Le Vif/L'Express : Dharma, karma, samsara, nirvana... Ces termes, intrinsèques du bouddhisme et largement connus, ne sont pas toujours interprétés correctement. Pouvez-vous rappeler leur signification exacte ?

a Lama Zeupa : Le terme dharma peut être traduit de différentes façons. Dans le contexte qui nous occupe, il signifie l'ordre des choses, les lois qui président à la vie, la vie elle-même, telle qu'elle est. Le karma est le lien de cause à effet, autrement dit l'action. Le Bouddha distingue les actions " bénéfiques ", vertueuses, positives et constructives, et les actions " néfastes ", destructrices et empreintes de méchanceté. Dans chaque action, chaque geste, il y a deux aspects. Le karma " intentionnel " concerne l'intention ou la motivation. Le karma " réalisé " signifie que cette intention a été accomplie. La motivation détermine la teneur positive ou négative du karma, donc de l'action. Quand une personne accom...

a Lama Zeupa : Le terme dharma peut être traduit de différentes façons. Dans le contexte qui nous occupe, il signifie l'ordre des choses, les lois qui président à la vie, la vie elle-même, telle qu'elle est. Le karma est le lien de cause à effet, autrement dit l'action. Le Bouddha distingue les actions " bénéfiques ", vertueuses, positives et constructives, et les actions " néfastes ", destructrices et empreintes de méchanceté. Dans chaque action, chaque geste, il y a deux aspects. Le karma " intentionnel " concerne l'intention ou la motivation. Le karma " réalisé " signifie que cette intention a été accomplie. La motivation détermine la teneur positive ou négative du karma, donc de l'action. Quand une personne accomplit une bonne action, mais son intention n'est pas pure, le karma sera négatif dans sa totalité et entraînera des conséquences néfastes. De même, une action a priori négative peut engendrer un karma positif, si l'intention est positive. Le samsara désigne le cycle des naissances et des morts. C'est comme un cercle qui tourne sans cesse, toujours le même, et où se répètent naissances, maladies, souffrances et morts. L'objectif est de sortir de ce cercle et d'approcher le nirvana, autrement dit l'état de pleine conscience et la libération. La méditation permet d'y parvenir. Elle exige beaucoup de patience, de pratique, de courage et de confiance en soi. Si on manque de confiance en soi, cela ne marchera pas. Mais au fur et à mesure de la pratique, la méditation devient de plus en plus spontanée et on arrive à l'état de pleine conscience plus facilement. La pleine conscience n'est pas une pensée. C'est le moment présent où l'on se dit : " Je suis ici et maintenant, pleinement ", sans se préoccuper du passé et du futur. Quand je suis en pleine conscience, je suis dans le moment présent, relax et détendu. a La compassion consiste à se demander comment on va aider les autres, les soulager de leurs souffrances. Il ne suffit pas de vouloir, il faut le ressentir vraiment et pour cela il faut être en pleine conscience. L'amour, en revanche, est une condition extérieure. Je veux que tout le monde soit heureux. On ne peut pas être heureux tout seul, par soi-même et pour soi-même. La personne qui vous rend heureux fait partie des conditions extérieures. C'est comme la météo. S'il fait beau, on est heureux, mais ça dépend d'une condition extérieure. Il y a d'autres niveaux du bonheur où les conditions extérieures n'interviennent pas. Ils demandent de la pratique, de la sagesse et de la tolérance. A partir de là, on peut créer son bonheur intérieur. a On ne peut pas apprendre la méditation par soi-même ou par le biais d'un livre. La méditation n'est pas une théorie. C'est une expérience que l'on vit. On a besoin d'un guide qui vous accompagne dans cette expérience, qui corrige votre posture, votre respiration et répond à toutes les questions qui surgissent. Certains pointent un malentendu qui touche au rôle du moi. Tandis que les bouddhistes tendent à réaliser l'inexistence ou l'oubli de soi, les Occidentaux aspirent à l'accomplissement de soi, à l'assertivité, autrement dit à la capacité d'affirmation de soi. a Il y a deux sortes d'ego : le " sain " ou bénéfique et le " malsain " ou néfaste. Le premier comprend la bonté, la compassion, la confiance en soi. Le second engendre l'avidité, l'aversion, la jalousie, l'orgueil et l'ignorance. C'est par l'effacement de l'ego malsain dans le sens du narcissisme exacerbé (nous nous croyons le centre du monde), que l'être humain pourra sortir de son obscurcissement mental. Tout en préservant sa personnalité et son identité.B.W.