La complexité des enjeux de la prévention de la radicalisation nécessite la construction de nouveaux outils ", avancent les sociologues cliniciens Vincent de Gaulejac et Isabelle Seret. Dans Mon enfant se radicalise (Odile Jacob, 288 p.), ils développent ce qui pourrait être l'un d'entre eux, une expérience menée...

La complexité des enjeux de la prévention de la radicalisation nécessite la construction de nouveaux outils ", avancent les sociologues cliniciens Vincent de Gaulejac et Isabelle Seret. Dans Mon enfant se radicalise (Odile Jacob, 288 p.), ils développent ce qui pourrait être l'un d'entre eux, une expérience menée par Isabelle Seret à Schaerbeek dans le cadre de l'association Rien à faire, rien à perdre avec la collaboration de Natacha David, chargée de la prévention de la radicalisation violente dans la commune. Organisée autour de groupes de parole entre parents de djihadistes et de rencontres avec des aspirants au ralliement à Daech, l'initiative est l'occasion d'étudier la radicalisation dans ses multiples aspects et causes : le silence sur l'histoire des générations précédentes, la dévalorisation des perdants de la " lutte des places ", le sentiment d'avoir honte de parents discriminés, la difficulté de se situer face à des identités multiples, l'impuissance de parents à imposer leur choix éducatif, le caractère rassurant d'une adhésion à un système répondant à toutes les questions existentielles et fondé sur le renoncement à penser par soi-même... Pour surmonter ces échecs, les responsables de Rien à faire, rien à perdre tablent sur " un réinvestissement dans un imaginaire moteur s'inscrivant dans une confrontation au réel et passant nécessairement par une restauration de la relation à l'autre, aux autres ". Dans le flot des multiples et parfois controversées pratiques de déradicalisation, cette expérience est assurément digne d'intérêt.