Devant les parlementaires de la commission de l'Intérieur de la Chambre, ses amis politiques détournent le regard alors que le député Jean-Marie Dedecker (LDD) l'attaque comme un pitbull. Patrick Dewael retrouve alors ses accents de beau plaideur. Mais il ne plaide que sa propre cause. Et, lassitude ou non, ça marche. Le gouvernement tient bon derrière lui, malgré les scandales à répétition touchant son cabinet. Le play-boy de campagne a encore sauvé sa tête. Une chance invraisemblable.
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Devant les parlementaires de la commission de l'Intérieur de la Chambre, ses amis politiques détournent le regard alors que le député Jean-Marie Dedecker (LDD) l'attaque comme un pitbull. Patrick Dewael retrouve alors ses accents de beau plaideur. Mais il ne plaide que sa propre cause. Et, lassitude ou non, ça marche. Le gouvernement tient bon derrière lui, malgré les scandales à répétition touchant son cabinet. Le play-boy de campagne a encore sauvé sa tête. Une chance invraisemblable. Les bonnes fées n'ont pas ménagé leur peine au-dessus de son berceau. Son grand-père, Arthur Vanderpoorten, patron limbourgeois, déjà ministre libéral de l'Intérieur dans les années 1930, est un héros de la Seconde Guerre mondiale, mort en déportation au camp de Bergen-Belsen. Son oncle, Herman, auteur de l'amendement proposant le rattachement des Fourons à la province de Limbourg, en 1961, a été ministre de l'Intérieur, puis de la Justice. C'est à son cabinet que le jeune Patrick fait ses débuts, au début des années 1980. Ni flamingant ni belgicain, Dewael, 52 ans, est un Flamand bien dans sa peau, viscéralement allergique au fascisme. Extraverti, porté par " sa passion absolue des femmes " (dixit l'une d'entre elles), il est aussi à l'aise en maillot de cyclotouriste dans sa région de Tongres (dont il est le bourgmestre empêché) que chez les antiquaires du Sablon. Dans un petit coin de leur inconscient, les francophones gardent de lui l'image d'un jeune ministre flamand de la Culture (30 ans !), toujours tiré à quatre épingles, décontracté, maîtrisant à la perfection les finesses du français. " C'est un personnage du XVIIIe siècle, dit l'une de ses admiratrices. Un peu décalé sur la scène politique, avec un sens relatif de la hiérarchie, fidèle en amitié et doté de vraies convictions. " Et pourquoi pas un tantinet décadent ? Sa dernière soirée privée, Jailhouse Lounge (détente en prison), entre les murs de la prison-musée de Tongres, avait tout de même l'éclat vacillant d'une fin de régime. Patrick Dewael doit beaucoup à Guy Verhofstadt, qui présidait les jeunes libéraux à l'université de Gand, pendant qu'il en faisait de même à la VUB, à Bruxelles. Ces deux-là ne vont plus se quitter. Dewael est irrésistiblement entraîné dans le sillage de son brillant ami. Mais pas au point de décrocher, en 2003, le portefeuille de la Justice dont il rêve. Alors, le beau Patrick trompe son ennui. Il part à la montagne et se casse une jambe. Problème : son patron Verhofstadt n'était même pas au courant de son escapade. En 2005, il confirme, par communiqué, son divorce et sa liaison avec une journaliste de la VRT, Greet Op De Beeck, laquelle était chargée de couvrir l'actualité politique pour le service public (elle sera mutée). En 2005, Fientje Moerman, ministre flamande de l'Economie (Open VLD), charge Greet d'animer quatre débats Open VLD, aux frais du contribuable flamand. Sous les coups de boutoir de Rudy Aernoudt, patron de son administration, Moerman s'envole comme un fétu de paille. Dewael, lui, tient bon, malgré les nombreux indices de sa non-gestion des problèmes. Il peut dire merci à la débâcle bancaire. Elle détourne l'attention des Pieds Nickelés de son cabinet, surpris en train de se recaser dans l'une ou l'autre bureaucratie policière, en tordant les règles à leur profit. Un très mauvais signal pour les 47 000 hommes dont dépend la sécurité intérieure du pays... Patrick aime briller. Patrick s'entoure mal. Patrick travaille-t-il, lui qui s'est engagé en politique " pour faire changer les choses " ? Son aventure à la tête du cabinet de l'Intérieur a été une discrète débandade, couverte par les socialistes francophones et par Guy Verhofstadt, l'ami de trente ans. Lors de la fuite de l'activiste d'extrême gauche Fehriye Erdal, la combative Laurette Onkelinx, ministre de la Justice (PS), le tire d'affaire, alors que la police fédérale était bien plus impliquée dans ce ratage que la Sûreté de l'Etat. Sur le terrain policier, c'est Fernand Koekelberg, d'abord son éminence grise, puis le patron de la police fédérale, qui assure la garde. Vingt-huit dangereux détenus s'évadent-ils de la prison de Termonde ? " Koek " affronte les caméras. Après la catastrophe de Ghislenghien, heureusement, le ministre de l'Intérieur est capable d'exprimer son empathie. Mais pas au point de se battre comme un lion pour faire aboutir l'indispensable réforme des services d'incendie. " Au gouvernement flamand, c'était facile de distribuer la richesse. Au fédéral, il faut faire des choses plus difficiles ", note cruellement un observateur flamand. Alors que le ministre de l'Intérieur précédent, Antoine Duquesne (MR), avait fait l'essentiel du boulot et que la commission d'accompagnement de la réforme des services de police avait émis, entre 2003 et 2007, trois rapports décisifs, le Dewael a laissé aller les choses. Les syndicats confirment. Lors de leurs (rares) entrevues, le ministre les renvoyait à ses techniciens. Déjà la tête ailleurs. A l'Europe, peut-être, où le Numero Uno, Guy Verhofstadt, s'active. Marie-Cécile Royen