C e sont des documents rares, des agendas qui aident à pénétrer dans les coulisses des " années Sarko ". Sans l'affaire Bettencourt et la curiosité des juges vis-à-vis de l'ancien président, ils seraient sans doute tombés dans les limbes d'une histoire oubliée. Mais les enquêteurs les ont saisis au détour de perquisitions effectuées, le 3 juillet 2012, au domicile et dans les bureaux de l'ancien chef de l'Etat, et les ont ajoutés au lot déjà remis à la justice par son avocat, Me Thierry Herzog. A défaut d'être exhaustif, l'ensemble représente plusieurs mois du quinquennat, des périodes situées entre 2007 et le début de 2011. Les magistrats cherchent parmi ces rendez-vous la preuve éventuelle d'un lien dissimulé avec la richissime famille Bettencourt. Celle-ci aurait-elle participé à un financement illégal de la campagne 2007 du candidat Sarkozy ? De son côté, aurait-il tenté (rien ne le prouve à ce jour) d'entraver les investigations pour " abus de faiblesse " commis à l'encontre de Liliane Bettencourt ? Une certitude : du temps où il était président, il a dû bien connaître l'évolution de l'enquête ouverte à Nanterre. Même si les dates ne se recoupent pas toujours avec celles du calendrier de l'affaire, les agendas portent mention de sept rendez-vous avec le procureur Philippe Courroye, entre le 3 janvier 2008 et le 20 juillet 2009. Le 7 février 2008, les deux hommes partagent même un dîner.
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C e sont des documents rares, des agendas qui aident à pénétrer dans les coulisses des " années Sarko ". Sans l'affaire Bettencourt et la curiosité des juges vis-à-vis de l'ancien président, ils seraient sans doute tombés dans les limbes d'une histoire oubliée. Mais les enquêteurs les ont saisis au détour de perquisitions effectuées, le 3 juillet 2012, au domicile et dans les bureaux de l'ancien chef de l'Etat, et les ont ajoutés au lot déjà remis à la justice par son avocat, Me Thierry Herzog. A défaut d'être exhaustif, l'ensemble représente plusieurs mois du quinquennat, des périodes situées entre 2007 et le début de 2011. Les magistrats cherchent parmi ces rendez-vous la preuve éventuelle d'un lien dissimulé avec la richissime famille Bettencourt. Celle-ci aurait-elle participé à un financement illégal de la campagne 2007 du candidat Sarkozy ? De son côté, aurait-il tenté (rien ne le prouve à ce jour) d'entraver les investigations pour " abus de faiblesse " commis à l'encontre de Liliane Bettencourt ? Une certitude : du temps où il était président, il a dû bien connaître l'évolution de l'enquête ouverte à Nanterre. Même si les dates ne se recoupent pas toujours avec celles du calendrier de l'affaire, les agendas portent mention de sept rendez-vous avec le procureur Philippe Courroye, entre le 3 janvier 2008 et le 20 juillet 2009. Le 7 février 2008, les deux hommes partagent même un dîner. Le Monde a révélé l'existence de ces rencontres, pour le moins intrigantes, avec le magistrat. Mais, en poussant la lecture des documents au-delà du dossier Bettencourt, on y déniche bien d'autres informations. Rendez-vous privés notés à la main dans un carnet Hermès, déjeuners de travail, cérémonies officielles, tapées à la machine sur un agenda, rien n'échappe à la secrétaire particulière du président, Sylvie Burgel. Ces dizaines de pages donnent une idée du quotidien de l'Elysée. Surgissent ainsi les personnalités les plus variées, des artistes aux patrons, des politiques aux syndicalistes, en passant par des sportifs et une poignée de visiteurs plus inattendus. Un " name-dropping " révélateur de l'ère Sarko. Dis-moi qui tu reçois, je te dirai qui tu es... Le 27 septembre 2007, quatre mois après son installation, celui-ci accueille l'un des mythes du cinéma national : Brigitte Bardot. Cette visite n'a rien de secret : la star reconvertie en championne de la cause animale a voté pour lui, convaincue qu'il prendrait des mesures contre l'abattage