Pierre Paul Rubens (1577-1640) est né à Siegen (Westphalie), où ses parents, Jan et Maria, avaient trouvé refuge. Son père, juriste, sympathisant des nouvelles idées protestantes, avait décidé de quitter Anvers, ville menacée par le pouvoir catholique espagnol. Proche de Guillaume d'Orange, il installe ensuite toute sa famille à Cologne, mais, bientôt, accusé d'adultère (avec l'épouse de son protecteur), il est emprisonné et banni. L'homme reporte alors toutes ses ambitions sur ses deux fils dont il soigne l'éducation jusqu'au jour de sa mort en 1887. Quelques mois plus tard, sa veuve et les enfants sont de retour à Anvers où le calme est revenu. Maria va s'occuper de leur formation.
...

Pierre Paul Rubens (1577-1640) est né à Siegen (Westphalie), où ses parents, Jan et Maria, avaient trouvé refuge. Son père, juriste, sympathisant des nouvelles idées protestantes, avait décidé de quitter Anvers, ville menacée par le pouvoir catholique espagnol. Proche de Guillaume d'Orange, il installe ensuite toute sa famille à Cologne, mais, bientôt, accusé d'adultère (avec l'épouse de son protecteur), il est emprisonné et banni. L'homme reporte alors toutes ses ambitions sur ses deux fils dont il soigne l'éducation jusqu'au jour de sa mort en 1887. Quelques mois plus tard, sa veuve et les enfants sont de retour à Anvers où le calme est revenu. Maria va s'occuper de leur formation. L'aîné deviendra diplomate. Rubens, peintre des " grands ". Donc, aussi, courtisan. Pour ce faire, il passe d'abord quelques années comme page, étudie ensuite plusieurs langues (dont le latin) et, dans la foulée, la littérature et la philosophie. Puis il entre dans la phase d'apprentissage pratique de la peinture. Là aussi, le choix de ses professeurs est judicieux. Le premier s'inscrit dans la grande tradition de la peinture flamande, réaliste et coloriste. Le second, féru d'italianisme, lui montre comment on devient " peintre mondain ". Rubens est bon élève. En 1600, son temps est presque venu. Il manque à son expérience celle du voyage d'Italie afin de voir " en vrai " les chefs-d'oeuvre de la Renaissance. L'occasion aussi de s'introduire dans les milieux de collectionneurs (princes ou banquiers) et de se constituer un réseau d'influences. Il rejoint alors son frère, en poste à Mantoue et rencontre son premier protecteur, Vincent de Gonzague. On le retrouve aussi à Florence, Venise, Gênes mais surtout à Rome. Trois ans plus tard, il reçoit sa première mission diplomatique auprès de la cour espagnole. En 1608, il installe définitivement son QG à Anvers et entre, quelques mois plus tard, au service des archiducs Albert et Isabelle. Il va se rendre utile. Puis indispensable. L'Europe du temps est en effet menacée, d'une part, par l'influence grandissante des pays protestants, d'autre part, par les appétits du monde musulman. Il s'agit donc de resserrer les rangs en construisant des alliances avec ou sans mariage, entre les grandes familles régnantes. Mais il faut aussi se rallier à des idéaux communs. Ce sera le rôle de l'art. Donc, celui de Rubens. Rubens organise alors son travail, sa promo et son image d'ambassadeur. Dans le palais qu'il construit, on dénombre trois ateliers. Un seul, à l'étage et de petite taille, lui est seulement réservé. Dans le studio qui le jouxte travaillent six assistants formés au style du maître. Au rez-de-chaussée, 22 peintres réalisent les grands formats. Parfois, il fait aussi appel à un collègue pour peindre l'une ou l'autre partie de la composition (un bouquet de fleurs, des chiens). D'autres petites mains gravent des copies de tableaux afin d'assurer, au loin, la promotion de l'oeuvre. Enfin, il réunit une collection d'oeuvres anciennes, voire archéologiques, révélant ainsi son goût et ses connaissances aux amateurs flattés de se trouver " en si bonne compagnie ". Rubens est d'abord un " oeil ". Comme dans la tradition flamande, il sait observer sans complaisance la réalité de la nature (des arbres, du ciel, des corps et des étoffes offerts aux jeux de la lumière). Mais il associe à cette pratique une autre observation tout aussi rigoureuse ayant pour objet l'art lui-même à travers l'oeuvre des autres. Ainsi, ses " anatomies " sont redevables de Michel-Ange, ses accents de sensualité sont empreints des toiles du Titien et c'est chez Léonard de Vinci qu'il a appris à rendre l'expression des émotions. Comme c'est l'usage à l'époque, il en fera parfois des copies conformes à la demande de l'un ou l'autre prince. Il va aussi les analyser afin de percer le sens caché des images et le secret des recettes picturales. Il peut alors, enfin, passer à l'étape la plus importante : la création. L'art de Rubens est donc à la fois un art du " vrai " (que parfois ses mécènes lui reprocheront) et un art savant. Ses écrits, récemment publiés, révèlent un intellectuel nourri autant par la philosophie, la théologie que par l'alchimie, la physiognomonie et les mathématiques. Ses oeuvres concentrent savoir, pratique et géniales intuitions. Dans l'histoire de l'art, il est le plus éblouissant des peintres baroques. Après avoir rappelé l'importance des grandes familles et des liens tissés dans l'Europe de Rubens, l'exposition réunit une galerie de portraits de ses puissants mécènes : les Medicis, Habsbourg, Stuart et Bourbon. S'y dévoile le talent d'un peintre au service de l'image officielle traitée avec toute la virtuosité et l'application juste associant la précision du dessin à une sensualité discrète mais très présente. La deuxième séquence consacre le peintre de la Contre-Réforme au service du triomphe de l'Eglise romaine dominée par les Jésuites. La fonction des oeuvres change. Cette fois, il s'agit d'impressionner et de convaincre les foules. Entre cris et caresses, la vie parcourt autant les scènes intimes (La Vierge et l'enfant) qu'elle désigne le tragique (Le Christ sur la Croix). Vient ensuite l'oeuvre du décorateur flamboyant qui réalise aussi bien des peintures intégrées aux plafonds, des cartons de tapisserie ou encore des aménagements urbains à l'occasion de grandes fêtes. La quatrième section révèle l'état de compétition entre Rubens et ses confrères de la peinture, voire de la sculpture du temps (Le Bernin). Elle offre aussi de belles confrontations avec des toiles du Titien. Plus loin, avec des oeuvres comme Venus et Cupidon ou La Chute de Phaéton, on rencontre l'érudit, curieux de tout et de tous les grands esprits de son temps avec lesquels il correspond (ses lettres sont évoquées dans la dernière salle). Ce n'est que dans le dernier et sixième chapitre thématique de l'exposition du Louvre-Lens que l'on rencontre le Rubens intime, amoureux de la chair et de la vie. L'homme dont les pinceaux caressent les formes généreuses des femmes et les rondeurs enfantines alors que la lumière auréole le tout de reflets insaisissables. L'Europe de Rubens, musée du Louvre-Lens, à Lens (France). Jusqu'au 23 septembre. Tous les jours de 10 à 18 heures (accès jusqu'à 17 h 15). www.louvrelens.fr GUY GILSOUL