Jerry Seinfeld avait montré la voie dès la fin des années 1980, sur NBC, avec la sitcomportant son nom, ce cultissime " show about nothing " ponctué d'extraits de spectacles de stand-up. Près de vingt ans plus tard, Louis C.K., génie priapique au coeur de la tornade à scandales ayant cette année balayé le milieu du showbiz américain, a fait plus que reprendre le flambeau : il a ouvert la voie à une nouvelle génération d'humoristes appelés à s'épanouir dans...

Jerry Seinfeld avait montré la voie dès la fin des années 1980, sur NBC, avec la sitcomportant son nom, ce cultissime " show about nothing " ponctué d'extraits de spectacles de stand-up. Près de vingt ans plus tard, Louis C.K., génie priapique au coeur de la tornade à scandales ayant cette année balayé le milieu du showbiz américain, a fait plus que reprendre le flambeau : il a ouvert la voie à une nouvelle génération d'humoristes appelés à s'épanouir dans la lucarne. Lucky Louie puis, surtout, Louie ont en effet imposé un sous-genre à part : la série télé carburant aux galéjades étrennées sur la scène de petits clubs spécialisés. Monologue comique qui voit un humoriste seul, sans décor ni accessoire, prendre le public à témoin d'histoires drôles lui étant supposément arrivées, le stand-up est un exercice typiquement américain. Rien d'étonnant, dès lors, de voir aujourd'hui les acteurs majeurs du câble US et autres opérateurs VOD avides de contenus s'emparer massivement du phénomène dans leur débitage de fictions à la chaîne. Si Aziz Ansari, surdoué du genre, est à la barre de la série la plus furieusement bidonnante et inventive du moment (Master of None, sur Netflix), plusieurs shows n'hésitent plus désormais à incorporer le spectacle de stand-up directement dans leur dramaturgie. Ainsi, en février, HBO dégainait Crashing. Produite par le pape de la comédie US Judd Apatow, celle-ci enquille les galères d'un humoriste raté qui squatte misérablement le canapé des cadors du stand-up new-yorkais. Le concept est très bon. La concrétisation, plus geignarde qu'amusante, un peu moins. Autrement plus inspiré, Amazon s'est attaqué à une tranche d'émancipation féminine par l'hilarité sur les planches de la Grosse Pomme dans les années 1950. Résultat des courses ? L'acclamée The Marvelous Mrs. Maisel est idéalement placée dans la course aux Golden Globes. Mais la vraie belle surprise de l'année, on la doit à Showtime : son I'm Dying Up Here, produite par Jim Carrey et consacrée au stand-up West Coast des seventies, est une bombe de série à l'ampleur quasiment scorsesienne qui présente les humoristes en véritables alchimistes des temps modernes, transformant la souffrance et l'humiliation en rire et en joie. " Nous sommes l'agonie élevée au rang d'art. " Coup de chapeau.