Si la révélation de ce type de fraude devait tomber dans le domaine public, elle aurait un effet dommageable pour la Loterie nationale. (...) Elle risquerait d'ébranler sa crédibilité. " Le comité de direction de l'entreprise ne croyait pas si bien dire, dans cette note confidentielle datée de 2007. Depuis lors, l'information est tombée dans le domaine public...
...

Si la révélation de ce type de fraude devait tomber dans le domaine public, elle aurait un effet dommageable pour la Loterie nationale. (...) Elle risquerait d'ébranler sa crédibilité. " Le comité de direction de l'entreprise ne croyait pas si bien dire, dans cette note confidentielle datée de 2007. Depuis lors, l'information est tombée dans le domaine public... Les joueurs et les autres viennent en effet d'apprendre que la Loterie nationale avait, par le passé, modifié le profil de certains de ses grands gagnants avant de le rendre public, de manière à servir au mieux sa stratégie marketing : mieux valait faire état de gagnants issus de familles ordinaires, joueurs réguliers et d'âge moyen, que d'évoquer la baraka d'une veuve octogénaire, déjà bien dans ses papiers et domiciliée en Brabant wallon. L'entreprise publique a ensuite reconnu l'existence de fraudes orchestrées par certains libraires, qui conservaient pour eux les gains de leurs clients après avoir assuré à ceux-ci qu'ils avaient été malchanceux. Attaquée sur deux fronts, la Loterie s'est mollement défendue : les modifications de profils seraient intervenues à la demande des gagnants eux-mêmes, soucieux de préserver leur anonymat, et n'auraient été connues que d'un seul directeur qui a, depuis lors, quitté la maison. A l'avenir, a assuré l'administrateur délégué de l'entreprise, Ivan Pittevils, plus aucune information ne sera divulguée sur la localisation ou le profil sociologique des gagnants. Et les fraudes ? " On ne recense que de très rares cas, affirme-t-on à la Loterie nationale. Quand nous sommes saisis d'une plainte de la part d'un client, nous procédons aux vérifications nécessaires. Si la fraude est avérée, nous cessons immédiatement toute collaboration avec le libraire concerné. " Un cas est survenu à Verviers en 1997, quelques autres en 2003, un dernier à Gembloux, pour un gain de 2,50 euros, en 2007. Cette année-là, la direction de la Loterie décide d'investir massivement dans le matériel informatique et dans le renforcement du contrôle des opérations, de manière à rendre toute fraude plus difficile, sinon à les empêcher totalement. Elle choisit de ne pas évoquer le dérapage gembloutois devant le conseil d'administration et ne porte pas plainte en justice. Outré, notamment par l'affaire des faux profils de gagnants, le ministre de tutelle, le libéral Didier Reynders, réclame des comptes au conseil d'administration de l'entreprise. " Il est évident qu'une stratégie de communication efficace et transparente est indispensable pour l'image de la Loterie face à ces événements qui (...) entament la confiance des clients et des citoyens ", dit-il. L'administrateur délégué Ivan Pittevils est convoqué le 22 juin prochain pour s'expliquer devant le Parlement. Les membres du personnel de la Loterie ont, eux, rédigé une lettre ouverte pour dénoncer " la campagne de dénigrement systématique " dont leur entreprise fait, selon eux, l'objet, depuis janvier 2009. La question du contrôle de la Loterie, qui, bien que liée à l'Etat par un contrat de gestion, échappe à la surveillance de la Commission des jeux de hasard ( voir page 52), est plus que jamais sur le tapis. A l'heure actuelle, aucun organe de contrôle indépendant n'est habilité à vérifier son fonctionnement. L'affaire intervient dans un contexte délicat pour la Loterie. Sans doute victime de la baisse du pouvoir d'achat des consommateurs, elle a vu ses bénéfices chuter de moitié entre 2007 et 2008 . En outre, les quelque 6 000 libraires du pays - dont 1 800 en Wallonie et à Bruxelles -, qui assurent environ 80 % du chiffre d'affaires de l'entreprise, ne sont pas contents. La Loterie s'apprête en effet à lancer ses jeux sur Internet (lire page 53) et négocie actuellement avec la grande distribution pour permettre la vente de ses produits dans ses magasins. Du coup, les libraires craignent de voir fondre leur chiffre d'affaires, composé, à hauteur de 30 % en moyenne, des marges de 6 % qu'ils perçoivent sur la vente de produits de la Loterie. En 2007, 90 millions d'euros ont été attribués aux vendeurs, à titre de commissions. La Loterie, toujours détentrice d'un monopole pour lequel elle verse, chaque année, une rente de 87 millions d'euros à l'Etat, est en outre menacée par des rivaux issus du secteur privé, alléchés par la perspective des jeux de hasard sur Internet, et qui estiment que le marché doit s'ouvrir à la concurrence. La Loterie freine des quatre fers, rappelant que son monopole permet aux pouvoirs publics d'encadrer le phénomène du jeu, de lui assurer une certaine éthique, et de faire profiter la collectivité de la manne financière récoltée (cf. infographie page 54). L'an dernier, la Loterie nationale a distribué 732 millions d'euros aux joueurs gagnants et 225,3 millions de subsides à des projets sociaux, culturels ou sportifs, soit environ 20 % de son chiffre d'affaires. Sur ce montant total, 154 sont répartis comme la loi le prévoit : 69,7 millions vont à la Coopération au développement, 4,3 millions à la Caisse nationale des calamités et 17,3 millions au Fonds belge de survie. Les trois Communautés héritent de 61,8 millions d'euros, dont 24,5 millions pour la seule Communauté française. C'est à elles qu'il revient de choisir les projets qui seront soutenus grâce à cet argent. La Croix-Rouge de Belgique, le Centre anti-poisons, la Fondation Roi Baudouin, le théâtre royal de la Monnaie, le COIB, Europalia, mais aussi les projets de lutte contre la pauvreté, les assistants de sécurité ainsi que divers projets de prestige national, entre autres, profitent de l'enveloppe fédérale, riche de 163,4 millions d'euros. Comment ces subsides sont-ils distribués ? A vrai dire, il n'existe pas de règles formelles pour leur attribution. Les dossiers sont examinés au cas par cas. Entre le 1er janvier 2008 et le 31 août 2008, 396 demandes de soutien financier avaient été introduites auprès de la Loterie et 107 avis favorables avaient été rendus. Laurence van Ruymbeke