Boulevard de l'Empereur ? Pas question qu'il se mêle un peu trop de la vie des fédérations. Chacun maître chez soi. Une suprématie qui devait incontestablement ralentir le travail de longue haleine en faveur d'une meilleure gouvernance entrepris par un Di Rupo talonné par les Ecolos. Oui mais... et le " cas " Donfut, un proche du président ? A Didier, la fédération de Mons-Borinage ; à Elio, la carrière fédérale et le mayorat de Mons. Un deal gagnant qui permettait au premier de réussir une carrière solide mais toute de discrétion (parlementaire, ministre et surtout expert d'intercommunales de gaz et d'électricité, un business très lucratif), tandis que le second " cartonnait " à la Région wallonne et à Bruxelles. Bref, de petits arrangements entre amis, du win-win, comme disent les spécialistes. Il n'empêche, sur place depuis quelques semaines, on jasait. Sur ces extras dont Donfut n'avait pas voulu se défaire, malgré la demande pressante du président. Une résistance qui lui avait valu d'être rétrogradé de la première à la troisième place de la liste régionale PS. Et même si ses activités à la tête de sa société IDEE n'avaient rien d'illégal, le job faisait tache à un moment où le président, surtout au sein de sa propre fédération, se devait de laver plus blanc que blanc. Car le pouls de l'opinion publique n'est plus le même : désormais, c'est ceinture pour tous, une radicalisation liée à un dégoût réel devant les cumuls en tout genre. " Persévérant, aimant le consensus, défenseur du secteur public et des valeurs socialistes, il fait primer l'intérêt général sur toutes les formes d'égoïsmes "... il y a quelques jours encore, le site du PS ne tarissait pas d'éloges sur Didier Donfut. Aujourd'hui, sous les spots, en pleine lumière, l'homme " qui poursuit son action au service d'une dimension sociale forte dans la société " a bel et bien marqué contre son camp, plombé son parti. En balançant sur une ligne de crête, il a perdu pied, entraînant avec lui son " ami de 20 ans ". Oui, Di Rupo, que l'on prétend de plus en plus enfermé dans sa tour d'ivoire et éloigné des réalités, a manqué de fermeté. Il a cautionné la " magouille dans la transparence " érigée par certains de ses proches pour contourner les nouveaux comportements attendus des élus. Au risque de se perdre lui-même ? Christine laurent