Lorsque, au creux du mois d'août 2013, Mike Tyson décide subitement de convoquer la presse au casino de Verona, près de New York, les journalistes se doutent qu'il va y avoir du sport. Et, comme toujours avec cette légende de la boxe américaine, le spectacle est au rendez-vous. " L'alcool et la drogue sont en train de me tuer ", déclare sobrement l'ancien champion face à une assistance K.-O. debout. Un aveu qui fait pour le moins désordre, trois mois tout juste avant la sortie planétaire, le 21 novembre aux Etats-Unis et le 25 en Europe, de l'autobiographie d'" Iron Mike ". Surtout quand les éditeurs du monde entier viennent de payer des milliers de dollars - voire, parfois, des centaines de milliers - pour un livre intitulé La ...

Lorsque, au creux du mois d'août 2013, Mike Tyson décide subitement de convoquer la presse au casino de Verona, près de New York, les journalistes se doutent qu'il va y avoir du sport. Et, comme toujours avec cette légende de la boxe américaine, le spectacle est au rendez-vous. " L'alcool et la drogue sont en train de me tuer ", déclare sobrement l'ancien champion face à une assistance K.-O. debout. Un aveu qui fait pour le moins désordre, trois mois tout juste avant la sortie planétaire, le 21 novembre aux Etats-Unis et le 25 en Europe, de l'autobiographie d'" Iron Mike ". Surtout quand les éditeurs du monde entier viennent de payer des milliers de dollars - voire, parfois, des centaines de milliers - pour un livre intitulé La Vérité et rien d'autre (Les Arènes). Une autobiographie censée - pas de chance ! - incarner la rédemption exemplaire du bad boy des rings. Alors qu'il aurait pu se retrouver en fâcheuse posture face à la presse, l'ancien champion réussit pourtant à retourner l'adversaire. Et quitte la salle sous les ovations émues de journalistes d'ordinaire plus coriaces. Une victoire de plus à l'actif de celui qui, au cours de sa carrière, n'a concédé que huit défaites. Pourquoi Tyson s'est-il résolu à cet aveu surprise, risquant ainsi de ruiner la crédibilité - donc les ventes - d'un livre qui pourrait lui rapporter des millions de dollars ? Plusieurs hypothèses sont envisageables. La première est celle de la sincérité, où l'ex-boxeur en mal de rédemption se serait senti obligé de tenir la promesse de son livre, à savoir dire la vérité d'une vie qui n'a cessé d'osciller entre déchéance et gloire, entre abîmes et sommets. La seconde hypothèse est celle du cynisme. A court d'argent, en mal de reconnaissance, l'ancienne star des rings aurait, dans un grand show à l'américaine, cherché, avec cette autobiographie arrangée (inspirée d'un spectacle mis en scène par Spike Lee et incarné par Tyson lui-même), à jouer les repentis pour émouvoir son monde et relancer ses affaires. Or, après un certain nombre d'esclandres récents dus à ses excès d'alcool et de cocaïne, Tyson savait que le mythe du bon garçon rangé des voitures ne tiendrait pas la route bien longtemps. Et risquait de faire capoter les ventes du livre. Mieux valait donc miser la carte de l'aveu, seule capable d'émouvoir le public. La vérité se situe sans doute quelque part entre sincérité et duplicité, comme souvent avec ce fils des bas-fonds de l'Amérique qui, depuis sa naissance dans un quartier déshérité de Brooklyn, n'a jamais cessé de se battre contre les autres, mais aussi et surtout contre lui-même. Né en 1966 d'un père qu'il n'a jamais vu, puis élevé au milieu des prostituées par " une mère qui aimait la bouteille plus que son fils ", Mike s'émancipe rapidement. Cambrioleur expérimenté à 8 ans, trafiquant habitué des commissariats à 12, plus jeune champion du monde poids lourds à 20, emprisonné pour viol à 25, puis sanctionné, une fois libéré, pour avoir arraché avec les dents l'oreille droite d'un de ses adversaires (" avec un peu de sauce piquante, ça aurait eu meilleur goût ! ", lâche-t-il en guise d'excuse), ce cogneur écorché vif qui a perdu sa fille de 4 ans, décédée accidentellement, n'a ensuite, malgré les partouzes, les overdoses, les divorces et les faillites, cessé de chercher à retailler sa ligne de chance. Ou plutôt sa ligne de survie. Avec Tyson plus qu'avec quiconque, toute tentative d'explication semble vouée à l'échec, tout jugement, vain. Et seul le parcours, parfois écoeurant, souvent émouvant, toujours fascinant, compte. Une vie digne d'un film de Scorsese, comme le montrent les meilleurs extraits de ce livre coup de poing. Par Olivier Le Naire