Plus de soixante ans après la guerre, le nazisme, ses pompes et ses " £uvres " suscitent une inflation éditoriale et télévisuelle. Un essai, un roman ou un documentaire sur Adolf Hitler, sa paranoïa, sa maîtresse ou ses derniers jours dans son bunker à Berlin tient la promesse de gros tirages ou de fortes audiences. Et que dire si le sujet est assaisonné d'une pincée d'ésotérisme à la mode Da Vinci Code ? L'abondance d'ouvrages et de sites Internet plus ou moins scientifiques, New Age, voire nauséabonds consacrés au mysticisme nazi reflète l'intérêt du public pour ce thème sulfureux. On y assure souvent que le Führer portait un vif intérêt à l'occultisme, ce qui mérite d'être nuancé.
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Plus de soixante ans après la guerre, le nazisme, ses pompes et ses " £uvres " suscitent une inflation éditoriale et télévisuelle. Un essai, un roman ou un documentaire sur Adolf Hitler, sa paranoïa, sa maîtresse ou ses derniers jours dans son bunker à Berlin tient la promesse de gros tirages ou de fortes audiences. Et que dire si le sujet est assaisonné d'une pincée d'ésotérisme à la mode Da Vinci Code ? L'abondance d'ouvrages et de sites Internet plus ou moins scientifiques, New Age, voire nauséabonds consacrés au mysticisme nazi reflète l'intérêt du public pour ce thème sulfureux. On y assure souvent que le Führer portait un vif intérêt à l'occultisme, ce qui mérite d'être nuancé. " Dans sa jeunesse, Hitler a, semble-t-il, quelque peu adhéré aux doctrines, très en vogue en Allemagne et en Autriche, qui mêlaient pangermanisme, aryanisme et ésotérisme, indique Alain Colignon, historien au Ceges, le Centre d'études et de documentation Guerre et sociétés contemporaines. Ce n'est pas un hasard s'il a choisi comme emblème de son parti la croix gammée, ou svastika, symbole archaïque indo-européen. Toutefois, devenu Führer du Reich, il a fait surveiller et interdire des sociétés secrètes non conformes à l'idéal national-socialiste. Il s'est aussi moqué des élucubrations occultistes d'Heinrich Himmler, maître absolu de la SS, et a tourné en ridicule les doctrines sur les civilisations cachées, la terre creuse et le monde glacé. Avant de sombrer dans ses délires mégalomaniaques, il tenait en effet à garder sous contrôle les plus excités des dirigeants du IIIe Reich, obnubilés par leurs théories raciales. "Himmler était fasciné par les mythes indo-germaniques et nordiques. Il s'est considéré comme le successeur spirituel et même comme la réincarnation d'Henri Ier l'Oiseleur, duc de Saxe et roi de Germanie au xe siècle. Il a mis au point les rites SS en l'honneur de ce souverain vainqueur des Slaves, des Danois et des Magyars. Sous l'influence de son mentor, le mage Karl Maria Willigut, Himmler a fait renaître de ses cendres le Wewelsburg, un château abandonné qui allait devenir le temple de la SS. La pointe nord de l'édifice marquerait la direction de la Thulé mythique, terre natale supposée des Aryens. Et la forme triangulaire du château symboliserait la " lance du destin ", ou " lance de Longinus ", qui, selon la légende, a transpercé le flanc droit du Christ et détiendrait des pouvoirs occultes. Centre de réunions initiatiques, le sanctuaire était divisé en cellules, qui servaient de salles d'étude et de méditation. Evoquées lors du procès de Nuremberg, en 1945-1946, les relations du IIIe Reich avec l'occultisme et la magie noire n'ont pas été retenues par les juges. Elles permettent pourtant de comprendre certaines thèses prônées par les nazis et les actions de plusieurs dirigeants du régime. La Société de Thulé, fondée à Munich en 1918, a été la pépinière des futurs chefs du mouvement puis du régime nazi. Le salut de Thulé, " Heil und Sieg " (Salut et victoire) sera repris par Hitler, qui le transformera en " Sieg Heil ". Les doctrines ésotériques et païennes ont séduit et influencé Heinrich Himmler, mais aussi Alfred Rosenberg, " philosophe " officiel du nazisme, et Rudolf Hess, inspirateur de Mein Kampf, " livre saint " des nazis, et dauphin du Führer, avant sa fuite en Ecosse, en 1941. Selon ces théories, des lieux mythiques comme l'Ultima Thulé et l'Hyperborée, dans le Grand Nord, ou encore Agartha et Shamballah, sous l'Himalaya, auraient été les foyers de la société originelle des surhommes. Des expéditions " scientifiques " allemandes ont été envoyées au Tibet, au Népal, en Grèce, en Finlande, en Antarctique... à la recherche de la légendaire nation aryenne. Le chef de la mission au Tibet, Ernst Schäfer, et son anthropologue, Bruno Berger, y ont réalisé des moulages de visages et des mesures de crânes et de nez. D'autres expéditions nazies ont tenté de retrouver des objets mythiques censés conférer la puissance ou des pouvoirs spéciaux à leurs détenteurs : le Graal, la Sainte-Lance, le trésor des Cathares... " Les études et fouilles archéologiques menées à grands frais par l'Ahnenerbe, organisme rattaché à l'Ordre noir des SS, n'ont jamais abouti, note l'historien Alain Colignon. Et les missions envoyées jusqu'aux confins du Tibet ont été, bien entendu, des échecs complets. " l (1) Editions Berg International. O. R.