La scène se déroule le 13 septembre, au Centre interdiocésain, à Bruxelles. Face aux objectifs des photographes et à une forêt de caméras de télévision, trois " célébrants ", André Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, Guy Harpigny, évêque de Tournai, et Johan Bonny, évêque d'Anvers achèvent leur " grand-messe " consacrée aux suites réservées par l'Eglise au rapport Adriaenssens sur les abus sexuels commis par des prêtres et des religieux. Dans la salle, deux prêtres journalistes commentent la laborieuse prestation des évêques. " Je ne reconnais pas Léonard, souffle l'un d'eux. On l'a connu meilleur communicateur, plus pugnace face aux médias. "
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La scène se déroule le 13 septembre, au Centre interdiocésain, à Bruxelles. Face aux objectifs des photographes et à une forêt de caméras de télévision, trois " célébrants ", André Léonard, archevêque de Malines-Bruxelles, Guy Harpigny, évêque de Tournai, et Johan Bonny, évêque d'Anvers achèvent leur " grand-messe " consacrée aux suites réservées par l'Eglise au rapport Adriaenssens sur les abus sexuels commis par des prêtres et des religieux. Dans la salle, deux prêtres journalistes commentent la laborieuse prestation des évêques. " Je ne reconnais pas Léonard, souffle l'un d'eux. On l'a connu meilleur communicateur, plus pugnace face aux médias. "Son collègue juge, lui aussi, l'exercice de communication désastreux : " Pas un mot de pardon, pas de sanctions pour les abuseurs identifiés, pas de reconnaissance de la responsabilité de l'Eglise dans les crimes commis... Même le mot "crime'' n'a pas été prononcé. En revanche, l'archevêque a dit que les récits des victimes l'avaient fait "frissonner''. Quel mot étrange ! Le rapport Adriaenssens n'est pas un roman policier, tout de même ! "Comment expliquer tant de maladresses et de froideur de la part de la hiérarchie catholique ? Le scandale pédophile, dont l'ampleur a redoublé depuis la publication d'une centaine de témoignages de victimes, a laissé les évêques K.-O. debout. L'épiscopat commence seulement à prendre la mesure de l'émotion qui a gagné l'opinion et du climat d'hostilité qui entoure l'Eglise. Monté seul au front au lendemain de la conférence de presse ratée, Mgr Harpigny, référendaire de l'épiscopat pour les affaires d'abus sexuel commis par des clercs, a tenté de redresser la barre : oui, la communication de l'Eglise est mal passée, surtout sur le fond ; oui, les évêques se sont abstenus de reconnaître la responsabilité morale de l'Eglise, car ils veulent éviter d'ouvrir le champ à des indemnisations massives ; oui, " je demande pardon, mais je n'étais pas en charge à ce moment-là "... Cette courbe rentrante a conduit Harpigny à contredire Léonard sur deux points au moins : l'évêque de Tournai s'est démarqué de l'archevêque qui ne voyait pas en quoi le scandale actuel révèle un " dysfonctionnement " au sein de l'Eglise et n'envisageait que la voie de la " réconciliation " pour les 91 clercs abuseurs encore en vie identifiés par la commission Adriaenssens. Harpigny, lui, se dit prêt à demander à chaque évêque d'entamer un procès canonique à leur encontre. Ses propos n'ont pas manqué de susciter des remous au sein de l'épiscopat. Mgr Bonny, homme très réservé, a estimé que l'Eglise " reconnaît déjà largement ses fautes " et laisse entendre que " la sensibilité flamande n'est pas portée vers les grands mots ". En fait, deux hommes ont " plombé " la communication épiscopale à la veille du rendez-vous avec la presse : le pédopsychiatre Peter Adriaenssens et l'ex-évêque pédophile de Bruges Roger Vangheluwe. Le premier recommande à l'Eglise de prendre de nombreux contacts et précautions avant de mettre sur pied la structure appelée à succéder à sa défunte commission. Dès lors, les évêques ont renoncé à la dernière minute à livrer aux médias les contours du " Centre pour la reconnaissance, la guérison et la réconciliation ". Quatre experts seront désignés sous peu, chargés de tisser un " réseau de collaboration ", de rédiger les statuts du futur centre et d'examiner comment seront traitées les questions de nature financière. Le centre, s'il se crée - il fait déjà l'objet d'un tir de barrage des partis francophones -, ne verra pas le jour avant 2011. Le sort de l'ancien évêque pédophile de Bruges est également une grosse épine dans le pied des prélats. Dans un communiqué diffusé au lendemain de la publication du rapport Adriaenssens, Vangheluwe s'est contenté de répéter ses " excuses " et ses " regrets " d'avoir abusé sexuellement de son neveu pendant treize ans. Le jésuite Tommy Scholtès, directeur de l'agence de presse Cathobel, s'est dit " déçu qu'il ne perde pas son état clérical ". Seul geste : son départ de l'abbaye Saint-Sixte, à WestVleteren, où il résidait librement depuis sa démission. Mgr Harpigny dit souhaiter qu'il soit jugé et Mgr Léonard a évoqué l'éventualité d'une sanction vaticane. Par ailleurs, l'ampleur prise par le scandale pédophile belge et la gestion de ce dossier par l'épiscopat mécontenteraient le Saint-Siège, selon certaines sources. L'étoile de Mgr Léonard aurait pâli. Au point de le priver d'une éventuelle élévation au cardinalat, fin novembre ? OLIVIER ROGEAU