Une centaine de personnes, armées pour certaines de drapeaux noir-rouge-blanc, les couleurs du Reich, se sont lancées samedi 29 août à l'assaut des marches du Reichstag, bâtiment emblématique qui abrite depuis 1999 le Bundestag, la première Chambre du Parlement allemand. Ce drapeau est l'un des signes de ralliement des " Reichsbürger ". Longtemps, " les citoyens du Reich " sont passés pour des illuminés dans le pays. Ces adeptes du Reich nient toute légitimité à la République fédérale, née en 1949 après la défaite de l'Allemagne nazie (le pays a perdu alors un quart de sa surface) et refusent donc de reconnaître ses lois.
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Une centaine de personnes, armées pour certaines de drapeaux noir-rouge-blanc, les couleurs du Reich, se sont lancées samedi 29 août à l'assaut des marches du Reichstag, bâtiment emblématique qui abrite depuis 1999 le Bundestag, la première Chambre du Parlement allemand. Ce drapeau est l'un des signes de ralliement des " Reichsbürger ". Longtemps, " les citoyens du Reich " sont passés pour des illuminés dans le pays. Ces adeptes du Reich nient toute légitimité à la République fédérale, née en 1949 après la défaite de l'Allemagne nazie (le pays a perdu alors un quart de sa surface) et refusent donc de reconnaître ses lois. Les plus virulents des Reichsbürger ne se soumettent pas à l'impôt, impriment leur propre monnaie, des documents d'identité fantoches et leurs propres plaques d'immatriculation. Le mouvement n'est pas organisé, n'a pas véritablement de leader, ni de manifeste, mais compte quantité de petits rois auto- proclamés et des groupements aux noms fleuris tels que " gouvernement en exil du Reich allemand " ou " nouvelle communauté de philosophes ". " Pour eux, l'Allemagne n'existe tout simplement pas. Ils ne reconnaissent que les frontières de 1918 ou de 1937, résume le politologue Siegfried Heimann. Longtemps, on les a pris pour des illuminés. Mais depuis 2016, les services de renseignement ont compris qu'il faut les surveiller de près. " En octobre 2016, Wolfgang P., Reichsbürger bavarois, a tué par balles l'un des policiers d'une unité d'élite qui s'était présentée à son domicile pour lui rappeler la loi. Selon le rapport annuel du BVG, les services de renseignement intérieurs, la scène des Reichsbürger est en croissance rapide. Et ses membres sont de plus en plus radicalisés. De 16 500 en 2018, leur nombre est passé à 19 000 aujourd'hui. 5 % des Reichsbürger sont armés, selon les estimations du gouvernement, contre 2 % des citoyens pour la moyenne nationale. A la suite de perquisitions menées dans plusieurs régions allemandes et en Autriche, la police avait mis au jour en juillet dernier un véritable arsenal comptant notamment des armes de guerre. En 2018, on a compté 804 crimes et délits imputés à des citoyens du Reich, dont 157 actes de violence, 200 cas de coercition et de menaces, 169 actes violents contre les forces de l'ordre, et 111 contre des représentants de l'Etat. En manifestant, fin août, aux côtés de néonazis et de supporters du parti d'extrême droite AfD, les Reichsbürger ont exprimé une fois de plus leur proximité idéologique avec la droite extrême. " Pourtant, le gouvernement refuse de les considérer comme une variante spécifique du spectre de l'extrême droite ", regrette la députée verte Irene Mihalic. " On peut vraiment se demander pourquoi les autorités ont semblé prendre si tard conscience du danger qui émane de ce milieu ", estime Siegfried Heimann. En mars dernier, le ministre de l'Intérieur a pour la première fois décrété l'interdiction d'un groupe de Reichsbürger, baptisé " peuples et tribus allemands unis ", qui prêchait les théories de l'extrême droite et le racismequi , selon le ministère, " expriment par son révisionnisme et son antisémitisme son rejet clair de la démocratie. "