"Jusqu'il y a quelques années, la durée des crédits hypothécaires était en moyenne de 17 ans. Depuis quelque temps toutefois, la tendance est de voir cette durée moyenne augmenter pour, aujourd'hui, largement dépasser les 20 ans ", explique-t-on chez ING. Ce phénomène s'explique par une raison technique fort simple : la capacité de remboursement mensuel des emprunteurs, de facto limitée à une quotité de leurs revenus disponibles. Bref, à remboursement mensuel égal, et à défaut de pouvoir mettre plus d'argent personnel sur la table, il n'y aurait plus d'a...

"Jusqu'il y a quelques années, la durée des crédits hypothécaires était en moyenne de 17 ans. Depuis quelque temps toutefois, la tendance est de voir cette durée moyenne augmenter pour, aujourd'hui, largement dépasser les 20 ans ", explique-t-on chez ING. Ce phénomène s'explique par une raison technique fort simple : la capacité de remboursement mensuel des emprunteurs, de facto limitée à une quotité de leurs revenus disponibles. Bref, à remboursement mensuel égal, et à défaut de pouvoir mettre plus d'argent personnel sur la table, il n'y aurait plus d'autre possibilité aujourd'hui de se porter acquéreur d'un bien immobilier qu'en allongeant la durée de remboursement des emprunts. Aussi, pour répondre à une telle demande qui irait croissant, surtout si les taux d'intérêt venaient à remonter, d'aucuns envisagent de modifier la loi hypothécaire et d'allonger la durée maximale de validité des hypothèques, celle-ci passant de 30 à 50 ans. L'idée même d'amener la population - particulièrement les jeunes ménages - à devoir se mettre la corde au cou pour une durée aussi longue a poussé le Syndicat national des propriétaires (SNP) à sortir du bois. " Cette idée, couchée dans une proposition de loi déposée par l'ancien ministre Marc Verwilghen (Open VLD), est complètement irresponsable, tonne Olivier de Clippele, ancien président du SNP et notaire de son état. Pour se convaincre du côté pervers de l'augmentation de la durée des prêts hypothécaires, il n'y a pourtant qu'à se pencher sur la récente expérience espagnole. Entre 2003 et 2007, la durée moyenne des crédits hypothécaires y a augmenté de 10 ans. Si, dans un premier temps, cette mesure a sensiblement augmenté la capacité d'emprunts des ménages, l'accroissement de la demande qui s'en est suivie a fort logiquement entraîné une hausse très rapide des prix de l'immobilier, suivie ensuite de la "bulle". Cette "bulle" a finalement éclaté en 2008, poussant des centaines de milliers de ménages espagnols dans la spirale du surendettement, écartant par ailleurs les personnes de plus de 50 ans de toute perspective d'achat à crédit d'un immeuble et, enfin, plongeant les entreprises de la construction dans une crise profonde. "Allonger la durée des crédits hypothécaires ferait certainement le bonheur du secteur financier : la rente qu'il tirera des intérêts s'en trouverait forcément - et largement - accrue. Idem au niveau des revenus engrangés grâce aux primes d'assurance-décès de type " solde restant dû ". Chez ING, on assure cependant ne pas trop croire à cette formule, en raison des difficultés rencontrées à titriser des créances aussi longues. Un obstacle qui ne semble en tout cas pas tracasser les Suisses qui, fréquemment, s'endettent sur l'espace de deux générations pour acquérir un immeuble... JEAN-MARC DAMRY