Sur le papier, les propositions des géo-ingénieurs (ou ingénieurs du climat) font penser à celles d'un Jules Verne ressuscité, qui imaginerait comment sauver notre planète d'une maladie mortelle : le réchauffement climatique. Ainsi, pour réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2) qui provoquent l'effet de serre, la fonte des pôles et la montée du niveau des océans, les spécialistes en géo-ingénierie parlent de fertiliser les fonds marins. Et pour refroidir la planète, ils envisagent d'augmenter le niveau de soufre dans l'atmosphère - et donc la pollution.
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Sur le papier, les propositions des géo-ingénieurs (ou ingénieurs du climat) font penser à celles d'un Jules Verne ressuscité, qui imaginerait comment sauver notre planète d'une maladie mortelle : le réchauffement climatique. Ainsi, pour réduire les émissions de dioxyde de carbone (CO2) qui provoquent l'effet de serre, la fonte des pôles et la montée du niveau des océans, les spécialistes en géo-ingénierie parlent de fertiliser les fonds marins. Et pour refroidir la planète, ils envisagent d'augmenter le niveau de soufre dans l'atmosphère - et donc la pollution. " Si nous sommes contraints, un jour, de nous en remettre à de tels projets, c'est que la situation sera extrêmement critique. Cela signifiera également que nous aurons échoué à mettre en place d'autres politiques courageuses, mais moins hasardeuses ", constate Philippe Mathieu, professeur de production d'énergie à l'université de Liège et expert au Giec (le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat). Actuellement, la température moyenne de la Terre augmente à une vitesse jamais connue dans toute l'histoire de l'humanité. De plus, sans réaction vigoureuse, les émissions de gaz à effet de serre auront triplé d'ici à la fin du siècle. Or la Terre ne tolérera pas, d'ici à 2100, une hausse de température supérieure à 2 degrés. " Pour ne pas dépasser ce seuil limite, nous devons stabiliser les concentrations de CO2 dans l'atmosphère, ce qui implique de réduire drastiquement les émissions dues aux activités humaines ", soutient l'expert du Giec. Au programme : une diminution de nos émissions de gaz toxiques au moins à partir de 2015 afin d'arriver, en 2050, à une réduction de 50 à 85 % de notre production actuelle de gaz à effets de serre. Le tout parallèlement à une baisse de nos demandes globales en énergie, en utilisant cette dernière de manière plus efficace, et en privilégiant des énergies renouvelables ou sans carbone ou, en tout cas, à faible émission de CO2 ! " Les centrales brûlant des combustibles fossiles, comme le charbon, le gaz ou le pétrole, seront les cibles prioritaires de notre stratégie de réduction, puisqu'elles émettent le plus de CO2 ", prévient le Pr Philippe Mathieu. Cet objectif d'une société " décarbonisée " (ou à émissions très basses en CO2), dépasse largement les attentes - pourtant non réalisées - de Kyoto (1). Mais les experts du Giec restent fermes sur ces impératifs, d'autant que pour y parvenir, les moyens techniques existent, même s'ils doivent encore être adaptés à la grande taille des installations industrielles. Aux responsables politiques, donc, de prendre le plus tôt possible les décisions qui s'imposent. Plus ils traîneront à s'engager dans cette voie, plus le coût d'une telle stratégie, déjà onéreuse, s'élèvera. Avis aux consommateurs : le prix d'une énergie décarbonisée augmentera forcément. Le Pr Philippe Mathieu a été le premier, il y a quinze ans déjà, à proposer une technique qui permet, préventivement, de capturer le carbone dans une centrale ou une industrie qui en émet. Le CO2 est retiré après la combustion par simple condensation, grâce à une réaction avec de l'oxygène pur obtenu en le séparant de l'azote dans l'air. Cette solution exige cependant de grands changements de la part des industriels. Deux autres systèmes, l'un curatif, car il intervient au niveau des fumées, l'autre préventif, puisqu'il agit avant la combustion, évitent également que le CO2 s'échappe dans l'atmosphère. Quellle que soit la formule choisie pour l'emprisonner, le CO2 capté doit ensuite être stocké en lieu sûr et pour longtemps. Pour ce faire, les méthodes envisagées ont de quoi surprendre : il s'agit en effet de renvoyer le gaz toxique d'où il vient, dans les entrailles de la Terre. Les experts prévoient donc de l'injecter dans des formations géologiques, de le déposer dans des couches salines profondes, notamment sous la mer du Nord, de le fixer, dans des carbonates inorganiques, ou même de le piéger et de l'intégrer, en petite quantité, dans certains produits finis. " Nous n'avons pas d'autres choix que d'appliquer, très rapidement, ces techniques ", rappelle le Pr Philippe Mathieu. Si nous ratons ce défi, nous serons contraints de faire appel à des projets bien plus périlleux. Ceux de la géo-ingénierieà l (1) Lancé en février 2005, le Protocole de Kyoto visait, d'ici à 2012, une diminution de 5,2 % des émissions de dioxyde de carbone par rapport au taux de 1990.Pascale Gruber