Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il annoncé le doublement des forces chargées de contrôler les frontières françaises?
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Pourquoi Emmanuel Macron a-t-il annoncé le doublement des forces chargées de contrôler les frontières françaises? C'est un geste symbolique destiné à rassurer la population, à lui montrer que le gouvernement prend des mesures concrètes immédiates pour répondre à la menace terroriste après les attaques perpétrées ces dernières semaines en France. Je vois aussi dans ce discours une mise en scène politique destinée à réaffirmer la souveraineté de l'Etat. Sur le fond, un renforcement des effectifs aux frontières a peu de chances d'atteindre l'objectif principal de la mesure, qui est d'empêcher l'immigration irrégulière. La plupart des personnes en séjour illégal en Europe y sont arrivées de façon régulière. Les contrôles renforcés déplacent les flux migratoires, accroissent les dangers pour les migrants et favorisent le business des passeurs. "Nous devons réformer l'espace Schengen pour qu'il soit aussi un espace de sécurité", a déclaré le président français à l'issue du minisommet de l'Elysée du 10 novembre. Vous comprenez sa volonté de "refonder" les règles qui régissent la libre circulation en Europe? Ces déclarations ne tiennent pas la route. L'essence de Schengen, c'est déjà la coopération entre ministres de l'Intérieur sur des mesures sécuritaires. Depuis plusieurs années, la pression migratoire et les attentats ont conduit à renforcer les moyens juridiques, techniques et opérationnels, grâce aux fichiers d'information et bases de données. Les effectifs de Frontex doivent passer de 2 000 à 10 000 agents d'ici à 2027. Pourquoi les Etats membres de l'espace Schengen tardent-ils à mettre en oeuvre les engagements acceptés en 2019 sur le corps européen de garde-frontières? Les frontières sont, pour les Etats, un emblème de souveraineté. C'est ainsi qu'il est difficile pour l'Italie de permettre la présence de gardes frontières étrangers à Lampedusa, l'île où arrivent beaucoup de migrants. Ce serait reconnaître que le pays n'a plus le contrôle de ses propres frontières. La présence de Frontex serait acceptable si elle permet de réduire le nombre des demandeurs d'asile. Le gouvernement italien pourrait alors faire comprendre à la population qu'il y a des avantages au partage du fardeau.