Montréal, ses gratte-ciel, son fleuve immense - le Saint-Laurent - et son vieux port... Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Lorsque l'explorateur français Jacques Cartier, envoyé par le roi François Ier, y débarque pour la première fois, au milieu du XVIe siècle, Hochelaga n'est qu'un village amérindien niché près d'un "mont royal". En verve, la guide de la Pointe-à-Callière, le musée archéologique et d'Histoire de Montréal, livre des bouts d'histoire: "Un siècle plus tard environ, Paul de Chomedey de Maisonneuve fonde, à cet endroit, une petite mission d'évangélisation. Le gentilhomme français n'évoque toutefois pas, quant à lui, de peuplement d'Iroquois sur l'île de Montréal. Sédentaires, ces Amérindiens à l'organisation matrilinéaire n'y étaient sans doute pas établis à demeure. Mais ils devaient s'y rendre l'été pour pêcher."
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Montréal, ses gratte-ciel, son fleuve immense - le Saint-Laurent - et son vieux port... Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Lorsque l'explorateur français Jacques Cartier, envoyé par le roi François Ier, y débarque pour la première fois, au milieu du XVIe siècle, Hochelaga n'est qu'un village amérindien niché près d'un "mont royal". En verve, la guide de la Pointe-à-Callière, le musée archéologique et d'Histoire de Montréal, livre des bouts d'histoire: "Un siècle plus tard environ, Paul de Chomedey de Maisonneuve fonde, à cet endroit, une petite mission d'évangélisation. Le gentilhomme français n'évoque toutefois pas, quant à lui, de peuplement d'Iroquois sur l'île de Montréal. Sédentaires, ces Amérindiens à l'organisation matrilinéaire n'y étaient sans doute pas établis à demeure. Mais ils devaient s'y rendre l'été pour pêcher."Le décor est planté. Sur les lieux mêmes de la fondation de Montréal, la Pointe-à-Callière est logée dans un bâtiment moderne, qui évoque la proue et la vigie d'un navire. Le musée plonge directement le visiteur dans l'imaginaire canadien, avec son histoire de conquêtes, de grands chefs indiens, de commerce de fourrures de castors... et d'hostilités franco-britanniques. Le tout comme si on y était. Le spectacle multimédia, qui retrace l'épopée montréalaise, est en effet projeté au coeur des vestiges d'une ancienne compagnie d'assurances du XIXe siècle. Toute la visite se déroule en sous-sol. On passe, par exemple, à côté de quelques-unes des fosses qui ont accueilli, au XVIIe siècle, les premiers colons français dans un cimetière catholique. Puis, dans le lit d'une rivière asséchée à la canalisation voûtée. Ensuite, dans les caves d'une ancienne douane... Ou au-dessus de maquettes, protégées d'une vitre, qui reconstituent différentes époques: du campement amérindien au développement de Montréal, après la conquête britannique. On converse aussi, grâce à des bornes interactives, avec des personnages virtuels qui appartiennent à la "petite histoire" de la ville, comme cette propriétaire d'une auberge d'antan, projetée sur un écran transparent, et qui raconte sa vie quotidienne. Malgré quelques vitrines plus traditionnelles contenant une série de pipes, de débris de porcelaine ou de tessons de bouteilles de vin français du XVIIIe siècle - l'histoire de la Nouvelle-France n'est pas très ancienne! -, la démarche est plus impressionniste et émotive que didactique. Car elle se veut avant tout "grand public". Elle attire d'ailleurs quelque 200 000 visiteurs par an, dont beaucoup de groupes scolaires. C'est dans ce lieu un peu étrange, qui confronte le passé aux technologies les plus modernes, que le ministre wallons du Patrimoine, Michel Daerden, a choisi de présenter les grandes orientations du futur archéoforum de Liège. Le muséographe de la Pointe-à-Callière, le Québécois Yves Durand, a en effet été choisi pour mettre en valeur les vestiges de la place Saint-Lambert. "Nos vieilles pierres sont bien modestes par rapport aux vôtres, s'excuse ce petit bonhomme au regard de jais. Mais c'est peut-être la rareté de nos vestiges, qui ne remontent pas à plus de 300 ou de 400 ans, qui fait que nous autres Canadiens, nous nous ingénions tellement, par des approches contemporaines, à les faire aimer de nos enfants." Durand, qui a aussi transformé la maison natale de Benjamin Franklin, à Boston (Etats-Unis), en musée de l'Immigration et planche sur un parcours d'interprétation de l'oeuvre de Charlie Chaplin dans le manoir de Ban, en Suisse, s'excuse presque de vouloir faire pénétrer les non-initiés dans le site archéologique liégeois, vieux de 9 000 ans. En dessous de l'ancienne cathédrale Saint-Lambert, détruite après la Révolution française, les visiteurs déambuleront parmi des vestiges qui remontent aux premières occupations humaines de l'époque mésolithique, entre 7 000 et 6 450 ans avant Jésus-Christ. Un système de passerelles, de murets en verre et de panneaux explicatifs suspendus, plutôt qu'accolés, devraient toutefois permettre de ne pas endommager le site. En outre, seuls quelque 3 700 mètres carrés seront accessibles - soit un parcours d'une heure environ. Les fouilles se poursuivront par ailleurs, notamment, sous l'espace Tivoli, à l'endroit où fut reconstruit, l'an dernier, le choeur oriental de l'ancienne cathédrale gothique Saint-Lambert, bâché à la manière de Christo. Silex préhistoriques, traces d'un ancien atelier de dépeçage de cerfs remontant à 8 000 ou 9 000 ans, villa romaine, piscine baptismale du Moyen-Age ou chapiteau roman seront ainsi valorisés par des effets spéciaux et des jeux de lumières. Un espace multimédia et des maquettes feront aussi revivre des moments historiques: l'assassinat de saint Lambert, l'édification d'églises successives ou la folie destructrice des trente dernières années qui faillit faire déboucher une autoroute au coeur même de la ville. Les Liégeois tiennent donc leur revanche. Au début des années 90, ils avaient été nombreux à se mobiliser contre l'aménagement d'un mégaparking souterrain qui aurait détruit toute trace archéologique. L'archéoforum devrait être inauguré en janvier 2002. Mais, à l'occasion des Journées du patrimoine, le 8 septembre 2001, les premiers aménagements d'un projet, qui est encore actuellement assez flou, seront déjà accessibles. L'entrée, dont le prix devrait être inférieur à une place de cinéma, sera située sur l'îlot Tivoli. Mais en se rendant au parking, on pourra déjà avoir une vue sur l'archéoforum et accéder gratuitement à la boutique de souvenirs qui servira aussi de lieu d'exposition. Cet investissement de quelque 150 millions de francs devrait attirer 30 000 visiteurs par an. Mais pas plus de 50 en même temps pour préserver les vestiges. Ce qui est un objectif modeste: en 1997, l'ouverture exceptionnelle du site, lors du seul week-end du Patrimoine, avait attiré plus de 10 000 personnes!Dorothée Klein