Celui qui, en 2007, a investi tous ses avoirs dans des actions du Bel 20, l'indice le plus représentatif de la Bourse de Bruxelles, aura perdu plus de la moitié de son capital. Et s'il a eu le malheur de privilégier les actions de nos principales banques, ce sont les neuf dixièmes qui se seront envolés. Tout n'est évidemment pas nécessairement noir : car le petit malin qui aura acheté en mars 2003 (indice 1635) pour revendre en mai 2007 (indice 4696) aura vu son capital gagner à peu près 187 %.
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Celui qui, en 2007, a investi tous ses avoirs dans des actions du Bel 20, l'indice le plus représentatif de la Bourse de Bruxelles, aura perdu plus de la moitié de son capital. Et s'il a eu le malheur de privilégier les actions de nos principales banques, ce sont les neuf dixièmes qui se seront envolés. Tout n'est évidemment pas nécessairement noir : car le petit malin qui aura acheté en mars 2003 (indice 1635) pour revendre en mai 2007 (indice 4696) aura vu son capital gagner à peu près 187 %. De là à considérer la Bourse comme un casino, il n'y a qu'un pas que certains n'hésiteront pas à franchir. Et pourtant, si l'on en croit Bruno Colmant, docteur en économie et président d'Euronext-Bruxelles, " la Bourse a parfaitement rempli sa fonction pendant ces derniers mois de crise. Alors que tous les marchés interbancaires étaient "visqueux'', elle a pu apporter de la liquidité ". Si la Bourse de Bruxelles a bien fonctionné pendant la crise, on peut toutefois se demander quelle est encore sa place dans le contexte de la mondialisation: la Belgique ne pèse plus très lourd et, depuis les fusions intervenues, la place de la Bourse de Bruxelles au sein des grands ensembles est devenue assez symbolique, puisqu'au sein de l'ensemble NYSE-Euronext son chiffre d'affaires représente moins de 0,5 %. Si la Bourse de Bruxelles ne s'était pas associée à d'autres pour former Euronext, d'abord avec Paris et Amsterdam puis avec Lisbonne, elle aurait tout simplement pu disparaître. La fusion subséquente d'Euronext avec le New York Stock Exchange a été plus controversée, notamment chez ceux qui auraient préféré une grande Bourse paneuropéenne, avec la Deutsche Börse, mais n'empêche qu'elle a permis à l'ex-Bourse de Bruxelles d'accéder aux technologies les plus avancées. Comme le rappelle Bruno Colmant, "la Bourse est devenue aujourd'hui en grande partie une entreprise informatique ". Mais quelle est son utilité ? Certains seraient tentés de croire en cette période difficile que, sans la Bourse et tous les spéculateurs qui la fréquentent, il n'y aurait peut-être pas eu de crise, puisque les cours des banques ne se seraient pas effondrés comme ils l'ont fait. Ceux qui pensent cela confondent sans doute la maladie et le thermomètre. Le rôle joué par les fonds spéculatifs (hedge funds) qui ont spéculé à la baisse reste à éclaircir, mais la Bourse elle-même n'y est pour rien. Elle ne fait que refléter le consensus existant sur un prix déterminé entre un certain nombre d'acheteurs et un certain nombre de vendeurs. En réalité, la Bourse joue un rôle essentiel dans une économie de marché. Ce rôle est double : d'une part, il assure à tous les épargnants qui investissent dans du capital à risque qu'ils pourront à tout moment se défaire de leurs actions s'ils ont besoin d'argent ou s'ils perdent confiance dans les sociétés dont ils sont actionnaires et, d'autre part, elle permet de procurer aux entreprises les capitaux dont elles ont besoin. Comment la Bourse de Bruxelles a-t-elle assumé cette double fonction ? Comme déjà dit, la liquidité a toujours été assurée. Quant au financement des entreprises, il s'avère nettement plus difficile en période de crise. Non pas parce que les entreprises n'ont pas besoin de fonds propres, bien au contraire, mais parce que les investisseurs sont plutôt frileux. Vu le cours très bas des actions, les augmentations de capital entraîneraient une telle dilution que les sociétés préfèrent recourir à d'autres formes de financement. Le nombre d'introductions en Bourse a donc radicalement baissé : de 18 IPO (Initial Public Offering) en 2007, on est revenu à 13 en 2008 et 2 seulement pendant les quatre premiers mois de 2009. Le lien entre l'économie belge et Euronext Bruxelles n'est pas toujours très apparent. En effet, les grands ténors présents à l'origine dans le Bel 20 ont presque tous disparu, absorbés par leurs plus gros concurrents étrangers. Sur les 20 actions présentes dans l'indice en 1991, il n'en reste plus que 7 et plusieurs d'entre elles, et non des moindres, ne sont plus contrôlées par les actionnaires de référence belges, notamment Anheuser Bush InBev, Fortis, Suez-GDF et Mobistar. Ces sociétés conservent cependant soit une importante activité en Belgique, soit un important actionnariat belge. Il serait donc exagéré de dire que le Bel 20 n'aurait plus aucun lien avec la Belgique. L'intérêt de conserver un ancrage belge pour le NYSE-Euronext reste manifeste. Cela donne une certaine visibilité aux valeurs qui y sont cotées, et pour les sociétés belges une porte d'entrée sur les marchés d'actions à partir de la capitale de l'Europe leur facilite la tâche sans compter, bien sûr, l'emploi direct ou indirect que cette activité produit. Cet accès à la Bourse est particulièrement important pour les entreprises petites ou moyennes qui auraient sans doute plus de difficultés à s'introduire à Paris, Londres ou New York. Certains segments du marché, à savoir " Alternext " et le Marché libre, leur sont d'ailleurs spécifiquement réservés. Même si leur nombre reste modeste en comparaison avec les candidats possibles (28 cotations sur le marché libre et 8 sur Alternext), il n'est pas inutile que cette possibilité existe. Lorsque la crise approchera de sa fin, les entreprises auront sans doute besoin de capitaux frais pour se refaire une santé. Le marché boursier pourra leur offrir cette opportunité. JACQUES ZEEGERS