Les musulmans de Belgique ressentent une profonde injustice: leur religion n'est pas traitée comme les autres religions reconnues. Trois ans après la mise sur pied de l'Exécutif des musulmans de Belgique, en 1999, la subsidiation des mosquées demeure toujours au point mort. Certains leaders de la communauté musulmane imputent ce retard au gouvernement et attisent le mécontentement de leurs ouailles. Or l'"instruction" des candidatures déposées par 129 mosquées relève directement de l'Exécutif. Cinquante-cinq dossiers étaient théoriquement bouclés et une première salve de reconnaissances aurait pu avoir lieu le 1er janvier 2002. Mais, vu le mécontentement des responsables des lieux de culte recalés, l'Exécutif n'a pas obtenu l'assentiment de tous ses membres pour avancer. Le ministre de la Justice, Marc Verwilghen (VLD, dont relèvent les cultes, impose trois conditions à la reconnaissance d'une mosquée: elle doit attirer un nombre suffisant de fidèles (à partir de quoi seront établis le grade et la rémunération des imans), elle ne doit pas se livrer à de l'activisme politique et, enfin, elle ne p...

Les musulmans de Belgique ressentent une profonde injustice: leur religion n'est pas traitée comme les autres religions reconnues. Trois ans après la mise sur pied de l'Exécutif des musulmans de Belgique, en 1999, la subsidiation des mosquées demeure toujours au point mort. Certains leaders de la communauté musulmane imputent ce retard au gouvernement et attisent le mécontentement de leurs ouailles. Or l'"instruction" des candidatures déposées par 129 mosquées relève directement de l'Exécutif. Cinquante-cinq dossiers étaient théoriquement bouclés et une première salve de reconnaissances aurait pu avoir lieu le 1er janvier 2002. Mais, vu le mécontentement des responsables des lieux de culte recalés, l'Exécutif n'a pas obtenu l'assentiment de tous ses membres pour avancer. Le ministre de la Justice, Marc Verwilghen (VLD, dont relèvent les cultes, impose trois conditions à la reconnaissance d'une mosquée: elle doit attirer un nombre suffisant de fidèles (à partir de quoi seront établis le grade et la rémunération des imans), elle ne doit pas se livrer à de l'activisme politique et, enfin, elle ne peut entretenir de liens organiques avec des pouvoirs étrangers: par exemple, des fondations religieuses (le Habou marocain, la Dyanet turque ou, encore, la Rabita saoudienne) auxquelles certaines mosquées doivent revenir en cas de dissolution. Il suffirait, pour lever l'obstacle, que les mosquées en balance s'abstiennent d'abriter des réunions politiques ou modifient la clause de leurs statuts qui les rattache à un pays étranger.Mais les dissensions au sein du petit monde de l'islam institutionnel n'autorisent aucune avancée sérieuse, hormis dans le secteur de l'enseignement et dans celui de l'aide sociale (aumôniers de prison). Ainsi, les membres de l'Exécutif des musulmans de Belgique ont reçu récemment une lettre recommandée de l'avocat Georges-Henri Beauthier, agissant pour le compte de l'assemblée générale des musulmans de Belgique. Celui-ci leur demande, ni plus ni moins, de se retirer, sous peine de "possibles conséquences financières". Pour mémoire, l'assemblée générale est constituée de personnes désignées (51) par les musulmans, lors des élections tenues dans la communauté en décembre 1998, ou cooptées (17). Selon les déclarations publiques de Johan Leman, directeur du Centre pour l'égalité des chances, ou de Jacques Simonet (PRL), bourgmestre d'Anderlecht, confirmées par des sources informelles, plus de la moitié de ses membres étaient considérés comme professant des opinions islamistes ou ayant des fréquentations de cette nature, incompatibles avec les normes généralement admises dans un pays démocratique. En 1999, l'Etat a, donc, décidé de ne traiter qu'avec les 16 membres de l'Exécutif, issus de l'assemblée générale certes, mais ayant réussi l'épreuve du contrôle de la Sûreté de l'Etat ( screening). Cette position n'a jamais été acceptée par les membres les plus remuants de l'assemblée générale, frustrés de leur victoire. En janvier 2001, une tentative de "putsch", ponctuée de menaces et de pressions indignes, a tenté d'obtenir la démission de cet Exécutif, pourtant nommé par arrêté royal et censé n'être renouvelé (partiellement) qu'au bout de cinq ans, aux termes de la note approuvée en Conseil des ministres et signée de la main du précédent président de l'Exécutif, Didier Beyens. Sur les 56 membres de l'assemblée générale, 41 se sont exprimés contre le maintien de l'Exécutif. Marc Verwilghen a, cependant, maintenu sa confiance aux membres de l'Exécutif en place, refusant de reconnaître l'Exécutif-bis. Mais l'assemblée - ou plutôt un petit groupe d'individus - ne désarme pas. Dans le courrier du 17 décembre adressé aux membres de l'"organe chef de culte musulman", Me Beauthier n'y va pas par quatre chemins: "Pour éviter tous nouveaux atermoiements préjudiciables, je vous demande de bien vouloir me faire savoir, par retour du courrier, que vous avez personnellement accepté les conséquences du vote, à savoir la mise en place de ce nouvel Exécutif élu en date du 27 janvier 2001. (...). (Ma cliente) se résoudra à mettre en cause, le cas échéant par voie de justice, votre responsabilité individuelle à l'égard de tout acte qui a été ou qui sera posé en votre qualité de membre de cet Exécutif. Je vous rappelle que celui-ci ne dispose en tant que tel d'aucune personnalité juridique. Ma cliente voudrait cependant éviter cette procédure qui, immanquablement, rejaillira négativement sur toute la communauté musulmane. C'est également dans ce contexte que je me vois contraint de vous mettre en demeure (...) de ne plus poser aucun acte en votre qualité de membre de cet Exécutif démissionnaire." Dans sa lettre, l'avocat bruxellois rappelle aussi que les membres de l'assemblée générale ( NDLR: présidée par Mohamed Boulif) ont demandé un entretien avec le ministre de la Justice pour obtenir que "le gouvernement belge reconnaisse le nouvel Exécutif, issu des urnes le 27 janvier dernier". Nordin Maloujahmoum, président de l'Exécutif officiel - mais qui se dit déçu du travail effectué par celui-ci -, s'associe, non sans ambiguïté, à la demande d'une "rencontre de médiation". De toute façon, la question de l'éviction des membres actuels de l'Exécutif n'est pas vraiment à l'ordre du jour. Au cabinet de la Justice, on laisse entendre que, en vertu du contrat initial passé avec les musulmans, le renouvellement partiel de l'Exécutif n'interviendra qu'en 2003. En attendant, l'instance actuelle reste la seule reconnue. Elle pourrait reprendre, vaille que vaille, ses activités. Pour le plus grand profit, on l'espère, de la communauté musulmane. Marie-Cécile Royen