de christine laurent
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de christine laurentRien moins qu'un champ de bataille nucléaire, la situation politique d'aujourd'hui. Du moins si l'on en croit Alexander De Croo, le frais émoulu président de l'Open VLD, pyromane à ses heures. Un champ de bataille nucléaire ? Sur le ring, pourtant ces jours-ci, il ne se passe rien. A peine quelques broutilles. On s'épie, c'est vrai, on s'observe. Propos, soupirs, sourires, moues, voire bâillements, tout est passé à la moulinette et disséqué. Histoire de tester encore sa capacité de réaction, on titille, on provoque même l'adversaire. Ainsi Elio Di Rupo, le week-end dernier, qui agitait à destination de Bart De Wever, comme une muleta sous le nez du taureau, la menace d'un nouveau repli sur le désormais célèbre plan B : la Flandre out, Wallons, germanophones et Bruxellois enfin seuls, vive la Belgique à trois ! L'ultimatum était-il censé lui faire peur ? Pas de chance, De Wever est resté de marbre. Tout ce qui est excessif n'est-il pas insignifiant ? Mais tout ça ne serait rien... si on avançait enfin. Or, après quatre mois de palabres, c'est le blocage en plein milieu d'une bien morne plaine. Beaucoup d'effets de manche, certes, de vacarme aussi. Mais dans la réalité, l'impéritie fait désordre. Une pente fatale. Certes, il y a les contradictions de la N-VA, les tensions entre son socle indépendantiste et les deux tiers de son électorat qui appellent de leurs v£ux une vraie réforme de l'Etat. Il est bien gêné aux entournures, Bart De Wever, dans son costume de président radical obligé de trouver un compromis. De fait, il flotte. Mais que dire, aussi, de la cacophonie dans le sud du pays ? De tout ce tintouin autour des libéraux devenus les nouveaux parias de la politique, frappés d'ostracisme par un PS qui, visiblement, a quelques comptes à régler ? Ah, c'est qu'il y a des offenses indélébiles, même en politique où pourtant l'ennemi d'hier est toujours l'allié de demain. Souvenir, souvenir ! En 2007, avec le dédain qu'on lui connaît, Didier Reynders, grand vainqueur, rejetait le PS dans l'opposition sous prétexte qu'il avait perdu les élections. Une erreur fatale. Sur le banc de touche, le MR aujourd'hui ! Accusé d'avoir vendu son âme au diable, de pactiser avec l'ennemi (entendez la N-VA), le voilà marqué au fer rouge. On le sait bien, le PS, flanqué du CDH et des Ecolo en perte de vitesse, a tout intérêt à maintenir l'olivier. Question de stratégie. Et puis l'affaire est complexe, comme nous l'expliquons dans ces colonnes cette semaine. Mais une telle radicalisation favorise-t-elle vraiment la défense des intérêts de tous les francophones ? A qui profitent toutes ces palinodies, si ce n'est, in fine, à Bart De Wever ? Le PS ne veut pas gouverner avec le MR, dont acte. Mais pour se dépêtrer du guêpier dans lequel l'olivier s'est enlisé, l'un ou l'autre contact avec les libéraux mettraient-ils vraiment en péril la toute-puissance socialiste ? Oser le dialogue, ce n'est pas pour autant conclure. Et puis, en cas d'échec, voilà une porte qui pourrait être fermée en toute sérénité. Sans accord négocié, pas de réforme de l'Etat. La tâche est ardue, " titanesque ", oui. Et demande du temps. Oui, mais si on pouvait nous épargner, de part et d'autre de la frontière linguistique, les petits jeux politiciens, les clichés, les manipulations, les crisettes et les postures pré-électorales, quel soulagement ! Nous pourrions ainsi croire que désormais on se penche sur l'essentiel, la défense de l'intérêt et du bien-être des citoyens dans la Belgique de demain. Une bien douce illusion ? www.leVIF.BE Apparemment, il y a des offenses indélébiles, même en politique