C'est un angle mort de la pensée libérale depuis son émergence : un libéral est égalitaire par principe. Son égalitarisme est intrinsèque en ce sens que, pour lui, rien ne peut justifier une discrimination fondée sur la naissance ni sur l'origine ni sur le genre. En revanche, les inégalités consécutives à des choix lui sont, elles, non seulement admises en principe, mais souvent souhaitables en pratique. Ainsi, une dame qui choisit de porter un voile islamique peut-elle légitimement être discriminée sur le marché de l'emploi public. Et ainsi, surtout, se voient légitimées les inégalités de revenus et de patrimoine, dès lors qu'elles consacrent des d...

C'est un angle mort de la pensée libérale depuis son émergence : un libéral est égalitaire par principe. Son égalitarisme est intrinsèque en ce sens que, pour lui, rien ne peut justifier une discrimination fondée sur la naissance ni sur l'origine ni sur le genre. En revanche, les inégalités consécutives à des choix lui sont, elles, non seulement admises en principe, mais souvent souhaitables en pratique. Ainsi, une dame qui choisit de porter un voile islamique peut-elle légitimement être discriminée sur le marché de l'emploi public. Et ainsi, surtout, se voient légitimées les inégalités de revenus et de patrimoine, dès lors qu'elles consacrent des différences de talent, d'ambition ou de courage entre individus. Voilà pour les principes universels du libéralisme. La pratique réformatrice, en Belgique, en Wallonie et à Bruxelles, en découle logiquement : tout à sa volonté de libérer les producteurs de richesse et tout à la valorisation de son bilan socio-économique, le MR loue la vigueur des créations de jobs, jobs, jobs induites par des mesures libérales de dérégulation de l'économie. " Il faut faire le choix de l'entreprise, de l'indépendant, de la croissance. C'est un changement de paradigme en Wallonie ", disait, il y a quelques semaines, le ministre-président wallon, Willy Borsus, à nos confrères du Soir. Ce choix, disent les libéraux, est bénéfique aux plus faibles revenus, puisqu'un salaire les rémunère généralement mieux qu'une allocation, et aux comptes publics, puisqu'un salaire leur rapporte généralement plus qu'une allocation. Mais si les conséquences de ce choix sont positives pour tous, ses effets sont plus importants pour quelques-uns. Car ce que ne disent pas les libéraux en campagne, c'est que ce choix est aussi et surtout bénéfique aux plus hauts revenus et aux plus hauts patrimoines, puisque ces politiques publiques, en libérant le monde des entreprises, accroissent les moyens de ceux qui les possèdent. Ce qui profite directement aux entreprises ne profite donc qu'indirectement aux petits salaires. Donc, globalement, les revenus des plus gros croissent plus vite que les revenus des plus petits, et la part des revenus du capital dans le revenu national augmente aux dépens de celle des salaires. Ces choix réformateurs, s'ils permettent alors de diminuer la pauvreté absolue - le pouvoir d'achat des plus modestes, c'est un fait, a légèrement augmenté ces dernières années -, ne diminue pas la pauvreté relative, soit l'écart entre les plus riches et les plus pauvres. Il est stable en Belgique lorsqu'on le mesure avec le coefficient de Gini, mais grâce à (ou à cause de) dispositifs que les réformateurs ne portent guère dans leur coeur. C'est pourquoi le MR préfère, lorsqu'il y est forcé, plutôt discuter de pauvreté que d'inégalités, et toujours avec la même réponse : jobs, jobs, jobs. On lui parle avenir de la sécurité sociale, le MR répond l'emploi. On lui parle pauvreté, le MR répond l'emploi. On lui parle inégalités, le MR répond l'emploi. Quand quelqu'un répond à toutes les questions de la même manière, c'est qu'il cache quelque chose, à soi-même ou aux autres. Quand on cache quelque chose aux autres, on est en campagne. Quand on se le cache, on refoule un tabou. Le tabou du MR, ce sont les inégalités économiques.