Le représentant de la Région flamande au sein de la CANPAN défend bec et ongles les intérêts des entreprises, rejetant comme sans objet les arguments de la sûreté de l'Etat ou du Service publique fédéral Affaires étrangères sur d'éventuels risques de prolifération. La politique de Kris Peeters, qui est non seulement ministre-président du gouvernement flamand mais aussi ministre de la politique étrangère, est à cet égard d'un parfait classicisme belge. Dans le même temps, au niveau fédéral, la CANPAN ne s'en tient pas à l'approche belge classiq...

Le représentant de la Région flamande au sein de la CANPAN défend bec et ongles les intérêts des entreprises, rejetant comme sans objet les arguments de la sûreté de l'Etat ou du Service publique fédéral Affaires étrangères sur d'éventuels risques de prolifération. La politique de Kris Peeters, qui est non seulement ministre-président du gouvernement flamand mais aussi ministre de la politique étrangère, est à cet égard d'un parfait classicisme belge. Dans le même temps, au niveau fédéral, la CANPAN ne s'en tient pas à l'approche belge classique et privilégie la sécurité internationale au détriment des intérêts commerciaux de quelques entreprises belges. Quelle politique étrangère la Flandre devrait-elle mener ? Comment gérer les tensions entre les intérêts des entreprises flamandes et la sécurité internationale ? Autant de questions cruciales dont les répercussions ne sont pas négligeables sur les plans intérieur et extérieur. Il y aurait là matière à un magnifique débat au parlement flamand. Je reviens un instant sur le Vlaams Vredeinstituut. Ses experts creusent de plus en plus profondément divers dossiers et mettent au jour des éléments qui dérangent, ni plus ni moins, une partie de l'establishment flamand. Je cite encore deux exemples tirés d'un rapport du Vlaamse Vredeinstituut de décembre 2011. Celui-ci affirme que dans trois cas sur quatre, l'administration flamande, dans les dossiers examinés, ne sait pas qui est l'utilisateur final des armes ou des pièces d'armes exportées. Il arrive que les armes belges aboutissent dans des régions en guerre comme l'Afghanistan et la Libye, ou même qu'elles soient utilisées pour réprimer durement des mouvements authentiquement démocratiques. Ainsi, début 2011, la garde nationale saoudienne a prêté main-forte à la répression du printemps arabe à Bahreïn. Ces événements ont été très violents. Les véhicules militaires qui ont servi pendant ces opérations ont été assemblés en Flandre. Ils ont été exportés vers la Grande-Bretagne pour y être équipés de matériel blindé, avant de prendre la direction de l'Arabie saoudite. Le gouvernement flamand n'a pas réagi à ce rapport. Le second exemple est tout aussi douloureux. L'entreprise flamande Barco coopère avec une entreprise israélienne de défense, Elbit Systems, pour concevoir un nouveau simulateur de vol. Une première version a été présentée fin 2010. La presse a parlé de "l'outil de formation ultime pour le pilotage des chasseurs de combat". Le Vlaams Vredeinstituut a consacré des pages entières à ce dossier. Il semble que certaines entreprises flamandes gagnent de l'argent grâce aux installations nucléaires iraniennes pendant que d'autres vendent les produits qui permettent de détruire ces installations. "