L'homme est plutôt un sanguin. Alors, quand il parcourt le Guide Michelin, sorti début février et consacré à la Route Napoléon en Wallonie, et qu'il ne découvre pratiquement aucune référence à sa commune de Braine-l'Alleud, son sang ne fait qu'un tour. Un sérieux coup de canif qui ternit une nouvelle fois ses plans visant à faire sortir Braine-l'Alleud de l'ombre du voisin waterlootois. Alors que la lumière paraît déjà si lointaine...
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L'homme est plutôt un sanguin. Alors, quand il parcourt le Guide Michelin, sorti début février et consacré à la Route Napoléon en Wallonie, et qu'il ne découvre pratiquement aucune référence à sa commune de Braine-l'Alleud, son sang ne fait qu'un tour. Un sérieux coup de canif qui ternit une nouvelle fois ses plans visant à faire sortir Braine-l'Alleud de l'ombre du voisin waterlootois. Alors que la lumière paraît déjà si lointaine... Qu'on apprécie ou non son travail, Vincent Scourneau, bourgmestre libéral de Braine-l'Alleud depuis quatorze ans, a sérieusement repensé sa cité ces dernières années. Les principales idées sont lancées, il ne reste qu'à les appliquer dans la prochaine décennie. Histoire de ne pas s'ennuyer sans doute, il s'est trouvé un nouveau cheval de bataille : inscrire Braine-l'Alleud sur la carte du monde. Pas une mince affaire. Et cela passe par un renversement de notoriété avec la voisine et rivale Waterloo. Une quête devenue, au fil du temps, une véritable obsession. Vincent Scourneau vit difficilement le fait que la butte du Lion, le Mémorial ou le Panorama, autant de monuments emblématiques liés à la bataille de juin 1815, sont situés sur le territoire de sa commune mais que celle-ci n'en perçoit pratiquement aucune retombée économique. Hôtels, restaurants, bars : tous les visiteurs mettent le cap sur le centre de Waterloo, suivant les recommandations de leur guide de voyage. Reste que le combat s'annonce ardu, sinon perdu d'avance. " Sur les deux à trois mille livres qui ont été écrits sur la bataille de Waterloo, aucun ne fait vraiment référence à Braine-l'Alleud, explique un fin connaisseur de l'histoire napoléonienne. Scourneau peut donc danser sur sa tête, il n'arrivera pas à imposer le nom de sa commune. Sur le plan international, tout le monde mentionne Waterloo et personne Braine-l'Alleud. " Tout comme sur le plan belge. Et pourtant, ce n'est peut-être pas un combat d'arrière-garde. Il serait même plutôt précurseur... Car Vincent Scourneau a en réalité une idée derrière la tête : rassembler les symboles forts liés à la bataille pour faire de sa commune la porte d'entrée touristique de la Wallonie. Un lieu emblématique du patrimoine wallon. Pourquoi ? Suivez bien ce scénario échafaudé sur la base de l'évolution institutionnelle présumée du pays... et quelque peu tiré par les cheveux. D'ici cinq, dix, vingt ans, Vincent Scourneau estime que la Région bruxelloise cherchera à s'agrandir pour élargir son assiette fiscale. Selon certains experts, quelques riches communes situées en périphérie (Waterloo, Rhode-Saint-Genèse, Braine-l'Alleud, Grimbergen, Linkebeek, etc.) sont concernées et pourraient être absorbées par cette refonte du paysage belge. C'est là que l'idée de rassembler les symboles forts prend tout son sens : s'il parvient à faire de Braine-l'Alleud le porte-drapeau de la défaite de Napoléon (avec butte, Mémorial et autre Panorama sous le bras), il lui paraît difficilement envisageable que la Wallonie laisse sa " porte d'entrée touristique " rallier le giron bruxellois. " Je suis convaincu que nous allons, dans un futur plus ou moins proche, vers une nouvelle fusion des communes et un élargissement de Bruxelles, résume Vincent Scourneau. Et il n'est pas question que Braine-l'Alleud, ville à la campagne, tombe dans l'escarcelle de la Région bruxelloise. D'où ce besoin d'avoir des symboles forts liés à l'histoire de la Wallonie. Mes récentes sorties ne sont donc pas liées à Waterloo mais à cet enjeu-là. " Ajoutons qu'il va devoir à présent multiplier les initiatives et références napoléoniennes pour promouvoir sa commune et renforcer ce lien historique : navettes hautes en couleur depuis la gare de Braine-l'Alleud, sculptures sur les ronds-points, animations diverses... Rien n'est aujourd'hui déployé en ce sens.Si le combat s'annonce rude pour faire évoluer la perception géographique de la bataille sur les plans international et national, il bénéficie en revanche d'un boulevard au niveau local. A Waterloo, après avoir bataillé pendant de nombreuses années pour le développement du site, Serge Kubla ne veut plus s'embarrasser de telles considérations. Son bras droit, l'échevin Yves Vander Cruysen, mémoire vivante de l'histoire napoléonienne et ancien directeur de l'ASBL Bataille de Waterloo 1815, a été éjecté récemment. Alors que Florence Reuter, successeur présumé de Kubla, n'y porte guère d'intérêt. Il en est de même pour la bourgmestre de Lasne, Laurence Rotthier, ou pour le maïeur de Genappe, Gérard Couronné, deux communes situées dans le périmètre du champ de bataille. Une situation qui laisse à Vincent Scourneau les coudées franches. Reste à voir si c'est à ce niveau local que se joueront les batailles les plus épiques... Par Xavier Attout