Quiconque s'est déjà immergé dans l'oeuvre de l'immense auteur de Sukkwan Island, Aquarium ou Un poisson sur la lune sait pertinemment que la lecture d'un roman de l' Américain s'apparente à un voyage inédit et remuant dans les tréfonds de l' âme. A chacun de ses ouvrages, David Vann a le chic pour que ses plongées en eaux sombres, et tourmentées, continuent de hanter la lectrice ou le lecteur une fois le livre refermé. Le très autobiographique Komodo (1), son septième opus publié en français, ne déroge pas à la règle. Jugez plutôt! C'est dans le décor paradisiaque de cette île d'Indonésie où l'on peut nager au milieu des requins et d'énormes tortues de mer que Roy invite sa soeur Tracy et sa maman à une semaine de plongée. Premières vacances depuis cinq ans pour la frangine peu soutenue par son mari et au bout du rouleau depuis la naissance de ses jumeaux. Une Tracy remontée comme jamais contre son frère récemment divorcé. A la mère d'assister (quasi) impuissante à ce duel qui va atteindre un degré de violence i...

Quiconque s'est déjà immergé dans l'oeuvre de l'immense auteur de Sukkwan Island, Aquarium ou Un poisson sur la lune sait pertinemment que la lecture d'un roman de l' Américain s'apparente à un voyage inédit et remuant dans les tréfonds de l' âme. A chacun de ses ouvrages, David Vann a le chic pour que ses plongées en eaux sombres, et tourmentées, continuent de hanter la lectrice ou le lecteur une fois le livre refermé. Le très autobiographique Komodo (1), son septième opus publié en français, ne déroge pas à la règle. Jugez plutôt! C'est dans le décor paradisiaque de cette île d'Indonésie où l'on peut nager au milieu des requins et d'énormes tortues de mer que Roy invite sa soeur Tracy et sa maman à une semaine de plongée. Premières vacances depuis cinq ans pour la frangine peu soutenue par son mari et au bout du rouleau depuis la naissance de ses jumeaux. Une Tracy remontée comme jamais contre son frère récemment divorcé. A la mère d'assister (quasi) impuissante à ce duel qui va atteindre un degré de violence insoupçonné et insoupçonnable. "Tous mes livres s'apparentent à des combats intérieurs", explique un affable et détendu David Vann, rencontré à Paris, et surtout heureux comme tout de retrouver l'Hexagone (lire l'encadré) à la veille d'une tournée promotionnelle, la première depuis dix-huit mois, qui l'emmènera au festival Quais du polar à Lyon et dans une kyrielle de librairies indépendantes françaises. "J'écris des tragédies. Des tragédies grecques d'aujourd'hui. J'aime toujours bien quand des personnages issus d'une même famille finissent par se détruire et se faire beaucoup de mal alors que ce n'est pas du tout le projet initial et l'histoire de ma famille, en faisant fi du suicide de mon père, est une pure tragédie. Ma soeur a toujours été quelqu'un de cool et de généreux. Elle m'en veut à mort d'avoir divorcé et ajouté au fait d'être délaissée par son mari et de devoir gérer ses jumeaux, elle est devenue agressive. Aujourd'hui, les garçons ont 9 ans, le comportement de son mari a changé positivement et elle est un peu comme ces alcooliques qui s' excusent sans cesse auprès des personnes qu'ils blessent. Sa vie est tragique comme celle de ma mère, qui est en fin de vie, et qui a assisté impuissante au virage de sa fille d'une générosité sans pareille vers une colère noire." Comme le personnage de Roy, David Vann est parti en Indonésie effectuer un stage de plongée parce qu'il était asséché créativement. "J'étais perdu. Je ne pouvais plus écrire et je n'avais plus des masses d'argent après mon divorce." Pour 50 dollars par jour, il nage tous les jours dans l'aquarium en plein air de Komodo, est logé, nourri et apprécie la solitude et une discipline ascétique avec un lever à 5 heures du matin. Et David Vann l' écrivain d'être sans pitié avec Roy, son double littéraire. "Mon agent m'a suggéré quelques changements afin de pondérer mon châtiment parce que dans le premier jet du roman, je me punissais encore plus. Je vois aujourd'hui tout cela comme une chance de m' être autorisé à me critiquer de la sorte parce que je me suis déçu. J'ai divorcé après avoir trompé ma femme alors que j'avais été fidèle pendant quinze ans et c'est comme si j'avais perdu ma dignité. Mais écrire Komodo m'a apporté la sérénité." Au fil d'une conversation ponctuée d'énormes fous rires - David Vann, 55 ans en octobre prochain, est extrêmement fin et drôle -, on en vient à se demander si l'intensité qui se dégage de ses romans suffocants et chargés émotionnellement ne vient pas de sa structure narrative. "Je suis attaché à la forme de la novela. La traduction la plus appropriée est le roman court ; entre le roman traditionnel et la nouvelle. Désolations mis à part, tous mes autres livres sont des novelas. Mes romans se déroulent d'ailleurs sur une période assez courte de quatre ou cinq jours ou même deux, si je me réfère à Goat Moutain, et une poignée de personnages et puis c'est tout!" Juste avant de prendre congé, on lui demande toutefois si sa soeur a lu Komodo. "Il n'est sorti qu'en français et c'est vraiment une chance parce que je serais dans l'obligation de lui cacher sa publication", ajoute-t-il dans un tonitruant éclat de rire...