La silhouette légèrement voûtée, la crinière blanchie rejetée à l'arrière du crâne, il est assis, seul, sur l'unique banquette de l'exposition qui lui est consacrée. Face à Charles Szymkowicz, un mur d'images, celles de ses peintures, ou mieux, des fragments de sa vie. La vie au sens propre comme au figuré, avec, par exemple, ce tableau de 1973, Le Monde - L'Oppression, où se côtoient Picasso et Soljenitsyne, la bombe atomique, des barreaux de prison et ce grand visage, hurlant. C'est une vaste fresque des totalitarismes et de ceux qui leur ont résisté et dont il fait assurément partie. A Mons, ce polyptyque initial est surmonté d'un alignem...

La silhouette légèrement voûtée, la crinière blanchie rejetée à l'arrière du crâne, il est assis, seul, sur l'unique banquette de l'exposition qui lui est consacrée. Face à Charles Szymkowicz, un mur d'images, celles de ses peintures, ou mieux, des fragments de sa vie. La vie au sens propre comme au figuré, avec, par exemple, ce tableau de 1973, Le Monde - L'Oppression, où se côtoient Picasso et Soljenitsyne, la bombe atomique, des barreaux de prison et ce grand visage, hurlant. C'est une vaste fresque des totalitarismes et de ceux qui leur ont résisté et dont il fait assurément partie. A Mons, ce polyptyque initial est surmonté d'un alignement d'une dizaine de portraits. On y reconnaît les Allemands Max Beckmann, Emil Nolde, Otto Dix, George Grosz, l'Autrichien Oskar Kokoschka, le Russe Soutine, soit les peintres dont il revendique la filiation, mais surtout les représentants de ce que les nazis appelaient l'art dégénéré. Descendant d'une famille juive polonaise qui a fui très tôt la répression pour s'établir en Belgique en 1930, Szymkowicz fait partie de cette génération qui a vécu et enregistré le témoignage de ses parents, garante non seulement d'un devoir de mémoire mais aussi de transmission. Celui qui est né en 1948 à Charleroi n'est jamais allé que deux fois en Pologne, dont récemment, en pèlerinage sur la tombe de ses grands-parents. Il en a ramené une peinture, moins torturée que beaucoup d'autres de ses oeuvres, mais non moins émouvante. Szymkowicz est un peintre de la couleur. Les quelques tableaux noirs qui parsèment cette exposition prennent par conséquent une dimension particulière, dans tous les sens du terme, comme ce monumental dessin à l'encre de Chine, Rosalie, qui déroule sa verticalité sur près de six mètres. De verticalité, il en est aussi question tout au long de cette exposition à la scénographie époustouflante. Les toiles y montent à l'assaut de tous les murs possibles et disponibles de la salle Saint-Georges, faisant tourbillonner la tête du spectateur au même titre que bouillonne le cerveau d'un artiste boulimique et intrépide, chroniqueur exemplaire des multiples références de sa vie, à l'instar même d'un Picasso. Virtuosité de la touche, virtuosité du mouvement, virtuosité des couleurs, épaisseur de la pâte : il est un peintre jusqu'au bout des ongles avec ses obsessions, ses amitiés, ses fidélités, ses découvertes : ici un autoportrait en souffrance, là Léo Ferré, Sarah sa fille, ou encore Amy Winehouse. L'icône pop côtoie Marlene Dietrich et Frida Kahlo, mais aussi Andy Warhol et Marilyn Monroe. C'est dire que Szymkowicz a peint le xxe siècle, celui de son histoire, de ses passions, de ses combats. Affable et cultivé, aussi sensible que susceptible, l'homme est un combattant suscitant bon nombre de polémiques, endossant parfois malgré lui le costume de l'artiste maudit, au regard de certaines institutions et d'une partie du public. Il leur rend bien, auteur de textes incendiaires comme on n'en fait plus, et qui parsèment la compacte publication qui accompagne une exposition dont le visiteur ne sort pas indemne. Charles Szymkowicz, La Peinture dans la gueule : salle Saint-Georges, à Mons, jusqu'au 15 octobre prochain. www.polemuseal.mons.be Par Bernard Marcelis