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Si nos enfants seront en droit de reprocher aux deux gouvernements Verhofstadt et, donc, à leur ministre des Finances d'avoir relâché la discipline budgétaire et de ne pas avoir procédé aux réformes structurelles nécessaires pour faire face aux défis du changement technologique, de la globalisation, du vieillissement démographique et du réchauffement climatique, il faut saluer l'homme politique qui, dans le dossier Fortis, a osé prendre son électorat naturel à rebrousse-poil. Qu'il ose rappeler que le rôle de l'Etat dans une économie de marché n'est pas d'offrir une assurance aux actionnaires, qu'il mette à l'avant-plan les considérations d'emploi, de protection des épargnants et de " soutenabilité " fina...

Si nos enfants seront en droit de reprocher aux deux gouvernements Verhofstadt et, donc, à leur ministre des Finances d'avoir relâché la discipline budgétaire et de ne pas avoir procédé aux réformes structurelles nécessaires pour faire face aux défis du changement technologique, de la globalisation, du vieillissement démographique et du réchauffement climatique, il faut saluer l'homme politique qui, dans le dossier Fortis, a osé prendre son électorat naturel à rebrousse-poil. Qu'il ose rappeler que le rôle de l'Etat dans une économie de marché n'est pas d'offrir une assurance aux actionnaires, qu'il mette à l'avant-plan les considérations d'emploi, de protection des épargnants et de " soutenabilité " financière des engagements pris par l'Etat et, au-delà, qu'il réaffirme la primauté de l'intérêt général, est à mettre à son crédit. De plus, cela l'honore de ne pas revenir sur la parole donnée, fût-ce dans la panique, en ne cédant pas à la tentation de voir annulé un accord dans lequel ce qui est reçu, à savoir des actions BNP Paribas, a perdu 60 % de sa valeur depuis le moment de la négociation. La critique qu'il essuie est ambiguë. Elle part du fait qu'il aurait fait ce qu'il n'était pas en droit de faire, en clair nationaliser Fortis, mais, comme sans l'Etat Fortis ne serait plus, cette critique tient de facto à ce qu'il a mal fait ce qu'il s'est permis de faire, à en juger par les conditions d'autres sauvetages de banques, à l'étranger ou même en Belgique avec Dexia et KBC. Une telle position revient à nier le droit à l'erreur, ce qui ne facilite pas la reconnaissance de celle-ci par l'intéressé, et à ignorer les circonstances dans lesquelles les décisions incriminées ont été prises. A l'actif de Didier Reynders, il faut mettre le fait que, contrairement à ses prédécesseurs, il n'a plus augmenté les impôts. Mais, malgré les effets d'annonce, il ne les a pas diminués non plus : les prélèvements obligatoires représentent toujours plus de 46 % du PIB et la Belgique est toujours un des trois pays les plus taxés au monde. Au passif, il faut mettre l'abandon des principes. Après la taxation des plus-values sur certaines sicav et l'élargissement de la base d'imposition des plus-values sur actions comme revenus divers, la voie est tracée pour la taxation prochaine de toutes les plus-values sur titres. L'administration toute-puissante obtient, de manière récurrente, que, lorsqu'elle perd un procès, la loi est aussitôt modifiée. Pis, il paraît devenir habituel de modifier les lois fiscales avec effet rétroactif ! Et le statut du contribuable face à l'Etat n'a jamais été aussi précaire. Au mépris de la vie privée, on exige la transparence du citoyen envers l'Etat, alors que c'est l'inverse qui devrait prévaloir. On amorce une " documentation patrimoniale ", prélude à un cadastre des fortunes, tandis que le secret bancaire, de plus en plus restreint en Belgique, n'est plus défendu sur le plan international. Les titres au porteur sont supprimés et les délais d'imposition, allongés. La charte du contribuable votée en 1986 pour défendre les citoyens face aux excès de l'administration est presque devenue lettre morte. Et le ministre ne fait rien pour empêcher les abus d'un petit nombre de fonctionnaires qui constituent un " Etat dans l'Etat ". Des nouveaux textes rendent de plus en plus souvent les dirigeants de sociétés solidaires d'impôts dus par leurs entreprises ; jamais le métier d'entrepreneur n'a été aussi pénalisé et aussi dangereux. étienne de Callataÿ, Chief Economist à la Banque Degroof; Thierry Afschrift, professeur ordinaire à