Rosemonde Mandeville n'a pas attendu le 11 septembre pour s'intéresser à l'anthrax. Il y a six ans, ce docteur en microbiologie médicale a créé Biophage (1), une entreprise de biotechnologie qui effectue des recherches sur le Bacillus anthracis, responsable de la maladie du charbon. Or cette société vient de découvrir que deux médicaments créés pour d'autres maladies pourraient s'avérer efficaces dans la prévention de l'anthrax.
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Rosemonde Mandeville n'a pas attendu le 11 septembre pour s'intéresser à l'anthrax. Il y a six ans, ce docteur en microbiologie médicale a créé Biophage (1), une entreprise de biotechnologie qui effectue des recherches sur le Bacillus anthracis, responsable de la maladie du charbon. Or cette société vient de découvrir que deux médicaments créés pour d'autres maladies pourraient s'avérer efficaces dans la prévention de l'anthrax. C'est le ministère canadien de la Défense qui, en 1995, a confié à Biophage cette mission : non pas inventer un nouveau produit, mais le dénicher parmi les "immuno-modulateurs" (IM) déjà existants ou en développement. Ceux-ci permettent en effet de "prévenir la maladie en renforçant les défenses naturelles de l'organisme, alors que les antibiotiques sont utilisés pour traiter les symptômes, précise le Dr Mandeville. Notre but n'est pas de remplacer ce qui existe déjà mais d'apporter un complément". D'autant que le vaccin utilisé par les armées américaine et canadienne n'est pas disponible à grande échelle et pourrait occasionner des effets secondaires qui ont été associés au syndrome de la guerre du Golfe. Parmi les 400 IM répertoriés par Biophage, deux seraient susceptibles d'être utilisés. Le premier a été créé par un laboratoire américain dans les années 50 pour traiter le cancer, le second est en phase de recherche clinique avancée, également aux Etats-Unis. Biophage les a testés sur des souris infectées au préalable : "Actuellement, à faible dose, nous obtenons une protection de 45 %, indique le Dr Mandeville. Notre objectif est d'atteindre 100 %, mais nous pensons d'ores et déjà que trois doses reçues une semaine avant l'exposition pourraient protéger à 75 %." Ce médicament sera-t-il réservé aux populations à risques, comme l'armée ? "C'est ce qui était prévu au départ, répond la présidente de Biophage. Nous espérons pouvoir élargir son utilisation au plus grand nombre, mais nous devons encore faire des recherches pour trouver le dosage et la formulation optimaux." A ce jour les travaux ont coûté environ 66 millions de francs (environ 1,6 million d'euros) couverts pour moitié par l'entreprise et par le gouvernement canadien. L'entreprise a déposé une demande de brevet pour ces deux médicaments testés.(1) Biophage fera son entrée en Bourse le 30 novembre au Canadian Venture Exchange (CDNX), sous l'appellation BUG.Isabelle Grégoire