halal, comme il lui en a fait la promesse par lettre, le 22 décembre 2006. Le dialogue finalement tourne court. BB n'obtient pas gain de cause. Furieuse, elle ralliera Marine Le Pen en 2012. Les relations du président avec le chanteur David Hallyday semblent meilleures, puisque celui-ci a droit à trois rendez-vous au palais : le 2 mai 2008, le 12 octobre 2009 (juste avant un déjeuner avec le duo Rocard-Juppé) et le 19 décembre 2010. Comme son père, Johnny, David est un sympathisant de l'UMP et a soutenu le candidat Sarkozy. A partir de 2008 et de l'éclatement de la crise, entrepreneurs et hommes d'affaires se succèdent dans son bureau. Au moins deux catégories ont les honneurs de l'Elysée : les familiers, régulièrement consultés, côtoient d'autres patrons, dont la venue demeure plus épisodique. Martin Bouygues, ami personnel de Nicolas Sarkozy, fait partie des habitués, tout comme Vincent Bolloré, connu pour avoir invité le président fraîchement élu sur son yacht en mai 2007, ou Arnaud Lagardère, dirigeant du groupe du même nom. Plus étonnant : un chiraquien historique, François Pinault, est reçu à de multiples reprises (8 février 2008, 29 mai 2008, 2 juillet 2009, 28 juin 2010). Le propriétaire du groupe PPR et de l'hebdomadaire Le Point a l'habitude d'inviter son vieil ami Jacques Chirac dans sa demeure de Saint-Tropez. Mais il ne s'oppose pas pour autant à Nicolas Sarkozy, dont il aurait plaidé la cause auprès de ce même Chirac dès 1995. Bernard Arnault, fondateur du groupe LVMH et rival de François Pinault dans le secteur du luxe, a également ses entrées à l'Elysée. Son nom apparaît dans l'agenda à la date du 28 août 2008, ainsi qu'à celle du 11 octobre 2010 pour un petit déjeuner. Mais lui appartient à une autre sphère, celle des intimes : le président l'avait choisi comme témoin de son mariage avec Cécilia Ciganer-Albéniz, en 1996. Il arrive aussi que le président rencontre des personnages à la réputation sulfureuse, dont les noms apparaissent dans certaines " affaires ". Bernard Tapie, par exemple, reçu 12 fois entre le 19 juin 2007 et le 21 novembre 2010. On peut imaginer qu'il a été question, dans leurs conversations, du contentieux opposant l'ancien propriétaire d'Adidas au Crédit lyonnais... Quelques grands noms du capitalisme mondial sont également couchés sur les pages de ces agendas. Le multimilliardaire canadien Paul Desmarais, PDG de Power Corporation, connaît Sarkozy depuis 1995. Il en est même assez proche, pour avoir compté au nombre des invités de la fameuse soirée du Fouquet's, le jour de son élection. Leur rencontre du 13 novembre 2008 apparaît dans l'agenda officiel sous la seule mention " déjeuner privé ". Il faut se reporter au carnet Hermès, celui des rendez-vous notés à la main, pour découvrir que le mystérieux visiteur n'est autre que Desmarais. Dans la foulée de ce déjeuner, Nicolas Sarkozy reçoit, très officiellement cette fois, le président géorgien, puis le Premier ministre polonais. L'une des très bonnes relations d'affaires du Canadien Desmarais, le baron Albert Frère, la plus grosse fortune de Belgique, est, pour sa part, convié au moins deux fois à l'Elysée, le 29 octobre 2008 et le 29 janvier 2010. Même si les périodes étudiées sont limitées dans le temps, elles sont riches d'enseignements. Ainsi, en dehors du cas Tapie, le record du nombre de visites revient à un " enfant de la télé " : Stéphane Courbit. Son " score " ? Neuf rendez-vous entre 2007 et 2010. Les raisons de cette omniprésence ne sont évidemment pas précisées. Mais le parcours de l'intéressé n'a sans doute pas échappé au président : promoteur, avec son ami Arthur, de la télé-réalité sur les antennes françaises, Courbit a fait fortune grâce au petit écran avant de s'aventurer dans des secteurs (jeux en ligne, Internet, énergie) où il a n'a pas connu le même succès. L'homme d'affaires a sollicité, en mai 2011, un investissement de 143 millions d'euros auprès de Liliane