Le retour à l'agenda politique du dossier de régularisation de sans-papiers a-t-il de quoi surprendre?
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Le retour à l'agenda politique du dossier de régularisation de sans-papiers a-t-il de quoi surprendre? Non vu le retour en force d'une pression migratoire. Nous sommes à la veille d'une nouvelle crise d'une ampleur comparable aux grandes vagues de 2014 à 2016 engendrées par les retombées de la crise financière de 2008. Qu'est-ce qui se joue derrière ce bras de fer d'une intensité dramatique? Le conflit fondamental entre les partisans de frontières contrôlées et les partisans des frontières ouvertes. Ces derniers, en se gardant de le dire ouvertement, s'emploient à rendre la politique d'asile et de contrôle effectif des frontières quasiment impossible en entravant le traitement efficace des demandes d'asile, en favorisant la migration illégale, en tentant de contrarier le rapatriement des personnes déboutées et ils cherchent à couronner tous ces efforts en obtenant une régularisation pour les sans-papiers. C'est un jeu très cruel auquel nous assistons, dans lequel on se demande où se situe l'humain. "Des gens sur le terrain jettent tous les jours de l'huile sur le feu. Il faut que cela s'arrête", dénonce le secrétaire d'Etat Sammy Mahdi (CD&V). Il y a instrumentalisation de la cause des sans-papiers? Je n'en sais rien mais il y a indiscutablement une mise en spectacle de la souffrance. Les sans-papiers qui font la grève de la faim ne sont pas seuls, ils sont conseillés. Quand on touche de manière globale à la migration, il y a partout instrumentalisation et elle rapporte d'ailleurs beaucoup d'argent à certains. Il est bon que les gens réagissent à cette souffrance mais elle rend difficile une réflexion sur le long terme. Il appartient au politique de comprendre et de faire comprendre que l'on ne peut continuer ce jeu cruel. Et que régulariser ne fera que reproduire ce jeu et probablement stimuler la migration illégale. Que faut-il penser du recours à la grève de la faim ou à la pratique de se coudre les lèvres pour tenter d'obtenir gain de cause? Je rejoins Sammy Mahdi lorsqu'il considère qu'il s'agit d'une forme de chantage. Où y a-t-il une place pour la grève de la faim dans un Etat où il existe un droit d'asile qui se respecte? Spéculer sur la mort d'un sans-papiers pour faire pression en faveur d'une régularisation, ce n'est pas de la politique civilisée. Le gouvernement De Croo se retrouve face un dilemme chaque jour plus tragique. Invoquer la déclaration gouvernementale muette sur une régularisation est-il la meilleure façon de le gérer? Une déclaration gouvernementale n'est pas un chiffon de papier, si des membres de la coalition estiment ne plus être en accord avec ce qui figure dans ce texte, qu'ils en tirent les conclusions. Le sociologue Max Weber ( 1864-1920 ) a établi la distinction entre l'éthique de conviction et l'éthique de responsabilité, celle à laquelle se tient le secrétaire d'Etat à l'Asile et la Migration soutenu par le gouvernement. Mais le PS et Ecolo (NDLR: partenaires de la coalition), en voulant se saisir de la grève de la faim et des lèvres cousues pour forcer une régularisation, témoignent d'un manque de sens des responsabilités. Le monde ne se portera mieux qu'avec des politiques qui maîtrisent leurs émotions, se comportent de manière responsable et rationnelle. Confiné dans le mauvais rôle, le gouvernement n'a-t-il pas de toute façon perdu la bataille de la communication? A court terme peut-être mais je n'en suis pas du tout sûr quand auront lieu les prochaines élections. Une majorité de la population veut une politique d'asile et de migration efficace et partage la position de l'actuel gouvernement, même si j'observe des différences de sensibilité entre le nord et le sud du pays. Encore faudrait-il vérifier si le positionnement du PS et d'Ecolo reflète l'état réel de l'opinion francophone. Ce qui est en jeu, c'est l'existence même du droit d'asile qui souffre de cette obsession portée à la migration illégale. En cela, ce dossier des sans-papiers lui rend un mauvais service.