Le Vif/L'Express : En septembre, au cours du ramadan, Cureghem a été le théâtre d'au moins sept soirées agitées. Y a-t-il un lien avec les affrontements de mai dernier ?

Gaëtan Van Goidsenhoven : Non. Il y a eu, de fait, une augmentation de la tension de la fin du mois d'août à la première partie du mois de septembre. Cela a été une période sensible, à l'instar des départs en vacances et des fêtes de fin d'année ( NDLR : parce que les besoins d'argent augmentent), mais sans rapport avec les événements du 23 mai. Ce jour-là, des Belgo-Marocains et des Belges, supporters d'Anderlecht ou habitués du quartier, ont voulu en découdre pour marquer leur territoire, avec des relents racistes de part et d'autre. Il n'y a pas eu de blessés, grâce aux policiers qui se sont interposés entre, grosso modo, des mineurs et des hommes adultes. Charles Picqué, ministre-président de la Région de Bruxelles-Capital...

Gaëtan Van Goidsenhoven : Non. Il y a eu, de fait, une augmentation de la tension de la fin du mois d'août à la première partie du mois de septembre. Cela a été une période sensible, à l'instar des départs en vacances et des fêtes de fin d'année ( NDLR : parce que les besoins d'argent augmentent), mais sans rapport avec les événements du 23 mai. Ce jour-là, des Belgo-Marocains et des Belges, supporters d'Anderlecht ou habitués du quartier, ont voulu en découdre pour marquer leur territoire, avec des relents racistes de part et d'autre. Il n'y a pas eu de blessés, grâce aux policiers qui se sont interposés entre, grosso modo, des mineurs et des hommes adultes. Charles Picqué, ministre-président de la Région de Bruxelles-Capitale, l'a souligné lors des Assises bruxelloises de la sécurité et de la prévention, le 7 octobre dernier : il s'agissait d'une première en Belgique. Un tiers seulement des jeunes étaient originaires de la commune d'Anderlecht, les autres venaient de Molenbeek et de Bruxelles-Ville. C'était donc un phénomène d'ampleur régionale, comme à Paris. Les blogs et les SMS, mais aussi la rumeur, ont joué un rôle déterminant. Il faudra en tenir compte à l'avenir. En effet, les individus mis en cause étaient plus âgés et moins nombreux. Leur but était de chasser les policiers de leur territoire pour commettre leurs méfaits en toute impunité : drogue, recel ( NDLR : détention de matériel volé), trafic de voitures, etc. Or ce qui est nouveau, c'est que les riverains eux-mêmes trouvent cette situation insupportable. La loi du silence est brisée. Des témoins aident la police. Certains fauteurs de troubles ont même proposé une sorte de deal : si les policiers n'y mettent pas les pieds, le quartier restera calme. Mais il n'est pas question de tolérer une zone de non-droit dans la commune. Nous avons mobilisé un peloton de 40 hommes, la brigade anti-crime, des renforts fédéraux, une arroseuse, un appui aérien, mais sans médiatisation ni exagération. Cela n'a pas plu : des voitures de police ont été canardées avec divers projectiles. Une patrouille a même été attirée dans un guet-apens. Tout a été verbalisé, y compris les bras d'honneur. Nous ne laissons rien passer. L'identification des suspects a été rendue possible grâce à une étroite collaboration entre le parquet, les services de police et les communes voisines. Mais la grève dans les prisons de Saint-Gilles et de Forest a dégarni les effectifs de la zone de police de Bruxelles-Midi. On ne peut réclamer plus de bleu dans les rues sans en donner les moyens aux bourgmestres. Nous y avons saisi du matériel pour un volume total de 130 mètres cubes, et interpellé des sans-papiers. Avec la commune de Molenbeek, nous avons créé une " cellule garages " pour lutter contre les trafiquants de voitures d'occasion, de matelas et d'électroménager qui s'incrustent dans les friches industrielles. Ce phénomène, qui déborde sur les trottoirs, porte atteinte à la propreté publique et présente de graves risques d'incendie et de pollution. C'est un phénomène déjà ancien de délinquance, souvent juvénile, donc difficile à suivre sur le plan judiciaire. Pour s'y attaquer, Anderlecht mise sur le développement d'une plus grande mixité socio-économique et sur le décloisonnement des poches urbaines. Car ce quartier a un avenir. Des investisseurs s'y intéressent. Des artistes et des designers s'y installent. La proximité de la gare TGV de Bruxelles-Midi et des prix immobiliers encore raisonnables attirent une clientèle internationale. Mais le quartier demeure fragile : l'ascenseur social ne fonctionne pas et les jeunes qui réussissent s'en vont. Il ne reste alors que l'exemple des caïds du quartier. Mais nous mettons tout en £uvre pour que ça change. Il n'y a pas de fatalité.