Bettencourt, ce qui lui a valu une mise en examen en février 2013. Bien d'autres rendez-vous noircissent les pages des agendas... Quelques mois après son entrée en fonction, le chef de l'Etat s'offre, le 28 janvier 2008, un " verre intellectuels " (formulation retenue par le secrétariat), sans préciser ni le nombre ni l'identité de ses invités. Il est vrai que Nicolas Sarkozy dialogue indifféremment avec ceux qui l'ont soutenu, comme Alexandre Adler (12 septembre 2008), et ceux qui l'ont critiqué, comme Alain Finkielkraut (6 mai 2010). Infatigable figure de l'intelligentsia parisienne et maoïste repenti, Philippe Sollers a lui aussi les honneurs du Château (16 janvier 2009). Le 21 décembre 2009, l'historien du Maghreb et de la décolonisation Benjamin Stora, ancien membre du Parti socialiste, s'entretient avec le président, le même jour que le constitutionnaliste Guy Carcassonne (récemment disparu). L'économiste Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand et chroniqueur au Vif/L'Express, le voit le 3 décembre 2007 - il reviendra régulièrement. Chargé d'une mission pour examiner les freins à la croissance, il est convié à un déjeuner le 29 novembre 2010. Le goût de Nicolas Sarkozy pour la variété française et la télévision n'a échappé à personne. Rien d'étonnant, dans ces conditions, à trouver trace, dans ces agendas, d'artistes tels qu'Enrico Macias (5 juin 2010) et Didier Barbelivien (13 juin 2010, 3 juillet 2010, 19 décembre 2010). Le président a de la mémoire : tous deux ont publiquement soutenu sa candidature. Le chef de l'Etat se montre tout aussi accueillant avec les animateurs de télévision. Jean-Luc Delarue est reçu le 7 février 2008. Le même jour, mais pas à la même heure, le président accueille Patrick Sabatier, ex-star du prime time, écarté des chaînes généralistes. Sabatier vient-il solliciter l'aide de celui dont il se revendique l'ami ? Toujours est-il que, l'été suivant, il fait sa réapparition sur France 2, entamant pour ainsi dire une seconde carrière. Les journalistes sont aussi les bienvenus à l'Elysée. Le chef de l'Etat s'intéresse beaucoup à la presse, quitte à surprendre, parfois. Le 2 mai 2008, il rencontre l'ex-présentateur du journal de 20 heures Claude Sérillon. Evidemment, il ignore que celui-ci deviendra, moins de cinq ans plus tard, le conseiller en communication de François Hollande. Le directeur du Monde, Eric Fottorino, vient au palais les 28 septembre 2007 et 7 juin 2010. Des rendez-vous qu'il a évoqués en 2012 dans un livre acide, intitulé Mon tour du Monde (Gallimard). Au sujet de la rencontre de 2010, il dénonce notamment la pression exercée par Nicolas Sarkozy, hostile à l'entrée au capital du quotidien du trio formé par Xavier Niel, Pierre Bergé et Matthieu Pigasse. Avec d'autres personnalités des médias, les relations sont plus cordiales. Le 20 février 2008, trois figures historiques de l'audiovisuel national - Jean-Pierre Elkabbach, Alain Duhamel et Catherine Nay - sont conviées à " un verre amical ", selon les termes de l'agenda. Ces carnets, qui fourmillent de noms, dévoilent le quotidien d'un chef d'Etat surmené. Déjeuner compris, celui-ci peut compter jusqu'à 16 rendez-vous par jour, en général entre 8 h 30 et 19 h 30, sans compter les nombreuses séances de maquillage (avec " Marina " ou " Julie " selon les jours) pour faire bonne figure devant les caméras ou en public. Bien que quelques mentions de rencontres, indiquées comme " entretien " ou " dîner privé ", parsèment les documents, les notations relatives à la vie privée sont, au final, très rares. On apprend tout de même que le 15 novembre 2009, à 14 heures, il va assister à une représentation de L'Avare, de Molière, à la Comédie-Française... PAR PASCAL CEAUX ET JEAN-MARIE PONTAUTA partir de 2008 et de l'éclatement de la crise, entrepreneurs et hommes d'affaires se succèdent Il s'offre, le 28 janvier 2008, un " verre intellectuels " (formulation retenue par le secrétariat)