Anne-Claire Coudray, au 20 heures de TF1, fin décembre dernier, a porté une robe moulante qui laissait deviner ses mamelons. Scandale. La pression fut telle que la journaliste a été contrainte à s'excuser publiquement : " C'était une question de matière de robe et j'en suis vraiment désolée, espérant que les gens n'ont pas été choqués. "
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Anne-Claire Coudray, au 20 heures de TF1, fin décembre dernier, a porté une robe moulante qui laissait deviner ses mamelons. Scandale. La pression fut telle que la journaliste a été contrainte à s'excuser publiquement : " C'était une question de matière de robe et j'en suis vraiment désolée, espérant que les gens n'ont pas été choqués. " L'année précédente, Anne-Marie Revol, présentatrice de Télé Matin sur France 2, est apparue à l'écran avec son décolleté flouté. Elle se serait autocensurée au montage pour éviter les ennuis. Il est vrai qu'en France, l'exemple vient d'en haut. Jean-François Copé (le président de l'UMP) est en pleine croisade contre un livre pour enfants, Tous à poils, qui présente de façon humoristique la question de la nudité aux plus jeunes. Il a dit : " Quand j'ai vu ça, mon sang n'a fait qu'un tour. " Qu'elle est loin l'époque où la France passait pour un pays progressiste ! Le retour du puritanisme prend une ampleur planétaire. Dans sa forme la plus extrême dans la plupart des pays musulmans. Mais il a aussi largement contaminé les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux, y compris la Belgique. Une émission télévisée flamande montre Elio Di Rupo qui change de chemise en été : on voit son dos dénudé pendant trois secondes. Horreur ! " C'est le summum de l'indécence pour moi ", s'exclame une chroniqueuse qui paraît plutôt d'opinion laïque. On peut critiquer une certaine " mise en scène " de la politique mais voir un bout de peau de dos nu, est-ce vraiment le summum de l'indécence ? Il ne faut pas confondre pudeur et pudibonderie. Les parents doivent respecter la pudeur de leurs adolescents en les laissant seuls dans la salle de bains ou en frappant à la porte de leur chambre et je trouve normal de ne pas entrer dans une église, un temple, une synagogue ou une mosquée en Bikini. C'est une question de respect. Mais les néo-conservateurs religieux et laïques traquent désormais partout les centimètres de peau dénudée à coup d'arguments soi-disant rationnels. Ainsi - comme du temps de Freud où l'on justifiait l'interdiction de la masturbation par des arguments médicaux - voilà que l'on raconte que le monokini provoquerait des cancers du sein. C'est évidemment une légende. Car même pour le mélanome, il n'est pas scientifiquement prouvé (en l'absence de coups de soleils répétitifs) qu'il soit dangereux de se promener ou de nager les seins nus. Les pudibonds de tous poils font aussi l'amalgame entre nudité et hypersexualité. Or, un corps dénudé n'est pas, en soi, une incitation à la débauche sexuelle. Les vestiaires mixtes de certains saunas de pays scandinaves (où hommes et femmes circulent nus) ne sont pas des lieux d'orgies débridées. Il y règne le plus grand respect pour l'autre. A contrario, certains pays du Golfe où la mixité et la nudité sont sévèrement prohibées, sont les plus grands consommateurs du monde de pornographie. Et les domestiques immigrées dans ces contrées y sont régulièrement violées en toute impunité. C'est la pudibonderie qui génère frustration et violence, pas la vision d'un mamelon, d'une jupe courte ou d'un dos nu. N'oublions pas qu'après les Années folles, aux moeurs plus libres et aux robes portées sans soutien-gorge, ont suivi les années dominées par un célèbre pudibond nommé Adolf Hitler. Le puritanisme est à combattre sans faiblesse, car il est un des premiers symptômes d'une maladie qui se nomme fascisme. Mais rien ne vous oblige à penser comme moi... RÉAGISSEZ SUR LEVIF.BE/OPINIONS Retrouvez la chronique de Thierry Fiorilli le lundi à 7 h 20 sur Bel-RTL Matin. par Pascal de Sutter Psychologue politique.