Petits ou grands, des centaines de sites pollués sont aujourd'hui susceptibles de porter atteinte à la santé des gens en Wallonie. Ou, au minimum, d'empoisonner l'environnement. Tel est le reliquat peu glorieux des années 1970 et 1980, celles de la Wallonie-poubelle. A cette époque (mais on aimerait être certain que la page est définitivement tournée), le sud du pays a été courtisé par une cohorte de trafiquants, simples porte-pipes ou véritables truands de l'environnement. "C'est du passé, tout cela!" clament en choeur le ministre de l'Environnement, Michel Foret (MR), et les responsables de la Spaque. C'est vrai, en partie: à coups de milliards payés par la collectivité, on a étanchéifié des décharges, brûlé des gaz dangereux, rendu des déchets inertes. Mais il a bien fallu procéder par priorités. Quand on voit la taille - dérisoire - du site incriminé à Tarcienne, on se dit que la campagne wallonne est potentiellement riche ...

Petits ou grands, des centaines de sites pollués sont aujourd'hui susceptibles de porter atteinte à la santé des gens en Wallonie. Ou, au minimum, d'empoisonner l'environnement. Tel est le reliquat peu glorieux des années 1970 et 1980, celles de la Wallonie-poubelle. A cette époque (mais on aimerait être certain que la page est définitivement tournée), le sud du pays a été courtisé par une cohorte de trafiquants, simples porte-pipes ou véritables truands de l'environnement. "C'est du passé, tout cela!" clament en choeur le ministre de l'Environnement, Michel Foret (MR), et les responsables de la Spaque. C'est vrai, en partie: à coups de milliards payés par la collectivité, on a étanchéifié des décharges, brûlé des gaz dangereux, rendu des déchets inertes. Mais il a bien fallu procéder par priorités. Quand on voit la taille - dérisoire - du site incriminé à Tarcienne, on se dit que la campagne wallonne est potentiellement riche en centaines de cas identiques: vulgaires fosses et simples trous, un jour remblayés avec des déchets d'origine douteuse. Puis oubliés de tous. A-t-on les moyens de limiter les dégâts? Poser cette question revient, inévitablement, à mettre en lumière le rôle joué par la police de l'environnement (DPE). Mais, aussi, par les autorités en général, chaque fois que l'environnement - et, ici, la santé publique - est mis en cause. Or, au vu du dossier de Tarcienne, les interrogations jaillissent comme les grenouilles sous une pluie d'été. Pourquoi ce site, répertorié en 1992 comme prioritaire dans les investigations de la Spaque, a-t-il mystérieusement perdu ce statut en 1995? Pourquoi aucune police, aucun service administratif ne s'est-il inquiété de sa remise en état définitive, après la condamnation du propriétaire? Si on avait évité la perte (!) de documents (communaux, régionaux), n'aurait-on pu identifier plus rapidement les poisons qui rongent - ou ont rongé - le quartier? Est-il normal que des particuliers ou des associations se chargent, à la place de la DPE, de remonter sur les traces des camions de déchets toxiques, venus autrefois décharger à Tarcienne? On peut, bien sûr, crier au grand complot. Dans la petite commune, l'opposition Ecolo ne s'en est pas privée, soulignant la présence sur la même liste électorale, il y a vingt ans, du propriétaire de la "décharge" et de l'actuelle bourgmestre de Walcourt. Mais le mal fondamental est peut-être ailleurs. Il réside dans cette culture de l'insouciance et de l'impunité qui pollue les dossiers d'atteinte à l'environnement. On crée des réglementations à foison, mais elles restent peu appliquées, faute de moyens et de motivation politique. Ce no man's land, ce flou permanent forgent le creuset de multiples petits poujadismes et, plus concrètement, des grands trafics de déchets, autant que des incinérations sauvages au fond des jardins. En 1999, le programme du gouvernement wallon avait prévu d'"accroître de manière significative la présence, la visibilité et l'efficacité" de la police de l'environnement. Trois ans plus tard, le ministre Michel Foret, littéralement harcelé par les Rangers (une association aux méthodes inspirées par Greenpeace), promet de renforcer la collaboration de la DPE avec les polices locales et la justice. Il annonce aussi une évaluation interne et externe de ladite police. Mais, en gros, ce sont exactement les mêmes recettes qu'on entend serinées depuis lors! A Tarcienne, le ministre a - c'est vrai - réagi d'une façon très rapide et transparente. Dame, la crise de la dioxine a laissé des traces dans plus d'un cabinet ministériel... Mais il lui davantage qu'un bon réflexe de survie pour restaurer l'image catastrophique de sa police. Foret invoquait récemment, devant les caméras de la RTBF, ses propres actions "coups de poing" (très médiatisées) contre le lisier illégalement exporté de Flandre ou contre les dépotoirs géants de pneus (totalement illégaux), de même que la surveillance des piscines. Quel aveu d'impuissance! Sur les deux premiers dossiers, ce sont précisément les coups de boutoir des Rangers qui ont préalablement mis le scandale en lumière. Quant au troisième, on se souvient de l'origine - dramatique - de l'émoi public: la noyade d'un enfant. Déjà, dans les coulisses, certains évoquent la fin prochaine du mot "police" de l'environnement, au motif de rendre celle-ci "plus crédible aux yeux du citoyen" ( sic). Très loin de nous, l'idée d'une répression aveugle ou d'un régime de suspicion "verte" généralisée, façon Big Brother. Mais un minimum de cohérence ne ferait pas de tort. Sans quoi on n'aura réussi, face aux margoulins de l'environnement, qu'à baisser les armes et... le pantalon. Est-ce cela, l'instauration de la "simplification administrative" voulue par le gouvernement? Ph.L.