Dans cet imposant arbre généalogique, on trouve Etienne Constantin, président de la commission qui rédigea la Constitution belge. Mais, avec ses explorateurs, la branche de Gerlache de Gomery y occupe une place un peu à part. Et pour cause !
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Dans cet imposant arbre généalogique, on trouve Etienne Constantin, président de la commission qui rédigea la Constitution belge. Mais, avec ses explorateurs, la branche de Gerlache de Gomery y occupe une place un peu à part. Et pour cause ! Nous sommes en 1883. Rompant avec les carrières traditionnellement choisies dans sa famille, le jeune Adrien décide de s'engager dans la marine. A l'époque, certaines zones du globe restent inexplorées. Sa passion de la mer et de l'aventure vont le pousser à organiser - il n'a alors que 30 ans - la première expédition scientifique en Antarctique. Adrien, à force d'opiniâtreté, récolte les fonds nécessaires et constitue une équipe internationale de scientifiques. En août 1897, ils embarquent, à Anvers, à bord de la Belgica, un baleinier norvégien transformé en bateau d'exploration. Nul ne sait quand ils reviendront. Après plusieurs semaines de collecte scientifique, alors que certains veulent faire demi-tour pour mettre leurs trouvailles en lieu sûr, Adrien décide de poursuivre l'exploration. Mais, le 2 mars 1898, la coque de la Belgica devient complètement prisonnière des glaces. Un premier hivernage en Antarctique débute pour cette poignée d'hommes qui ignorent jusqu'où descendra le mercure. Le 21 juillet 1898, jour de fête nationale, le soleil réapparaît enfin, mettant un terme à une nuit polaire qui aura coûté la vie à l'explorateur Emile Danco. En janvier 1899, la Belgica est toujours immobilisée. Les membres de l'équipage saisissent scies et pioches et se relaient, inlassablement, pour creuser un chenal qui finira par les mener à la mer libre. Le 5 novembre, la foule acclame en héros les explorateurs enfin de retour à Anvers. Adrien décède à Bruxelles en 1934. Son fils Gaston a 14 ans. Il choisit de faire carrière dans l'aviation. Lorsqu'il apprend que 1957 sera l'Année géophysique internationale, Gaston décide de prendre le relais de son père. Il met sur pied une expédition en Antarctique afin de créer une base sur le continent, la base Roi Baudouin, où se déroulera le deuxième hivernage belge en Antarctique. L'aviateur y hissera le drapeau de la Belgica. " C'était un symbole très important. A ce moment, j'ai vraiment senti la main de mon père sur mon épaule ", confia-t-il à son petit-fils Henri, lors d'une conversation filmée quelques semaines avant son décès, en juillet 2006. " Depuis l'enfance, j'ai été baigné de photos de l'Antarctique, remarque Henri, cinéaste passionné de documentaires. J'ai voulu retracer l'histoire de mon grand-père et celle de son père Adrien. Les longues conversations que j'ai tenues avec Gaston pour L'Antarctique enhéritage sont, à mes yeux, une sorte de testament oral. Il était d'autant plus important de parvenir ensuite à l'aboutissement de ce film " (1). Après son père Bernard, qui a effectué une mission de ravitaillement d'une base américaine en Antarctique au cours de son service militaire, Henri a lui aussi parcouru le chemin menant jusqu'au Continent blanc. " En 1997, à l'occasion du centenaire de l'expédition de la Belgica, on m'a proposé d'accompagner un groupe gagnant la cime du mont Vinson, point culminant de l'Antarctique. " Il en a tiré son premier film et le début d'une série de documentaires consacrés aux sommets de chaque continent. Le virus de l'aventure est-il héréditaire ? " On m'a collé à tort l'étiquette de " réalisateur de l'extrême ", rétorque Henri. La preuve : mon prochain film est dédié au peintre René Magritte. " (1) Le documentaire sera présenté en avril et en mai 2009 par Exploration du Monde.E.S.