Ils naissent au milieu des champs de blé et jamais ils ne l'oublient : les jeunes agriculteurs sont, dans leur immense majorité, fils et filles de fermiers. Leur métier est d'abord une passion. Ils n'imaginent pas de faire autre chose et l'argent n'est pas leur motivation première. Surtout par les temps qui courent, alors que le prix du litre de lait est en chute libre. " Je reçois aujourd'hui, pour 40 000 litres de lait, la même somme que pour les 19 000 litres de lait que je produisais en mai 2008, résume Yvan, un agriculteur de 23 ans installé non loin de Verviers. Nous vendons...

Ils naissent au milieu des champs de blé et jamais ils ne l'oublient : les jeunes agriculteurs sont, dans leur immense majorité, fils et filles de fermiers. Leur métier est d'abord une passion. Ils n'imaginent pas de faire autre chose et l'argent n'est pas leur motivation première. Surtout par les temps qui courent, alors que le prix du litre de lait est en chute libre. " Je reçois aujourd'hui, pour 40 000 litres de lait, la même somme que pour les 19 000 litres de lait que je produisais en mai 2008, résume Yvan, un agriculteur de 23 ans installé non loin de Verviers. Nous vendons le litre à 19 cents alors qu'il nous coûte presque 25 cents. Quand je me lève le matin, je sais que c'est pour perdre de l'argent. "Les temps sont durs pour les jeunes agriculteurs, touchés de plein fouet par la crise du lait, des céréales et des matières premières, en plus de la maladie de la langue bleue ou de la fièvre porcine qui ont décimé leurs troupeaux. Nombre d'entre eux ne sont pas en mesure d'honorer leurs factures. " Les jeunes qui reprennent une ferme doivent forcément s'endetter. En moyenne, l'investissement tourne autour de 500 000 euros pour les bâtiments, le cheptel, les terres, le matériel. Auparavant, les marchés du lait et des céréales étaient relativement stables. Aujourd'hui, ces prix jouent au yo-yo ", explique Grégory Etienne, secrétaire général de la Fédération des jeunes agriculteurs (FJA). Ces conditions de travail périlleuses expliquent en partie la diminution du nombre de candidats. " Les agriculteurs s'octroient rarement un salaire : ils prennent ce qui reste à la fin du mois ", indique Grégory Etienne. Ceux qui sont mariés - il y a beaucoup de célibataires dans le secteur - ont généralement une épouse qui travaille à l'extérieur. Pour arrondir leurs fins de mois, certains se lancent en plus dans le tourisme à la ferme ou dans la vente directe de produits agricoles. La Région wallonne compte aujourd'hui quelque 16 000 exploitations agricoles. Si leur taille augmente, leur nombre diminue : sur dix qui ferment leurs portes, trois seulement seront reprises, le plus souvent par un membre de la famille, de moins de 30 ans. Pendant quelques années, les deux générations travaillent ensemble, avant que la plus âgée ne cède le relais. Généralement intéressés par l'agriculture dès l'adolescence, les jeunes se forment dans cette perspective dès l'école secondaire. " Depuis quelques années, les parents fermiers encouragent leurs enfants à suivre des études d'un niveau plus élevé en agriculture ou dans d'autres matières ", détaille Grégory Etienne. D'ailleurs, le niveau de formation des jeunes agriculteurs augmente. Tant mieux : leur métier leur impose de plus en plus un suivi rigoureux de leur affaire sur le plan financier et administratif. Cet apprentissage leur évitera peut-être aussi de tomber dans le dangereux repli sur soi, si tentant quand la terre est ingrate... LAURENCE VAN RUYMBEKE