Une réforme de l'Etat ? Des chiffres et des lettres, a coutume de dire l'écologiste Marcel Cheron. En plongeant leurs mains dans le cambouis de la loi de financement, les négociateurs des sept partis réunis autour de la table ont méchamment tâté le volet " chiffres ". Rébarbative, d'une technicité inouïe et, selon l'opinion dominante, très mal troussée, la loi de financement définit rien moins que toute l'architecture financière de la Belgique. Conçue en 1988 par Dehaene, remaniée en 2001 sous Verhofstadt, elle organise la solidarité entre régions riches et régions pauvres. Et constitue, à ce titre, l'un des socles de l'Etat fédéral. Les partis flamands - ou plutôt deux d'entre eux : N-VA et CD&V - voulaient l'abroger. Purement et simplement. Repartir d'une page blanche. D'une certaine manière, ils ont obtenu gain de cause. La loi de financement sera réécrite. Mais, en vertu d'un vieux principe inhérent au compromis à la belge, l'accord engrangé le 24 août ...

Une réforme de l'Etat ? Des chiffres et des lettres, a coutume de dire l'écologiste Marcel Cheron. En plongeant leurs mains dans le cambouis de la loi de financement, les négociateurs des sept partis réunis autour de la table ont méchamment tâté le volet " chiffres ". Rébarbative, d'une technicité inouïe et, selon l'opinion dominante, très mal troussée, la loi de financement définit rien moins que toute l'architecture financière de la Belgique. Conçue en 1988 par Dehaene, remaniée en 2001 sous Verhofstadt, elle organise la solidarité entre régions riches et régions pauvres. Et constitue, à ce titre, l'un des socles de l'Etat fédéral. Les partis flamands - ou plutôt deux d'entre eux : N-VA et CD&V - voulaient l'abroger. Purement et simplement. Repartir d'une page blanche. D'une certaine manière, ils ont obtenu gain de cause. La loi de financement sera réécrite. Mais, en vertu d'un vieux principe inhérent au compromis à la belge, l'accord engrangé le 24 août autorise chaque camp à se déclarer vainqueur. Les néerlandophones disposent à présent d'une marge de man£uvre pour accroître leur autonomie (fiscale). Les francophones ont obtenu de leur côté des verrous, des garanties, afin d'empêcher la destruction des mécanismes de solidarité au sein de l'Etat fédéral. Voici donc un (pré)accord conclu sur la loi de financement, dossier miné par excellence. Une conquête appréciable pour le (pré)formateur Elio Di Rupo. Un signe. Celui d'une commune bonne volonté. " C'est la première fois que Bart dit oui ", s'enthousiasmait-on, le 24 août, au siège d'un parti francophone. Où l'on décelait dans cet accord la " preuve " que la N-VA souhaite bel et bien arriver à un compromis, et ne veut pas endosser la responsabilité d'un échec des négociations. Après la loi de financement, place au casse-tête Bruxelles-Hal-Vilvorde. Un morceau consistant. De quoi permettre aux négociateurs de déguster le volet " lettres " de la réforme de l'Etat. Car, avec BHV, on touche au symbolique, presque au sacré. Droit du sol contre droit des gens. Le dossier condense tous les différends qui opposent néerlandophones et francophones depuis la fixation du tracé de la frontière linguistique en 1962-1963. Depuis l'entrée en piste de l'informateur Bart De Wever, puis du préformateur Elio Di Rupo, le problème BHV n'a jamais été réellement dégrossi. Ce n'est que le 24 août que les sept présidents de parti (N-VA, PS, SP.A, CD&V, CDH, Ecolo, Groen !) en ont discuté pour la première fois en séance plénière. Résultat : les discussions se sont soldées par un " clash ", certains francophones considérant comme " honteuses " les propositions flamandes. Mais la messe n'est pas dite. Et les négociations ont, depuis lors, repris. Aucun de ces deux écueils (loi de financement, BHV) n'a fait sombrer le frêle esquif De Wever-Di Rupo, qui vogue de Charybde en Scylla depuis les élections du 13 juin. C'est une victoire en soi. Le président du PS et son collègue de la N-VA rament. Mais ne coulent pas. L'alternative, du reste, n'existe pas. En temps " normal " (mais cela fait un petit temps, déjà, que la Belgique ne fonctionne plus tout à fait de façon normale), la succession de blocages, l'impossibilité d'entamer rapidement la phase de formation du gouvernement pourraient amener l'un ou l'autre acteur à pousser une majorité de rechange. Mais la volonté unanime de tous les partis flamands, qui refusent de gouverner sans la N-VA, empêche pour l'instant de tester toute autre combinaison. Rappeler les libéraux, francophones ou néerlandophones, n'est donc pas à l'ordre du jour. Cela dit, les sujets de crispation restent nombreux. L'un des derniers en date : N-VA et CD&V ont déposé sur la table de nouvelles demandes de régionalisations, concernant des matières qui ne se trouvent pas dans le périmètre tracé par Elio Di Rupo, et à propos duquel existait pourtant un accord entre les sept partis en présence. Quelles compétences ? Mystère. " Certaines ne font pas de difficulté, d'autres posent problème ", se contente-t-on de commenter dans les rangs socialistes. Mais les avancées, elles aussi, sont réelles. Pour preuve, le quotidien flamand De Standaard a consacré sa couverture à la présidente du CDH. Le titre : " Comment Joëlle Milquet devient Madame Oui. " Une révolution ? " On pouvait s'y attendre, indique Jean-Benoît Pilet, politologue à l'ULB. Depuis quelques semaines, Joëlle Milquet affirme que les négociateurs francophones sont en train de sauver la Belgique. Le même discours qu'il y a trois ans. Mais, en 2007, c'était pour soutenir la logique du non. Désormais, c'est pour défendre celle du oui. " Une rupture psychologique qui découle, essentiellement, de la victoire électorale de la N-VA. Un traumatisme qui n'a pas fini de faire sentir ses effets. FRANçOIS BRABANT ET THIERRY DENOëLrupture : la logique du oui a succédé à celle du non