Fallait-il vendre des armes à Libye ? Bien sûr, l'Union européenne a levé l'embargo militaire, en octobre 2004, après que le colonel Kadhafi eut accepté le démantèlement de tous ses programmes secrets d'armement. A 62 ans, le dirigeant libyen bénéficie d'un retour en grâce auprès des puissances occidentales. Il plante sa tente en face de l'Elysée. Son ministre des Affaires étrangères est même reçu à la Maison-Blanche. Et son pays s'est vu élire au Conseil de sécurité de l'ONU, alors que ce dernier lui avait infligé le statut de paria pendant plus de dix ans à cause de ses liens avec le terrorisme.
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Fallait-il vendre des armes à Libye ? Bien sûr, l'Union européenne a levé l'embargo militaire, en octobre 2004, après que le colonel Kadhafi eut accepté le démantèlement de tous ses programmes secrets d'armement. A 62 ans, le dirigeant libyen bénéficie d'un retour en grâce auprès des puissances occidentales. Il plante sa tente en face de l'Elysée. Son ministre des Affaires étrangères est même reçu à la Maison-Blanche. Et son pays s'est vu élire au Conseil de sécurité de l'ONU, alors que ce dernier lui avait infligé le statut de paria pendant plus de dix ans à cause de ses liens avec le terrorisme. Sur le plan intérieur, toutefois, son bilan reste déplorable en matière de droits de l'homme. Selon Amnesty, le " guide de la révolution libyenne " ne tolère toujours aucune contestation de la part de ses compatriotes sous peine de les torturer. Par ailleurs, Luc Mampaey du Grip (Groupe de recherche et d'information sur la paix) rappelle que, depuis 2006, le parquet de Pérouse, en Italie, enquête sur une contrebande de 500 000 fusils d'assaut chinois entre de haut gradés de l'armée libyenne et des intermédiaires italiens liés à la Mafia. Des rapports d'enquête de l'ONU ont également dénoncé des transferts d'armes par la Libye vers le Darfour en guerre. L'année dernière, la Grande-Bretagne a refusé une licence d'exportation pour 130 000 fusils d'assaut à destination de Tripoli. Soit le type d'équipement que la Fabrique nationale d'Herstal s'apprête à livrer aux militaires libyens. Même marqué au laser, un fusil mitrailleur est plus facile à détourner que de l'artillerie lourde. Alors pourquoi accepter, dans ce cas-ci ? " C'est davantage sur le nombre que sur la caractéristique des armes que Londres a opposé son veto, assure-t-on au cabinet du ministre-président wallon Rudy Demotte (PS). Or les caisses de la FN pour la Libye ne contiennent que 3 181 fusils, dont la moitié sont des armes non létales ( NDLR : des FN303 prévus pour le maintien de l'ordre). Cela fait une différence... " Pour obtenir la licence, les syndicats ont mis une pression maximale sur Demotte, poussant les 1 500 travailleurs d'Herstal à venir manifester en grand nombre à Namur. L'entreprise liégeoise elle-même a pris un risque insensé en produisant les armes bien avant que ne tombe la décision des autorités wallonnes. En cas de refus, les pièces sorties d'usine et estampillées au laser spécifiquement pour la Libye étaient bonnes pour la casse, sans parler des indemnités dues au client ni des promesses d'autres commandes libyennes qui seraient tombées à l'eau. Chantage ? " Cela se passe toujours comme ça, car les dossiers traînent sur la table du gouvernement pendant des mois ", affirme Gabriel Smal, de la CSC. L'attitude de la FN n'en est pas moins légère par rapport aux règles de procédure européennes en la matière. D'autant que l'entreprise ne semble pas trop menacée par la crise. Son chiffre d'affaires a encore augmenté de 50 millions d'euros en 2008. La Région wallonne, unique actionnaire du groupe Herstal, devrait, pour le moins, tirer les oreilles de ses dirigeants. Quoi qu'il en soit, Rudy Demotte a politiquement bien joué son coup en attendant le 8 juin, le lendemain du scrutin régional, pour annoncer sa décision. Dans l'effervescence électorale, personne, pas même Ecolo, ne s'est opposé à la vente libyenne. Cette fois, il n'y aura pas de crise, comme ce fut le cas pour la licence d'exportation d'armement vers la Tanzanie, en 2005. Quant au choix final de Rudy Demotte, qui jure n'avoir pas opté entre l'éthique et l'emploi, chacun se fera son idée... THIERRY DENOËL