Peur, colère, tristesse... Au lendemain du diagnostic, bien des patients sont assaillis par une multitude d'émotions, explique la psychologue Nathalie Cardinaels: "S'ensuit souvent la combativité ou le mode pilote automatique. Le vrai choc ne survient généralement qu'après la fin des traitements, en quittant le cocon protecteur de l'hôpital. Les personnes prennent alors toute la mesure du diagnostic. C'est n'est qu'à ce moment que le rétablissement psychologique peut vraiment commencer."
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Peur, colère, tristesse... Au lendemain du diagnostic, bien des patients sont assaillis par une multitude d'émotions, explique la psychologue Nathalie Cardinaels: "S'ensuit souvent la combativité ou le mode pilote automatique. Le vrai choc ne survient généralement qu'après la fin des traitements, en quittant le cocon protecteur de l'hôpital. Les personnes prennent alors toute la mesure du diagnostic. C'est n'est qu'à ce moment que le rétablissement psychologique peut vraiment commencer." Longtemps coach de pleine conscience pour des personnes atteintes d'un cancer, Nathalie Cardinaels a travaillé durant dix ans comme psychologue spécialisée en oncologie, dans une clinique du sein. "Elles emploient toutes, aujourd'hui, au moins un oncopsychologue, et ce n'est vraiment pas un luxe. Durant le traitement, les personnes atteintes d'un cancer du sein s'imaginent souvent qu'il suffit de serrer les dents avant de pouvoir reprendre le cours de leur vie. Malheureusement, les choses sont rarement si simples. Ce n'est pas pour rien qu'on entend souvent qu'il y a une vie avant et une vie après le diagnostic." Pour les femmes atteintes d'un cancer métastasé, cette "vie d'après" les confronte à leur propre finitude. "Chacune y réagit à sa manière, commente la psychologue. Certaines ont besoin d'en parler, d'autres préfèrent focaliser sur d'autres choses et nombre d'entre elles ne savent tout simplement pas comment réagir. Un mauvais pronostic est toujours difficile à digérer." "Même une tumeur facilement curable peut s'avérer extrêmement éprouvante. Il faut parfois dire adieu à sa féminité ou à une bonne santé qui relevait jusque-là de l'évidence. On a l'impression d'avoir vieilli de dix ans, on se fatigue plus vite, on doit vivre avec les douleurs ou la prise de poids engendrées par les médicaments... Prendre conscience que rien n'est plus comme avant est dur à encaisser." Bien des femmes se sentent prisonnières d'un corps différent ou ressenti comme tel. Un sentiment d'aliénation physique largement méconnu dans notre société. "Peu après leur traitement, il n'est pas rare qu'on les complimente sur leur bonne mine avant de leur demander quand elles comptent reprendre le travail. De quoi les encourager à dépasser leurs limites... et foncer droit dans le mur. Cela peut être extrêmement difficile à vivre. (Re)découvrir un corps différent, accepter ses nouvelles limites physiques, c'est un véritable processus de deuil. Il faut parfois des années pour trouver un équilibre entre ses envies et ses capacités." "Mon conseil aux patientes est de ne pas être trop dures avec elles-mêmes, ce qui suppose d'accepter les émotions difficiles et de prendre le temps de les digérer. Se laisser porter par son ressenti est plus efficace que vouloir à tout prix contrôler ou modifier ses émotions. Être toujours forte, positive, ce n'est pas une obligation, et il n'est pas non plus nécessaire de tout accepter. Donnez-vous le temps d'assimiler les changements dans votre vie et votre corps. Les exercices de pleine conscience peuvent vous aider à accepter les émotions pénibles, mais aussi à renouer le contact avec votre corps. L'image que vous en avez peut être très différente de celle que vous découvrirez en lui prêtant consciemment attention et en vous concentrant sur vos sensations." On encourage souvent les patientes à rester positives ; pourtant, d'après la science, le moral n'a aucun impact sur le pronostic. "Certaines sont choquées par ce message ou n'ont pas envie de l'entendre, commente Nathalie Cardinaels. Bien sûr, l'optimisme aide à avancer s'il est naturel et authentique. De même la conviction que vous vous battez de toutes vos forces contre la maladie peut vous donner un certain sentiment de contrôle dans un contexte où vous subissez les décisions des médecins. En revanche, se voiler la face ou se forcer coûte que coûte à positiver est contreproductif. En cas de rechute, allez-vous en conclure que vous ne vous êtes pas assez battue? Il ne faut pas culpabiliser inutilement: les pensées négatives et les émotions intenses font partie du décours de la maladie." Osez le plus possible être honnête avec vous-même et les autres, résume la psychologue: "Si, comme c'est souvent le cas, votre entourage a tendance à se rabattre sur des platitudes comme 'tu vas t'en sortir' ou 'cela pourrait être pire', focalisez-vous sur ceux et celles qui prennent au sérieux vos émotions et votre vécu. Vous pouvez contredire les personnes qui vous prodiguent des conseils maladroits, mais ne vous sentez pas obligée de justifier sans cesse vos émotions. Si les autres ne comprennent pas, mieux vaut les éviter ou limiter la conversation à des sujets anodins."